April 2, 2019 / 7:11 PM / 8 months ago

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika démissionne

ALGER (Reuters) - Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a démissionné de ses fonctions mardi, sous la pression de la rue, après avoir passé 20 ans à la tête du pays.

Abdelaziz Bouteflika, a démissionné mardi sous la pression de la rue, après avoir passé 20 ans à la tête du pays. /Image diffusée le 11 mars 2019/REUTERS/Algerian TV

Des centaines de personnes sont descendues dans les rues de la capitale Alger, mardi soir à l’annonce de la démission du président. Des jeunes gens ont fêté l’événement, agité des drapeaux algériens et circulé en convois de voiture à travers le centre-ville, là même où avaient commencé le 22 février les manifestations contre le vieux dirigeant.

Le président de la chambre haute du parlement, Abdelkader Bensalah, doit assurer désormais l’intérim de la présidence de l’Etat pendant une durée de 90 jours, jusqu’à la tenue d’élections.

Bouteflika a annoncé sa décision dans un court communiqué puis une lettre publiés par l’agence de presse officielle APS.

“J’ai pris cette décision afin de mettre fin aux querelles actuelles”, déclare-t-il dans une lettre, son principal moyen de communication depuis cinq ans.

“J’ai pris les mesures appropriées, dans l’exercice de mes prérogatives constitutionnelles, pour les besoins de la continuité de l’Etat et du fonctionnement normal de ses institutions durant la période de transition”, ajoute-t-il.

Dans un communiqué diffusé par le Quai d’Orsay, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, évoque “une page importante de l’histoire de l’Algérie qui se tourne”.

“Nous sommes confiants dans la capacité de tous les Algériens à poursuivre cette transition démocratique dans un esprit de calme et de responsabilité”, poursuit-il.

Agé de 82 ans, de santé fragile depuis son AVC en 2013, Abdelaziz Bouteflika était à la tête du pays depuis 1999. Sous la pression de la rue, il avait renoncé en mars à briguer un cinquième mandat et avait annoncé le report sine die de l’élection présidentielle normalement prévue ce mois-ci.

“LA DÉCISION NE CHANGERA RIEN”

Mardi, le chef d’état-major des forces armées, le général Ahmed Gaed Salah, avait demandé que le président Bouteflika soit sans attendre déclaré inapte à diriger le pays.

Le général Salah avait déclaré qu’il était du côté du peuple et qu’il ne fallait plus perdre de temps, après des semaines de manifestations massives.

Lundi, Abdelaziz Bouteflika avait fait savoir qu’il quitterait ses fonctions avant la fin effective de son mandat le 28 avril. Mais l’un des meneurs des manifestations et les partis d’opposition avaient jugé cette annonce insuffisante, et mardi, des centaines d’étudiants avaient encore défilé dans la capitale pour réclamer la fin du système politique actuel, jugé incapable de réformes en profondeur.

“La décision de Bouteflika (de démissionner avant la fin de son mandat) ne changera rien”, a dit à Reuters mardi Moustapha Bouchachi, avocat et l’un des dirigeants des manifestations.

A ses yeux, la nomination par Bouteflika d’un nouveau gouvernement vise à perpétuer le système politique en place.

“Ce qui est important, à nos yeux, c’est que nous n’acceptons pas le (nouveau) gouvernement. Les manifestations pacifiques vont continuer”, a-t-il dit.

L’engagement d’Abdelaziz Bouteflika remonte à la guerre d’Algérie, lorsque, à l’âge de 19 ans, il rejoignit les rangs des insurgés, comme protégé de Houari Boumédiene, lequel devint par la suite président.

A l’indépendance, il fut à 25 ans ministre de la Jeunesse et du Tourisme. L’année suivante, il était nommé ministre des Affaires étrangères et fut alors l’un des principaux protagonistes du Mouvement des non alignés, qui donna une voix sur la scène internationale à l’Afrique, à l’Asie et à l’Amérique latine.

Mais à la fin des années 1970, Bouteflika, tombé en disgrâce, partit en exil. Sa carrière politique sortit des limbes cependant alors que l’Algérie était en proie dans les années 1990 à un conflit avec les islamistes armés, qui fit dans les 200.000 morts.

Elu président pour la première fois en 1999, il négocia une trêve pour permettre un arrêt des affrontements.

Lamine Chikhi, Hamid Ould Ahmed; Eric Faye pour le service français

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