April 24, 2019 / 10:21 AM / 4 months ago

Le "blob" absorbe les substances pour les mémoriser

TOULOUSE (Reuters) - Des chercheurs spécialistes du blob ont montré que cet organisme unicellulaire apparu il y a entre 500 millions et un milliard d’années, dépourvu de cerveau mais capable d’apprentissage simple, absorbait les substances pour les mémoriser.

Leur but est de mieux comprendre l’émergence de l’intelligence et de la cognition chez les êtres vivants, jusqu’à présent associée à l’apparition du système nerveux.

En 2016, l’équipe du Centre de recherches sur la cognition animale, unité mixte du CNRS et de l’Université Toulouse III Paul-Sabatier, avait démontré que le blob, malgré l’absence de système nerveux, était capable d’emmagasiner une connaissance et de la transmettre à ses congénères. Mais la manière dont il procédait demeurait jusqu’ici un mystère.

Ni animal, ni plante, ni champignon, le blob (physarum polycephalum en latin) fait partie du règne des amoebozaires et de la classe des myxomycètes qui compte plus de mille espèces.

Cet organisme aux propriétés hors du commun, a l’aspect d’un champignon gluant et se trouve dans les sous-bois, les milieux humides et chauds. Capable de parcourir un à quatre centimètres à heure, il peut prendre toutes les couleurs. Il se nourrit de nutriments et de bactéries et relâche des micro-nutriments utiles pour les plantes et les champignons.

Ni mâle ni femelle, le blob peut avoir 720 types sexuels et ne compte qu’une cellule composée de noyaux qui double de taille chaque jour. Les scientifiques le disent quasi immortel.

“Lorsqu’on coupe un blob en morceaux, il donne aussitôt naissance à d’autres blobs. Et quand les conditions sont mauvaises ou qu’il vieillit, le blob est capable d’entrer dans état de dormance. Une fois arrosé, il régénère, il est de nouveau comme neuf. Sa capacité à annuler tous les effets du vieillissement cellulaire reste un mystère”, explique Audrey Dussutour, chargée de recherche au CNRS.

Son surnom lui vient du film de science-fiction américain “The blob”, sorti sur les écrans en 1958 avec dans les rôles principaux un extra-terrestre terrifiant et Steve Mc Queen.

DES APPRENTISSAGES COMPLEXES

Après avoir démontré la capacité d’apprentissage d’un organisme unicellulaire, l’équipe toulousaine vient donc de trouver par quel mécanisme elle s’opérait.

“Nous avons entraîné durant six jours des blobs à traverser des environnements salés pour aller chercher leur nourriture, dans le but de les habituer au sel, une substance qu’ils n’aiment pas. Nous avons observé que plus ils s’habituaient, plus ils se gorgeaient de sel. C’est en absorbant la substance, en la faisant rentrer dans la cellule que les blobs sont capables de la mémoriser et de transmettre cette mémoire à d’autres blobs en fusionnant”, explique Audrey Dussutour.

Les résultats de cette dernière étude menée en 2018 seront publiés le 22 avril dans la revue de biologie Philosophical Transaction of the Royal Society B.

Pour la scientifique, il s’agit maintenant de comprendre si le blob peut mémoriser plusieurs substances aversives en même temps et de savoir s’il est capable d’apprentissages complexes.

Le but est plus largement de mieux comprendre l’émergence de l’intelligence et de la cognition chez les êtres vivants, jusqu’à présent associée à l’apparition du système nerveux.

“Nous avons été les premiers à démontrer l’apprentissage chez un organisme unicellulaire. Les découvertes sur le blob ouvrent d’énormes perspectives. Le blob soulève l’idée que chaque cellule pourrait stocker de l’information et avoir une mémoire du passé. Cela pourrait changer totalement notre vision de la cellule”, estime Audrey Dussutour.

Les découvertes sur le blob pourraient aussi “faire remonter l’origine de l’apprentissage beaucoup plus loin dans l’évolution, avant l’apparition du système nerveux”. Idée qui est loin de faire consensus dans la communauté scientifique. Mais Audrey Dussutour explique “suivre le principe darwinien selon lequel les fonctions biologiques diffèrent quantitativement mais pas qualitativement”.

“Le comportement des êtres vivants unicellulaires pourrait nous en dire beaucoup sur celui des êtres multicellulaires, y compris des humains. Les comportements dits “complexes pourraient trouver leur origine dans le mode microbien. Peut-être que l’émergence de la vie et de la cognition sont liés”, s’interroge la chercheuse.

Edité par Yves Clarisse

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