May 31, 2019 / 7:14 AM / 6 months ago

Les policiers auteurs de violences seront jugés, dit le procureur Rémy Heitz

PARIS (Reuters) - Les policiers et gendarmes ayant fait un usage “illégitime” ou “disproportionné” de la force envers les “Gilets jaunes” seront jugés et quelques affaires sont en cours d’instruction, annonce à la presse le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, suscitant des réactions contrastées dans les rangs de la police.

Les policiers et gendarmes ayant fait un usage "illégitime" ou "disproportionné" de la force envers les "Gilets jaunes" seront jugés et quelques affaires sont en cours d'instruction, annonce à la presse le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, suscitant des réactions contrastées dans les rangs de la police. /Photo prise le 12 décembre 2018/REUTERS/Christian Hartmann

Nommé début novembre à la tête du parquet de Paris au moment où commençait le mouvement de contestation, Rémy Heitz a été accusé de poursuivre les membres des forces de l’ordre soupçonnés de violences lors des manifestations avec moins d’énergie que les “Gilets jaunes”.

Dans un entretien au quotidien Le Parisien daté de vendredi, le procureur récuse cette interprétation. Il précise que 174 enquêtes ont été ouvertes à l’encontre des membres des forces de l’ordre, pour la quasi-totalité confiées à l’inspection générale de la police nationale (IGPN).

Sur ce total, 57 dossiers ont été remis au parquet de Paris, “qui est en train de les analyser”, dit Rémi Heitz et huit sont entre les mains d’un juge d’instruction, précise-t-il.

Il s’agit de dossiers dans lesquels les victimes ont subi de lourds préjudices, notamment des infirmités permanentes, comme la blessure à l’oeil du “Gilet jaune” Jérôme Rodrigues le 26 janvier. Ce dernier a porté plainte, affirmant avoir été victime d’un lanceur de balles de défense.

“Toutes ces procédures vont être analysées avec beaucoup d’attention. Il y aura des classements sans suite. Il y aura aussi des renvois de policiers devant le tribunal correctionnel d’ici la fin de l’année”, affirme Rémi Heitz en mettant en avant la “complexité des investigations à mener”.

“Mais la justice passera dans ces affaires (...). Il n’y a aucune volonté de ma part d’éluder ces violences ou de les minimiser”, dit-il encore.

Le gouvernement souhaite que les violences policières soient sanctionnées, a confirmé sa porte-parole.

“PAS DES COUPABLES, DES JUSTICIABLES”

“Pour garantir à tous les Français que le comportement de nos forces de police est en tout point exemplaire, il faut aussi que, lorsque la violence a été utilisée de manière illégitime ou de manière disproportionnée, les policiers soient bien sûr sanctionnés”, a déclaré Sibeth Ndiaye sur la chaîne LCI.

Le syndicat de policiers Alliance, classé à droite, a critiqué l’annonce du procureur.

“Dire que des policiers qui ont droit, comme chaque citoyen, à la présomption d’innocence, vont être jugés, qu’ils vont être mis en examen, c’est curieux, c’est agaçant. On ne comprend pas une telle publicité comme ça, d’un coup, ce changement de ton”, a déclaré le secrétaire national Ile-de-France du syndicat, Loïc Travers, sur Franceinfo.

William Bourdon, avocat de certains “Gilets jaunes” grièvement blessés, a dénoncé “l’archaïsme de certains syndicats dans ce pays qui ne sert pas l’image de la police”.

“Il y a une résistance à accepter l’idée même d’être redevables, s’agissant de certains policiers, (...) des abus qu’ils commettent”, a-t-il souligné sur Franceinfo.

Le syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN) est, à la différence d’Alliance, d’accord avec Rémi Heitz.

“Il faut être lucide, après six mois de crise intense de Gilets jaunes, il peut y avoir eu des violences illégitimes”, a concédé David Le Bars, son secrétaire général.

“Ça veut dire (...) que les policiers sont des justiciables comme les autres, qu’ils sont renvoyés en correctionnelle pour aller répondre de leurs actes. Cela ne fait pas d’eux des coupables, cela fait d’eux des justiciables. Et ce sera à la justice de déterminer au vu des éléments qu’ils auront face à eux, si, ou pas, ils seront condamnés”, a-t-il ajouté.

En ce qui concerne les violences imputées aux “Gilets jaunes”, les cas les plus graves - agressions contre les forces de l’ordre, pillages d’enseignes de luxe ou saccage de l’Arc de Triomphe -, soit 30 dossiers, ont été confiés à la police judiciaire, indique Rémy Heitz.

Le procureur de Paris précise que 2.907 gardes à vue de manifestants “Gilets jaunes” ont été recensées à Paris depuis le début du mouvement le 17 novembre, dont près de 45% ont donné lieu à un classement sans suite.

Emmanuel Jarry et Danielle Rouquié

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