May 13, 2019 / 9:00 AM / in 3 months

Macron faiseur de rois à Strasbourg, mission possible

PARIS (Reuters) - L’affaiblissement annoncé des sociaux-démocrates et des conservateurs, conjugué au renforcement programmé des eurosceptiques, offre une réelle chance à Emmanuel Macron et à ses alliés de bousculer la domination exercée depuis l’origine par les deux plus grands groupes du Parlement européen.

L'affaiblissement annoncé des sociaux-démocrates et des conservateurs, conjugué au renforcement programmé des eurosceptiques, offre une réelle chance à Emmanuel Macron et à ses alliés de bousculer la domination exercée depuis l'origine par les deux plus grands groupes du Parlement européen. /Photo prise le 10 mai 2019/REUTERS/Charles Platiau

“Cette fois, c’est beaucoup plus qu’élire les députés et le président de la Commission”, explique un haut fonctionnaire historique de l’assemblée européenne. “C’est la première fois qu’on peut imaginer que ces élections auront un impact réel sur la façon dont l’Europe agira dans les prochaines années.”

Depuis 1979, date de la première élection des députés européens au suffrage universel, le Parti populaire européen (PPE) et l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates(S&D) font la pluie et le beau temps à Strasbourg.

Ils se partagent les postes, allant parfois jusqu’à couper la présidence du Parlement en deux pour s’octroyer chacun un demi-mandat, font cause commune pour investir la Commission et son président et se mettent - souvent - d’accord sur les votes importants dans un Parlement qui fonctionne beaucoup moins selon les clivages droite-gauche qu’au niveau national.

Face à ces deux mastodontes, les autres groupes, dont le plus important a toujours été trois fois plus petit que le PPE ou le S&D, sont contraints de faire de la figuration, cultivant le ministère de la parole et se partageant les miettes.

Le scrutin du 26 mai devrait bousculer les habitudes.

Le PPE devrait passer de 219 députés actuellement à environ 180, sur un total de 751, et le S&D subirait une baisse plus importante encore, de 189 à environ 140 parlementaires, selon tous les sondages, privant leur alliance de la majorité absolue.

LES RANGS DES EUROSCEPTIQUES GROSSIS

Les eurosceptiques, eux, verraient leurs rangs grossir.

Le groupe Europe des nations et des libertés, où siège le Rassemblement national, doublerait ses effectifs, à environ 60 députés; le groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe (EFD), qui coalise les élus italiens du mouvement Cinq étoiles et les indépendantistes britanniques de l’Ukip, en garderait une quarantaine et les Conservateurs et réformistes européens (ECR), alliance de conservateurs britanniques et polonais, une cinquantaine, soit environ 150 députés au total.

Même si ces trois factions ont finalement peu de choses en commun, à part l’euroscepticisme, ne pourront se fondre dans un groupe et sont peu susceptibles de voter ensemble, leur nombre obligera les autres groupes à créer des coalitions.

“Plus les eurosceptiques seront nombreux, plus les coalitions devront être larges”, dit le haut fonctionnaire.

Pour Yannick Jadot, tête de liste d’Europe Ecologie-Les Verts et député européen sortant, “il y aura plus de populistes mais l’addition de populistes ne fait pas une majorité”.

Dans ce contexte, les centristes pro-européens ont une carte à jouer et Emmanuel Macron entend bien l’utiliser.

Avec l’apport de la vingtaine de députés européens La République en marche que les sondages prédisent, alliés aux quelque 68 députés qui siègent dans l’actuelle Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ALDE) et à d’autres forces, les centristes peuvent espérer créer la troisième force en importance du Parlement européen.

“On pense qu’on peut tabler sur une centaine de députés européens pour construire un groupe pivot”, a déclaré aux journalistes de l’association Europresse la ministre française des Affaires européennes, Amélie de Montchalin.

UN GROUPE “GLOBAL”

L’objectif affiché est de construire des coalitions, prioritairement avec les Verts (une cinquantaine de députés), les sociaux-démocrates mais aussi l’aile démocrate-chrétienne du PPE, un groupe profondément divisé.

Pour rendre ces alliances possibles, la liste LaRem a été “verdie” avec l’arrivée d’anciens députés écologistes et le président de l’ALDE au Parlement européen, l’ancien Premier ministre Guy Verhofstadt, a annoncé la semaine dernière que son groupe serait dissous, l’étiquette libérale n’étant guère attractive pour des électeurs français et sociaux-démocrates.

“Nous allons créer un nouveau groupe, un groupe global, un groupe centriste pro-européen, avec Emmanuel Macron, avec notre liste en France, Renaissance”, a-t-il dit.

En outre, le maigre bataillon de députés que les socialistes français, dans l’opposition au gouvernement à Paris, sont susceptibles d’envoyer à Strasbourg - voire leur absence totale - pourrait faciliter les négociations avec le S&D.

Le premier objectif est de barrer la route au candidat du PPE à la présidence de la Commission, le Bavarois Manfred Weber, poussé par la chancelière allemande Angela Merkel, comme l’avait été le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker en 2014.

“La clé, c’est la présidence de la Commission”, explique Amélie de Montchalin, un propos repris par tous les responsables français face à ce qui est considéré à Paris comme un échec de Jean-Claude Juncker, qui avait pourtant présenté sa Commission comme celle “de la dernière chance” il y a cinq ans.

RECOMPOSITION PERMANENTE

Cette alliance pourrait favoriser la nomination de Michel Barnier, le négociateur en chef pour le Brexit, à la tête de la Commission, dans un scénario de crise qui verrait la candidature de Manfred Weber rejetée par la majorité du Parlement.

“Macron le soutiendra s’il est à un moment donné en capacité de s’imposer”, déclare un proche de Macron.

“Barnier ferait un excellent président de la Commission, on en rêve tous. La priorité pour nous c’est la Commission”, renchérit un haut responsable français des affaires européennes.

Une fois le président de la Commission choisi, les centristes entendent mettre en place des coalitions de projets variables mais toujours pro-européennes.

“On va être dans une espèce de recomposition permanente”, souligne Amélie de Montchalin.

Mais le succès de cette stratégie n’est pas garanti.

Ainsi, les libéraux allemands du FDP, très libre-échangistes et beaucoup moins intégrationnistes qu’il y a quelques années, risquent de se révéler des alliés embarrassants pour un groupe qui veut trouver des alliés à gauche.

En outre, même si le groupe libéral se saborde officiellement, ce n’est pas la vingtaine de “macronistes” qui fera la loi dans le futur groupe centriste.

“Avec 20 députés En marche, c’est le groupe libéral qui vous absorbe, pas l’inverse”, dit le haut fonctionnaire du Parlement.

En tout cas, une chose est sûre : la dispersion extrême des députés français dans de nombreux groupes ne renforcera guère la position de la France au Parlement européen, au contraire des Allemands qui y tirent les ficelles et jouent en équipe.

“De toute manière, ça ne peut pas être pire que pendant la législature qui s’achève”, soupire un ministre.

Edité par Elizabeth Pineau

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