May 31, 2019 / 4:50 PM / 6 months ago

Vingt-cinq ans de prison pour le tueur de Sophie Toscan du Plantier

PARIS (Reuters) - La cour d’assises de Paris a jugé vendredi Ian Bailey coupable de l’assassinat de l’épouse du producteur de cinéma français Daniel Toscan du Plantier, tuée à coups de pierre et de parpaing en décembre 1996 en Irlande, et l’a condamné à 25 ans de prison.

La cour d'assises de Paris a jugé vendredi Ian Bailey coupable de l'assassinat de Sophie Toscan du Plantier (photo), l'épouse du producteur de cinéma français Daniel Toscan du Plantier, tuée à coups de pierre et de parpaing en décembre 1996 en Irlande, et l'a condamné à vingt-cinq ans de prison. /Photo d'archives/REUTERS

La cour a aussi ordonné l’émission d’un nouveau mandat d’arrêt européen à l’encontre de cet Anglais, qui vit toujours dans le Comté de Cork, non loin du lieu du crime, avec sa compagne, une artiste-peintre galloise, et clame son innocence.

Ian Bailey n’était ni présent au procès, ni représenté.

L’avocat général Jean-Pierre Bonthoux avait requis trente ans de prison et un nouveau mandat d’arrêt.

Le corps sans vie de Sophie Toscan du Plantier a été retrouvé au matin du 23 décembre 1996 en contrebas de sa maison de vacances, dans un hameau du comté de Cork. Elle portait un tee-shirt, un caleçon long ainsi que de grosses chaussures et avait eu la tête défoncée.

Ian Bailey a rapidement été désigné comme le principal suspect. Mais pour ses avocats irlandais et français jugent que “les enquêteurs irlandais se sont acharnés” sur lui avec “des moyens si douteux qu’ils ont entraîné la démission du ministre de la Justice irlandais”.

Sa personnalité, estiment-ils, ajoutée au fait qu’il prétendait avoir des informations sur le crime et à des propos ambigus prononcés devant des proches ou des voisins auxquels il avait paru s’accuser du crime, en faisait le coupable idéal.

Certains de ces propos ont été confirmés à la barre par les deux seuls témoins venus d’Irlande, dont la mère d’un adolescent à qui Ian Bailey aurait déclaré quelques jours après le crime et alors qu’il était en état d’ébriété : “Je suis allé chez elle avec un caillou et j’ai explosé sa putain de cervelle.”

Des propos qui font partie des éléments à charge retenus par la justice française.

Pour l’avocat général, il ne faisait pas de doute que Ian Bailey avait frappé chez Sophie Toscan du Plantier cette nuit-là après une soirée alcoolisée avec sa compagne, que la jeune femme lui avait ouvert la porte mais avait repoussé ses avances.

“Il la frappe dès le départ, parce qu’on trouve du sang sur la poignée de la porte”, a-t-il expliqué dans son réquisitoire. “Elle essaye de se sauver, il la rattrape à la barrière, il la frappe avec cette pierre” et l’achève avec un parpaing.

BISBILLE FRANCO-IRLANDAISE

“Ce crime est un crime barbare de la part d’un prédateur sexuel”, a-t-il résumé. “Sa personnalité coïncide parfaitement avec ce crime : une personnalité narcissique, histrionique, paranoïaque. Il voulait attirer la lumière sur lui. Il désire (la victime) parce qu’elle est tout ce qu’il n’est pas.”

Pour Jean-Pierre Bonthoux, c’est un “couard”, qui doit sa liberté vingt-deux ans après les faits à sa compagne, qui “l’a protégé”, bien qu’elle ait elle-même subi ses violence, et aux autorités judiciaires irlandaises, qui ont renoncé à le poursuivre.

Tout au long de son réquisitoire, il a critiqué la décision du Directeur des poursuites publiques (DDP) irlandais de ne pas engager de poursuites contre Ian Bailey et s’est plaint d’un manque de coopération des autorités judiciaires irlandaises.

“Il ne s’agit pas pour moi de stigmatiser un autre système que le nôtre mais il y a eu bien des obstacles pour ralentir, empêcher que les choses se passent”, a-t-il résumé.

L’Irlande a refusé jusqu’ici de remettre Ian Bailey à la France, malgré deux mandats d’arrêt, et une demande du juge d’instruction chargé du dossier de l’entendre comme témoin assisté s’est heurtée au même refus.

Pour son avocat irlandais, Me Frank Buttimer, c’est au contraire la France qui “n’a aucun respect” pour le système irlandais.

“Je pense que c’est une erreur judiciaire”, a déclaré à Reuters son avocat français, Me Dominique Tricaud. “Ian Bailey est innocent (...) C’est la première fois qu’un pays d’Europe juge quelqu’un qui a été déclaré innocent dans un autre pays, ça ne s’est jamais vu.”

Ian Bailey ne pourra pas faire appel de sa condamnation, dans la mesure où il a été jugé par défaut.

Mais les parties civiles, dont la famille de la victime, espèrent que l’Irlande acceptera de mettre en oeuvre le nouveau mandat d’arrêt et qu’il pourra être rejugé en personne.

“Il faut repartir sur de nouvelles bases, puisque ce procès n’est qu’une étape pour la suite des événements”, avait déclaré l’avocat général en conclusion de son réquisitoire.

“La justice a été rendue, maintenant elle doit être exécutée”, a dit à Reuters le fils de Sophie Toscan du Plantier, Pierre-Louis Baudey-Vignaud. “Il nous faut maintenant un procès avec Ian Bailey dans le box des accusés, pour qu’il puisse se défendre et qu’on puisse l’envoyer en prison. On va tout faire pour que ce soit possible.”

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