April 18, 2019 / 4:32 PM / 4 months ago

La flèche de Notre-Dame ravive la querelle des anciens et des modernes

PARIS (Reuters) - A quoi doit ressembler Notre-Dame? Le débat sur l’avenir de la cathédrale s’apparente à une version contemporaine de la querelle des anciens et des modernes, qui se cristallise autour de la flèche, détruite dans le violent incendie de lundi.

A quoi doit ressembler Notre-Dame? Le débat sur l'avenir de la cathédrale s'apparente à une version contemporaine de la querelle des anciens et des modernes, qui se cristallise autour de la flèche, détruite dans le violent incendie de lundi. /Photo prise le 15 avril 2019/REUTERS/Charles Platiau

Mercredi, Emmanuel Macron a avancé l’hypothèse d’un “geste architectural contemporain” pour remplacer la tour manquante, celle, culminant à 93 mètres, qu’avait imaginée l’architecte Eugène Viollet-le-Duc au milieu du XIXe siècle.

La déclaration présidentielle a causé la frayeur des partisans d’un retour à la silhouette antérieure.

“Nos gouvernants devraient retrouver un peu d’humilité”, a mis en garde, sur Twitter, François-Xavier Bellamy, figure de la droite conservatrice et catholique, également tête de liste des Républicains (LR) aux élections européennes du mois prochain.

“Il serait tragique qu’au deuil de la destruction succède la manie de la disruption, et que l’orgueil du ‘nouveau monde’ dénature maintenant le meilleur de l’ancien au lieu de le transmettre”, a poursuivi l’élu versaillais.

“On a des règles en France pour protéger le patrimoine. Le président de la République n’est pas au-dessus des lois. Ce n’est pas à lui de décider de construire une flèche moderne”, a-t-il déclaré par la suite à Reuters.

Sur un mode plus allusif, Marine Le Pen a publié sur les réseaux sociaux le mot-clef #TOUCHEPASÀNOTREDAME (touche pas à Notre-Dame).

Le président du groupe Les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau, a lancé pour sa part jeudi un appel “pour que les Français choississent le projet architectural de restauration” via une consultation nationale en ligne.

Pour Benjamin Mouton, architecte en chef de la cathédrale de 2000 à 2013, les concepteurs de la future Notre-Dame devront respecter l’harmonie des lieux, ne pas trahir l’esprit de leurs prédécesseurs, mais ne pas non plus bâtir une réplique des pans disparus.

PAS DE “DOGMATISME”

Aucune décision n’est encore prise quant à l’aspect futur de la cathédrale, qui s’est entièrement dégarnie sur le sommet depuis que la flèche, mais aussi la charpente de chêne, vieille de huit siècles, et la toiture sont parties en fumée dans le sinistre, a priori accidentel.

Le Premier ministre, Edouard Philippe, a annoncé mercredi la tenue d’un concours d’architecture international, au terme duquel l’Etat décidera s’il y a lieu d’ériger à nouveau une flèche et, le cas échéant, l’allure que celle-ci devra avoir.

Autrement dit, faudra-t-il suivre à la lettre les dessins originels de Viollet-le-Duc ou dresser une flèche entièrement neuve “adaptée aux techniques et aux enjeux de notre époque”, selon les mots d’Edouard Philippe, qui suscitent des interrogations ?

Selon l’animateur de télévision Stéphane Bern, expert en patrimoine agréé par Emmanuel Macron, on s’oriente “plutôt” vers “une reconstruction à l’identique mais peut-être qu’il y aura un projet architectural”. “La question est ouverte, a dit le président”, a précisé Stéphane Bern mercredi.

“L’idée n’est pas du tout de faire une nouvelle flèche qui serait différente de celle de Viollet-le-Duc pour faire une nouvelle flèche, pour être modernes, pour être nouveaux. Viollet-le-Duc nous a légué un chef d’oeuvre (...), donc on ne peut pas se permettre de changer pour changer”, a assuré jeudi soir le ministre de la Culture, Franck Riester, sur CNEWS.

La flèche qui s’est effondrée lundi, sous les yeux éberlués de centaines de curieux et de téléspectateurs du monde entier, est un ajout récent : le clocher d’origine, élevé au milieu du XIIIe siècle, avait fini par être démonté entre 1786 et 1792 en raison d’un risque d’affaissement.

Interrogé jeudi sur CNEWS, le recteur-archiprêtre de Notre-Dame, Mgr Patrick Chauvet, ne s’est pas prononcé sur le choix de la future vigie, la question pouvant selon lui être résolue “dans un second temps”, une fois les travaux de restauration achevés sur le reste de l’édifice.

Mardi, Emmanuel Macron a dit vouloir que Notre-Dame renaisse d’ici à cinq ans.

Simon Carraud avec Caroline Pailliez, édité par Sophie Louet

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