May 28, 2019 / 12:05 PM / 4 months ago

Après la déroute européenne, la stratégie Mélenchon en question

PARIS (Reuters) - Après sa déroute aux européennes, la stratégie de Jean-Luc Mélenchon, qui misait sur les résultats de ce scrutin pour fédérer les forces de gauche lors de la recomposition à venir, pose question au sein de la France insoumise (LFI) qui, à un an des municipales, reste tiraillée entre une ligne de populisme souverainiste et une ligne de gauche radicale traditionnelle.

Après sa déroute aux européennes, la stratégie de Jean-Luc Mélenchon, qui misait sur les résultats de ce scrutin pour fédérer les forces de gauche lors de la recomposition à venir, pose question au sein de la France insoumise (LFI) qui, à un an des municipales, reste tiraillée entre une ligne de populisme souverainiste et une ligne de gauche radicale traditionnelle. /Photo prise le 11 mai 2019/REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Avec 6,31% des voix, à peine plus que l’alliance Parti socialiste-Place publique (6,19%), LFI n’est pas parvenue à reproduire sa performance de la présidentielle de 2017, lorsqu’elle avait remporté près de 20% des suffrages au premier tour et réduit en cendres le parti de François Mitterrand.

Pire, la liste LFI emmenée par l’ancienne porte-parole d’Oxfam Manon Aubry s’est fait prendre la place de première force de gauche par la liste Europe-Ecologie Les Verts (ELLV) de Yannick Jadot, qui a obtenu 13,47% des voix.

“C’est une douche froide”, a réagi la députée de Seine-Saint-Denis Clémentine Autain sur France Inter mardi. “Le moment est venu pour comprendre à la fois ce qui a fait le succès de la campagne de 2017 et ce qui a empêché les électeurs de Jean-Luc Mélenchon de poursuivre leur vote en faveur de La France insoumise”.

“A mon sens c’est évidemment un problème de ligne, de profil politique, de ce qu’on a donné à voir depuis deux ans. Ma conviction c’est que nous gagnons quand nous sommes du côté de l’espérance et pas quand nous sommes du coté du ressentiment ou de la haine”, a-t-elle ajouté.

Un “discours qui peut être dans le clash permanent” a “clivé avec une partie de notre électorat qui se trouve du coup pas considéré, qui ne comprend plus tout à fait quelle est la ligne du mouvement”, a-t-elle poursuivi. “On a perdu une partie des nôtres sans réussir à aller chercher un autre électorat c’est ça qui s’est produit”.

“DÉSACCORDS”

Selon une étude Ifop Fiducial publiée lundi, à peine 37% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon ont voté pour la liste LFI contre 17% pour la liste Europe-Ecologie Les Verts (EELV) et 13% pour le Parti communiste.

S’il n’explique pas tout, l’épisode des perquisitions à l’automne dernier marqué par la colère noire de Jean-Luc Mélenchon - “La République c’est moi!” - a entamé la popularité du chef de file du parti et écorné son image, conduisant le député de Marseille à un mea culpa fin avril.

Les tenants de l’aile populiste de gauche au sein de LFI pointent eux du doigt l’abandon de cette ligne - qui s’est traduit par le départ de plusieurs de leurs membres à l’image de François Cocq et Djordje Kuzmanovic poussés vers la sortie - au profit du rassemblement de la gauche.

“Epuisée par cette campagne. Pas tant par l’énergie déployée sur le terrain, que par les désaccords et alertes que j’ai exprimés en interne quant à la ligne adoptée, qui abandonnait le travail remarquable engagé en 2017”, a réagi Manon Le Bretton, tenante de l’aile populiste et candidate sur la liste LFI. “Ce soir je pleure d’avoir eu raison, avec d’autres.”

Pour François Cocq, un cadre qui a quitté le parti, “les Gilets jaunes ont bien contribué à redonner le goût du politique aux gens mais en abandonnant le champ de l’expression populaire pour se corneriser dans la petite gauche, LFI s’est détournée de la tâche de la révolution citoyenne.”

“C’est une faillite sur toute la ligne”, a-t-il fustigé sur Twitter.

MELENCHON EN 2022?

Reste à savoir quel impact la déroute de dimanche aura sur le score de LFI aux municipales de l’année prochaine et quelle conséquence elle entraînera pour la prochaine élection présidentielle, en 2020.

Jean-Luc Mélenchon souhaitait que son parti reçoive aux européennes “l’aval populaire” comme il l’avait “reçu pendant la présidentielle” afin de devenir “le centre de gravité pour la suite contre le macronisme”. Le résultat de dimanche met un coup d’arrêt à cette ambition - du moins à court terme.

Dans ce contexte, le député de Marseille est-il toujours le candidat naturel pour 2022 ?

“Ce n’est pas le sujet”, a botté en touche Clémentine Autain dans une interview à L’Obs publiée lundi. “La discussion que nous devons avoir, c’est quelle stratégie et comment on se met en mouvement pour reconstruire une perspective de transformation sociale et écologiste”. Mais “la démarche doit être collective”, a-t-elle prévenu.

Réaffirmant son soutien à Jean-Luc Mélenchon, le député LFI de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière s’est lui voulu prudent. “Jean-Luc Mélenchon est quand même le moteur de ce que nous faisons”, a-t-il dit sur franceinfo lundi. “C’est lui qui a fait émerger ce mouvement nouveau à hauteur de près de 20%, c’est lui qui rassemble énormément de gens dans nos meetings”.

Marine Pennetier, édité par Yves Clarisse

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