April 3, 2019 / 4:22 PM / 8 months ago

Bras de fer entre les nationalistes et Macron avant le voyage présidentiel en Corse

AJACCIO (Reuters) - Emmanuel Macron et la majorité nationaliste au pouvoir en Corse ont engagé mercredi un bras de fer à la veille de la visite du chef de l’Etat dans l’île, où il doit clôturer le “grand débat” censé tirer les leçons de la crise des “Gilets jaunes”.

Emmanuel Macron et la majorité nationaliste au pouvoir en Corse ont engagé mercredi un bras de fer à la veille de la visite du chef de l'Etat dans l'île, où il doit clôturer le "grand débat" censé tirer les leçons de la crise des "Gilets jaunes". /Photo prise le 2 avril 2019/REUTERS/Philippe Wojazer

Le président de l’exécutif corse, Gilles Simeoni, a appelé à une “isula morta” (île morte) jeudi, une “opération pacifique et symbolique” pour protester contre ce qu’il estime être la “surdité” de Paris face aux demandes nationalistes d’une meilleure prise en compte de la spécificité de l’île.

Gilles Simeoni avait annoncé lundi son intention de boycotter le grand débat qui doit se dérouler dans le village de montagne de Cozzano (Cuzzà), à 60 km d’Ajaccio.

Estimant que “les fils (…) n’ont jamais été coupés”, Emmanuel Macron a pourtant renouvelé mardi son invitation à un “dialogue pour l’histoire” mardi aux deux présidents corses, via une interview au ton conciliant dans Corse-Matin qui tranchait avec les discours prononcés il y a an et vécus par les nationalistes comme une humiliation. 

Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni, le président de l’assemblée de Corse, ont décliné l’offre mais ont convié mercredi le chef de l’Etat à échanger avec eux au sein de l’assemblée de Corse, ce qu’a refusé l’Elysée en indiquant toutefois la “disponibilité” du président de la République pour une rencontre à Paris ou Cozzano. 

Devant la presse, le président de l’exécutif corse a regretté mercredi que le dialogue n’ait pu jusqu’ici s’engager réellement” en raison du “refus (par l’Etat, ndlr) de prendre en compte le fait démocratique tel qu’il s’est exprimé dans les urnes en 2017” lors de la victoire des nationalistes. 

LA QUESTION DE L’ENERGIE

Il réclame un nouveau compromis du même type que les accords de Matignon lancés par le gouvernement de Lionel Jospin en 2002, qui avaient débouché sur un troisième statut de décentralisation et sur un plan exceptionnel d’investissement (PEI) de deux milliards d’euros sur quinze ans pour rattraper le retard infrastructurel de l’île. 

Alors que les nationalistes ont hérité d’une collectivité unique, regroupant les deux départements et la région depuis le 1er janvier 2018, ils estiment que le quatrième statut de décentralisation, issu de la loi NOTRe (Nouvelle organisation territoriale de la République), est insuffisant.

Ils demandent un article spécifique dans la Constitution pour la Corse. Si les compétences de l’assemblée corse sont plus importantes que n’importe quelle autre région française, elle n’est pas autonome et veut bénéficier de régimes dérogatoires. 

Au-delà de la simple question institutionnelle, de la promotion de la langue corse et du rapprochement des détenus insulaires, de l’application du statut d’île-montagne, d’autres dossiers sont dans l’incertitude, comme la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).

Avant son départ du ministère de l’écologie en 2018, Nicolas Hulot avait enterré un projet de gazoduc entre Ajaccio et Bastia jugé trop coûteux et censé alimenter les deux centrales thermiques de l’île. Un choix maintenu par son successeur, François de Rugy. A Ajaccio, l’incertitude autour de la construction d’une centrale au fioul léger afin de remplacer l’unité actuelle, fonctionnant au fuel lourd - la dernière de France - est au centre des débats.

Ces questions émergent dans un climat où les attentats à l’explosif visent à nouveau les résidences secondaires (une dizaine ciblées depuis quinze jours) ou les symboles de l’Etat.

Nombre des 360 maires de l’île ont décliné l’invitation au grand débat qui sera animée par Jacqueline Gourault, ministre de l’Aménagement du territoire et “Madame Corse” du gouvernement.

“Les services de l’Etat font la tournée des maires car ils craignent que le débat ne fasse un flop”, glisse un élu.

Paul Ortoli, édité par Yves Clarisse

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