June 4, 2019 / 9:26 AM / 5 months ago

Graignes, village-martyr du Débarquement

GRAIGNES-MESNIL-ANGOT, Manche (Reuters) - Marthe Rigault avait 12 ans lorsqu’un parachutiste américain frappa à la porte de la ferme familiale aux premières heures du 6 juin 1944, en Normandie. Le destin funeste de Graignes, village-martyr de la Seconde guerre mondiale, s’esquissait.

Marthe Rigault (photo) avait 12 ans lorsqu'un parachutiste américain frappa à la porte de la ferme familiale aux premières heures du 6 juin 1944, en Normandie. Le destin funeste de Graignes, village-martyr de la Seconde guerre mondiale, s'esquissait. /Photo prise le 15 mai 2019/REUTERS/Christian Hartmann

“On croyait qu’on était libérés ce matin-là, on était heureux. Mais ce n’était pas fini. Il a fallu un mois pour qu’on soit libérés”, se souvient Marthe, aujourd’hui âgée de 87 ans.

Ses parents aident le “paratrooper”, tombé dans les marais, à se sécher et lui offrent du café. Puis ce sont quelque 120 soldats du 507th Parachute Infantry Regiment qui se rassemblent dans la cour des Rigault.

A la suite d’erreurs de largages à l’aube de l’opération Overlord, le nom de code du débarquement allié, les hommes du 507th PIR se sont retrouvés aux abords de Graignes, à plusieurs dizaines de kilomètres des “drop zones” prévues.

“Ils nous ont dit ‘n’ayez pas peur, nous sommes les Tommies, vos amis’. Ils se sont installés dans la grange au fond du jardin”, raconte Marthe Rigault. “Quand les Allemands ont repéré les soldats, ils nous ont mitraillés.”

“Pendant deux ou trois jours, on est allés avec mon père et ma soeur, et d’autres habitants récupérer les munitions et les parachutes dans les marais alentour”.

Les 800 habitants de Graignes vont ainsi accueillir, nourrir et aider quelque 170 soldats américains au mépris du danger. Jusqu’au “massacre”.

Les Américains installent un centre de commandement dans l’école, minent les accès au village et convertissent le beffroi de l’église du XIIe siècle en poste d’observation.

“Le dimanche (11 juin-NDLR), on est allés à la messe. Pendant l’office, une dame qui habitait tout près de l’église nous a dit de nous échapper, les Allemands étaient au château de Graignes, à 200 ou 300 mètres”, relate Marthe Rigault.

EXÉCUTIONS

Le village a été encerclé par des éléments de la 17e SS-Panzergrenadier-Division “Götz von Berlichingen”, une division d’infanterie de la Waffen-SS.

Le 11 juin, les Allemands passent à l’offensive durant la messe. Pendant neuf heures, Marthe et sa soeur aînée Odette se blottissent contre les murs de l’église, dont les ruines témoignent aujourd’hui de la violence des combats.

La résistance américaine, face à un millier d’Allemands, est brisée en fin d’après-midi. Des parachutistes sont faits prisonniers, d’autres parviennent à prendre la fuite dans les marais.

Les représailles seront terribles : plusieurs soldats américains et civils sont fusillés, notamment le curé du village, l’abbé Albert Leblastier, et un autre prêtre dont les corps seront brûlés.

Les soldats américains blessés sont exécutés ou “jetés dans les marais et achevés à coups de baïonnette”, témoigne Marthe Rigault.

Le village sera libéré sans combat le 12 juillet 1944 par le 113th Cavalry Group.

L’écho de la bravoure des habitants de Graignes gagna jusqu’à Washington.

Marthe Rigault a conservé un certificat signé du général Dwight Eisenhower, commandant des forces alliées en Europe, remerciant son père Gustave au nom du président des Etats-Unis Franklin Delano Roosevelt pour son aide en faveur du 507th PRI.

Elle a été elle-même distinguée en 1986 pour son courage.

En 1984, quelques vétérans américains revinrent à Graignes, qui a fusionné en 2007 avec Le Mesnil-Angot.

“Le courage des Américains est resté très présent dans les cœurs des habitants. Les Américains, eux, ont eu beaucoup de mal à revenir car ils considéraient qu’ils avaient quelque part abandonné les habitants aux représailles allemandes”, explique Denis Small, maire de Graignes depuis 22 ans.

“Mais les habitants étaient prêts à les accepter comme les libérateurs qu’ils étaient”.

Version française Sophie Louet, édité par Yves Clarisse

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