March 6, 2019 / 11:05 AM / 8 months ago

Mouvement de colère des surveillants de prison

PARIS (Reuters) - Prisons bloqués ou retards de prise de service de jour : les surveillants de prison ont manifesté leur colère mercredi, au lendemain de l’agression par un détenu et sa compagne de deux des leurs à Condé-sur-Sarthe (Orne).

Prisons bloqués ou retards de prise de service de jour : les surveillants de prison ont manifesté leur colère mercredi, au lendemain de l'agression par un détenu et sa compagne de deux des leurs à Condé-sur-Sarthe (Orne). /Photo prise le 5 mars 2019/REUTERS/Benoit Tessier

En tout début de matinée, 18 établissements étaient bloqués, notamment celui de Fleury-Mérogis (Essonne), et des retards de prise de service étaient enregistrés dans une soixantaine, selon la direction de l’administration pénitentiaire (DAP).

En début d’après-midi, il n’y avait plus que deux prisons bloquées mais le malaise reste sensible chez des fonctionnaires refusant le statut de boucs émissaires.

“A chaque prise d’otage, tentative de meurtre ou autre événements dramatiques, on envoie l’arme lourde du ministère de la Justice, l’inspection des services, dont nous n’avons jamais les conclusions”, constate l’Ufap-Unsa pénitentiaire.

La ministre de la Justice a pour sa part réaffirmé à l’Assemblée nationale que des équipements de protection, comme des gilets pare-lame, seraient distribués “partout”.

Mais Nicole Belloubet, qui a demandé dès mardi une enquête de l’Inspection générale de la justice, a aussi redit vouloir comprendre les causes de l’épisode de Condé-sur-Sarthe.

“Il nous faut comprendre pourquoi des fouilles sur des visiteurs n’ont pas été pratiquées avec suffisamment de vigilance (...), pourquoi, alors que l’on disposait de données de services de renseignement, elles n’ont pas été utilisées pour affecter ce détenu dans l’un des quartiers d’affectation qui auraient pu mieux le prendre en charge, pourquoi est-ce qu’il a pu avoir accès à une unité de vie familiale”, a-t-elle ajouté.

Selon la DAP, Michaël Chiolo, qui purge une peine de 30 ans de détention pour un crime de droit commun particulièrement horrible et a aussi été condamné à un an de prison pour apologie du terrorisme, n’était ni en quartier d’évaluation ni en quartier de prévention de la radicalisation (QPR).

“VENGER CHERIF CHEKATT”

Il s’agit notamment d’établir comment sa compagne a pu introduire dans une des prisons les plus sécurisées de France le couteau à lame céramique avec lequel il a grièvement blessé deux surveillants dans l’unité de vie familiale, où le détenu et sa femme se sont retranchés près de dix heures.

Le sujet a été évoqué par Emmanuel Macron en conseil des ministres. “Le président de la République l’a rappelé, en matière de mesures à imaginer ou de mise en place de nouveaux dispositifs, il n’y a pas de tabou”, a déclaré le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux.

Il “a été très clair là-dessus : si des choses doivent être améliorées à l’issue de ces enquêtes, cela le sera, que ce soit sur le dispositif de fouilles, de visites, etc.”

En janvier 2018, un relevé de conclusions prévoyant de renforcer la protection des surveillants avait été signé entre le gouvernement et des syndicats de gardiens, à la suite d’un mouvement de grogne déjà suscité par l’agression par un détenu radicalisé de collègues à Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais).

Mais les syndicats déplorent que les mesures prévues par ce relevé tardent à être mises en oeuvre.

Michaël Chiolo prétendait avoir une ceinture d’explosifs qui s’est révélée factice. Il a été blessé lors de l’assaut des policiers du Raid. Sa femme a été tuée.

Catholique converti à l’islam, il avait semble-t-il connu en détention Cherif Chekatt, l’assassin du marché de Noël de Strasbourg, qui a tué cinq personnes le 11 décembre 2018 avant d’être abattu par la police. Selon le procureur de Paris, Rémy Heitz, il “disait vouloir venger Cherif Chekatt”.

Selon la garde des Sceaux, il y a environ 1.200 détenus radicalisés recensés dans les prisons de France, un phénomène que Nicole Belloubet assure prendre au sérieux.

“Je n’ai pas le sentiment que nous l’ayons sous-estimé, nous le prenons à bras le corps. Manifestement, il y a encore des failles et je suis là pour y remédier”, a-t-elle dit à RMC.

Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse

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