March 26, 2019 / 12:45 PM / 8 months ago

Les pêcheurs bretons sur le qui-vive face à un Brexit dur

RENNES (Reuters) - Première région de pêche française, la Bretagne attend avec angoisse l’issue des tractations sur le Brexit qui pourrait, en l’absence d’accord, priver ses pêcheurs d’une partie importante de leurs ressources s’ils n’ont plus accès aux poissonneuses eaux britanniques et avoir des conséquences dévastatrices.

Première région de pêche française, la Bretagne attend avec angoisse l'issue des tractations sur le Brexit qui pourrait, en l'absence d'accord, priver ses pêcheurs d'une partie importante de leurs ressources s'ils n'ont plus accès aux poissonneuses eaux britanniques et avoir des conséquences dévastatrices. /Photo prise le 1er octobre 2018/REUTERS/Pascal Rossignol

“Si on ne peut plus aller pêcher dans les eaux britanniques, dans le cas d’un ‘no deal’, ça va être une catastrophe et un bazar sans nom”, souligne Olivier Le Nezet, président du comité régional des pêches de Bretagne.

“Et ce sera la même chose pour les Normands, les Hauts-de-France, les Hollandais, les Belges et tous les pays qui vont aujourd’hui pêcher dans les eaux britanniques”, ajoute t-il, insistant sur la nécessité d’un front européen solidaire.

En Bretagne, où l’on compte environ 6.000 marins pour 1.400 navires, du plus petit côtier aux navires hauturiers de plus de 20 mètres, environ 30.000 tonnes de poissons sont pêchées chaque année par plus d’une centaine de bateaux dans les eaux du Royaume-Uni, et la perspective du rétablissement d’une frontière maritime qui diviserait la Manche en deux est redoutée.

“Des armements comme la Scapêche, la filiale d’Intermarché, basée à Lorient, qui compte 23 navires, ou La Houle, à Loctudy (Finistère), qui arme une quinzaine de navires, réalisent entre 95% et 100% de leurs prises dans les eaux britanniques”, précise Olivier Le Nézet.

En cas de Brexit dur, ces eaux pourraient être interdites aux navires Français, Belges ou Hollandais, les obligeant à se rabattre sur le sud de la Manche ou d’autres zones de pêche.

“Une telle situation, alors que les pêcheurs ont fait des efforts avec les quotas et les maillages des filets aura forcément des conséquences catastrophiques sur la ressource”, remarque le président du comité des pêches de Bretagne.

La perspective n’est d’ailleurs guère plus réjouissante si la Chambre des communes entérine l’accord négocié par la Première ministre britannique avec l’UE, puisque ce dernier n’est pas un arrangement détaillé mais ouvre des négociations.

Les professionnels craignent aussi des problèmes de cohabitation entre pêcheurs de différentes nationalités et de différentes techniques de pêches - fileyeurs, caseyeurs, chalutiers - qui seraient confinées dans les mêmes eaux.

FUITE DES MATELOTS

Pour répondre aux conséquences d’un Brexit dur, l’Union européenne envisage des compensations accordées aux armateurs qui laisseraient leurs navires à quai une partie de l’année.

“Ce n’est pas une solution. Des aides pour garder temporairement les navires à quai, en faisant chuter les apports en criées, auront un impact sur l’ensemble de la filière, à commencer par les mareyeurs”, redoute Alain Coudray, président du comité des pêches des Côtes d’Armor, qui espère que les droits de pêche, tels qu’ils existent aujourd’hui, seront au moins préservés jusqu’à la fin de l’année.

Les patrons-pêcheurs, qui recevraient 70% de leur chiffre d’affaires de 2017 pour les mois restés à quai, pointent quant à eux la fuite des matelots qui se tourneront vers d’autres activités et des navires exigeant davantage d’entretien s’ils ne sortent pas en mer.

“Dans ce cas de figure, avec la perte des marchés, ce sont des dizaines de milliers d’emplois qui sont menacés”, estime Olivier Le Nezet.

En Normandie, où près de la moitié de la flotte de 592 navires est également très dépendante de la pêche dans les eaux britanniques (plus de 20% des chiffres d’affaires et des prises en 2016 de 20 millions d’euros en valeur), la perspective du ‘no deal’ est également ressentie comme une épée de Damoclès.

En cas d’accord à la Chambre des communes sur une sortie de l’Union négociée, restera de toute façon à revoir les droits d’accès aux eaux et aux ressources halieutiques britanniques.

“L’alternative serait de mettre en place un système de licences entre l’Europe et le Royaume-Uni qui permettent l’accès à leurs eaux et réciproquement”, indique Roxane Boullard, chargée de mission sur le Brexit au Comité régional des pêches de Normandie.

Une alternative qui devrait intéresser Londres dans la mesure où, si l’Europe compte cinq fois plus de navires qui pêchent dans les eaux britanniques que l’inverse, le Royaume-Uni commercialise de son côté une grande partie de sa pêche à l’export et n’a guère intérêt à voir émerger de nouveaux droits de douanes sur ces marchandises.

Edité par Yves Clarisse

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