May 27, 2019 / 3:59 PM / in 5 months

Migaud met en garde sur les risques de la fin de l'Ena

PARIS (Reuters) - La réforme annoncée de la haute fonction publique en France ne doit pas se limiter à la seule disparition des grands corps de l’Etat via la suppression de l’Ecole nationale d’administration (Ena), au risque de compromettre la qualité du recrutement et des travaux de la Cour des comptes, a déclaré lundi Didier Migaud, premier président de cette institution.

La réforme annoncée de la haute fonction publique en France ne doit pas se limiter à la seule disparition des grands corps de l'Etat via la suppression de l'Ecole nationale d'administration (Ena), a déclaré lundi Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes. /Photo d'archives/REUTERS/Charles Platiau

A l’heure actuelle, les élèves figurant dans les meilleures places du classement de sortie de cette école créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par le général de Gaulle peuvent directement accéder aux “grands corps” administratifs de l’Etat, c’est-à-dire le Conseil d’Etat, la Cour des comptes et l’Inspection générale des Finances.

Pour Didier Migaud, qui s’exprimait lors d’une audience solennelle de la Cour des comptes, “le risque est réel, en supprimant une telle voie d’entrée en début de carrière, de transformer les juridictions financières en un corps de débouchés peu attractif”.

Evoluer vers un accès “uniquement en deuxième, voire en troisième partie de carrière” ou vers “une filière d’expertise pour des spécialistes seniors” consisterait “peu ou prou à revenir à la Cour des comptes du XIXe siècle”, a-t-il prévenu.

Dans un contexte “porteur d’autant d’opportunités que d’interrogations”, le premier président de la Cour des comptes appelle à aborder cette réforme “avec pragmatisme, lucidité et dans un esprit de concertation”, sans “se limiter à traiter uniquement de la formation dispensée dans tel ou tel établissement ou de la situation particulière de tel ou tel corps”.

S’il adhère à la volonté affichée de l’exécutif d’améliorer la formation des futurs fonctionnaires, leurs conditions de recrutement et de déroulement de leur carrière et soutient le projet de diversifier l’accès à la haute fonction publique, Didier Migaud invite le gouvernement à “s’appuyer sur ce qui marche déjà”.

Il préconise notamment de ne pas détruire le modèle qui permet aujourd’hui à de nombreux magistrats financiers de faire un “apprentissage” en début de carrière sur le terrain et au contact de magistrats plus expérimentés.

“On ne s’improvise pas magistrat des comptes”, a-t-il souligné en insistant sur le fait que la “culture de la mobilité, du brassage des générations et des talents, de l’alternance des expériences et des responsabilités (...) constitu(ait) (déjà) l’ADN” de la Cour des comptes.

La suppression de l’Ena - accusée par ses détracteurs de contribuer à la reproduction des élites et de former des hauts fonctionnaires déconnectés des réalités du terrain - figure parmi les mesures en réponse à la crise des “Gilets jaunes” annoncées fin avril par le président de la République lors d’une conférence de presse.

L’avocat Frédéric Thiriez a été chargé par le gouvernement de réfléchir à une réforme de la haute fonction publique qui “donnera moins de place au classement à la sortie d’école, comme c’est aujourd’hui le cas avec le système des grands corps”, selon les termes de la lettre de mission signée par Edouard Philippe et révélée par le site Acteurs publics”.

Le Premier ministre l’invite cependant dans ce document à porter “une attention spécifique” au Conseil d’Etat et à la Cour des comptes, ainsi qu’à “prendre en compte les spécificités des magistrats judiciaires”.

Frédéric Thiriez, qui doit rendre ses conclusions en novembre au gouvernement, a expliqué la semaine dernière dans un entretien au Monde privilégier l’option consistant à “supprime(r) l’accès direct à certains corps à la sortie de l’Ena”.

Concernant le Conseil d’Etat et la Cour des comptes, qui “ont besoin de recruter des jeunes, on pourrait créer un ‘miniconcours’ avec un jury indépendant pour les hautes fonctionnaires sortis de l’école depuis quatre ans”, a-t-il déclaré au quotidien.

Car pour lui, cela relèverait en effet du “bon sens” de conditionner l’accès aux corps d’inspection au passage préalable par “plusieurs années de travail dans l’administration dite ‘active’, c’est-à-dire celle qui administre et non celle qui juge ou contrôle.”

Il envisage par ailleurs d’explorer d’autres pistes, comme la suppression du classement de sortie de l’Ena, “ce qui changerait tout” selon lui. “Ce n’est plus le diplômé qui choisit son corps, c’est l’employeur qui recrute celui qui lui paraît le plus adapté à ses besoins.”

Myriam Rivet, édité par Yves Clarisse

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