April 29, 2019 / 11:02 AM / 7 months ago

Les apprentis charpentiers à pied d'oeuvre pour Notre-Dame

GENNEVILLIERS, Hauts-de-Seine (Reuters) - “Je sortais des Compagnons du devoir quand j’ai appris pour Notre-Dame. Le bâtiment, on le voit tous les jours, on le connaît bien pour la charpente. Ça va peut-être nous donner des opportunités pour travailler dessus”.

Un apprenti charpentier travaille à l'atelier Les Compagnons du Devoir à Gennevilliers, près de Paris. /Photo pris le 29 avril 2019/REUTERS/Benoît Tessier

Romain Legoubé, jeune apprenti charpentier de 18 ans aux Compagnons du devoir, est plein d’espoir après l’incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame le 15 avril, détruisant entièrement la charpente de chêne vieille de huit siècles, sa toiture de plomb et la flèche qui culminait à 93 mètres.

S’il se désole de la perte de ce patrimoine, il espère un jour pouvoir marcher sur ses voûtes centenaires et reconstruire l’armature du toit comme l’ont fait avant lui les bâtisseurs de cathédrales.

“Ce serait un accomplissement de pouvoir dire qu’on a participé à la création de Notre-Dame. Ça reste un monument historique et très important pour la France”, dit-il à Reuters.

En attendant, il doit d’abord passer son CAP (certificat d’aptitude professionnelle) et s’attelle à son “épure”, plan grandeur nature réalisé au sol qui lui permettra de donner corps à une structure en bois pour son examen.

Cette technique, appelée le “trait de charpente”, qui était déjà utilisée du temps de Notre-Dame, est classée au patrimoine immatériel de l’Unesco.

Les Compagnons du devoir, qui forment près de 10.000 jeunes par an, ont alerté le gouvernement au lendemain de l’incendie sur le manque de main d’oeuvre dans les métiers du bâtiment, qui risquerait de ralentir la reconstruction de Notre-Dame.

Selon le secrétaire général, Jean-Claude Bellanger, il manque déjà 100 tailleurs de pierre, 100 maçons, 150 charpentiers et 200 couvreurs pour répondre à la demande des entreprises partenaires de l’école.

“On a bien souvent cloisonné nos métiers dans des zones artisanales, industrielles, et le grand public ne connaît plus les métiers”, dit-il.

Le gouvernement a lancé la semaine dernière les “Chantiers de France”, programme visant à regrouper centres de formation d’apprentis et lycées professionnels pour promouvoir les métiers d’arts et associer les apprentis au chantier de reconstruction.

RECONSTRUIRE AVEC DES PRODUITS “NOBLES”

Un “chantier école” et un centre d’information devraient être installés sur le parvis de la cathédrale pendant les travaux pour présenter aux jeunes et à leurs familles les métiers concernés, précise Jean-Claude Bellanger.

“C’est important de former ces jeunes sur ce type de travaux. On l’enseigne mais ce sont des savoirs qui finissent par se perdre donc il faut les renouveler régulièrement”, explique Luc Mabire, compagnon charpentier et enseignant pour les Compagnons du devoir.

Conscients de l’importance de ce patrimoine pour leur profession, trois compagnons ont réalisé en 1969-1970 une maquette à l’échelle 1/20e de la flèche que l’architecte Eugène Viollet-le-Duc avait ajoutée sur le toit de la cathédrale au milieu du XIXe siècle. Elle trône fièrement dans le hall d’entrée du site d’hébergement des apprentis compagnons à Paris.

“C’est bluffant quand on voit ce genre de monument. L’ancienne flèche s’était déformée à cause du vent. Celle-ci était très fournie en bois, ce qui lui assurait une grande solidité”, explique Robin Sfarzosi, compagnon charpentier.

Le débat est maintenant lancé parmi les experts pour savoir s’il faut reconstruire la charpente en bois, dans des matériaux modernes comme le titane ou moins inflammables comme le béton, utilisé pour restaurer les cathédrales de Reims et de Nantes.

“Le métal résiste très mal au feu, ce n’est pas forcément aussi bien”, dit Luc Mabire. “L’avantage est le côté financier.” Mais au vu de l’argent récolté pour faire renaître Notre-Dame de Paris “peut-être qu’on peut construire avec des produits nobles”, ajoute-t-il.

Les techniques peuvent toutefois êtres modernisées.

Au Moyen-Âge, le bois était très court, dit le compagnon, ce qui explique que les charpentiers se rabattaient sur des structures en étage.

“On peut tout faire aujourd’hui avec le bois, penser à des structures plus aérées”, ajoute-t-il, alimentant le débat d’experts sur le nouveau visage de la cathédrale, qui ne fait que commencer.

Les professionnels réunis au sein du Groupement des entreprises de restauration des monuments historiques (GMH) jugent “tout à fait possible” de rouvrir l’intérieur de Notre-Dame dans un délai de cinq ans, voire d’ici trois ans et demi à cinq ans, dès que les voûtes seront restaurées.

Mais ils ne pensent pas que les travaux puissent être terminés dans ce délai.

Edité par Elizabeth Pineau

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below