March 5, 2019 / 7:14 PM / 7 months ago

Le détenu de Condé-sur-Sarthe voulait venger Chekatt

CONDE-SUR-SARTHE (Orne) (Reuters) - Le détenu qui a poignardé deux surveillants de la prison de Condé-sur-Sarthe (Orne) avant d’être maîtrisé mardi soir avec sa femme par des policiers du Raid voulait venger Cherif Chekatt, le tueur du marché de Noël de Strasbourg, selon le procureur de la République de Paris, dépêché sur place.

Le détenu qui a poignardé deux surveillants de la prison de Condé-sur-Sarthe (Orne) avant d'être maîtrisé mardi soir avec sa femme par des policiers du Raid voulait venger Cherif Chekatt, le tueur du marché de Noël de Strasbourg, selon le procureur de la République de Paris, dépêché sur place. /Photo prise le 5 mars 2019/REUTERS/Benoit Tessier

Michaël C., 27 ans, retranché pendant près de dix heures avec sa compagne et complice présumée dans l’unité de vie familiale (UVF) de l’établissement, a été blessé par balles lors de l’assaut du Raid. Sa femme, également blessée, est décédée, a précisé Rémy Heitz dans une déclaration à la presse.

Selon le procureur, le détenu avait crié “Allah Akbar” en se jetant sur les deux agents pénitentiaires. “Il disait vouloir venger Cherif Chekatt”, qui a tué cinq personnes à Strasbourg le 11 décembre dernier avant d’être abattu par la police.

“Il indiquait être porteur d’une ceinture d’explosifs et être prêt à s’en servir”, a ajouté Rémy Heitz. Explosifs qui se révèleront en fin de compte factices, selon le commandant du Raid, Jean-Baptiste Dulion.

De quoi cependant justifier la saisine de la section antiterroriste du parquet de Paris, qui a confié l’enquête sur ces événements à la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire (SDAT), à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et à la police judiciaire de Rennes.

Michaël C., lorrain converti à l’islam, purgeait une peine de 30 ans de prison pour avoir enlevé, séquestré et tué, avec deux complices, un octogénaire, cheminot rescapé des camps de la mort nazis, pour le voler. Il était libérable en 2038.

Alors qu’il était incarcéré à Mulhouse dans l’attente de son procès en appel, il avait été condamné à un an de prison pour apologie d’actes terroristes après avoir mimé les attaques du 13 novembre 2015, à Paris et Saint-Denis, deux jours après les faits, dans la cour de la maison d’arrêt.

ILS REFUSENT DE SE RENDRE

Selon une source syndicale pénitentiaire, la compagne de Michaël C. aurait attiré mardi matin les surveillants dans leur cellule en affirmant être enceinte et faire un malaise. Selon une autre source, le couple aurait simulé une querelle.

C’est elle qui aurait porté le premier coup avec un couteau en céramique à un des deux gardiens. L’homme a pris le relais, blessant grièvement cet agent au torse et le second gardien, qui portait secours à son collègue, au visage et au dos.

Le pronostic vital des deux surveillants, hospitalisés, n’est cependant pas engagé, selon le ministère de la Justice.

“Après une tentative de négociation et des sommations d’usage, le Raid intervenait, les personnes ayant fait connaître leur refus de se rendre, criant notamment ‘Allah akbar’ à plusieurs reprises”, a raconté le procureur de la République.

Le père de Michaël C. a déclaré sur RTL que son fils, baptisé et catholique, s’était “radicalisé mais uniquement dans sa tête, pas dans son coeur”.

La direction de l’administration pénitentiaire a précisé que ce détenu de droit commun fréquentait normalement les ateliers de la prison et n’était ni en quartier de prévention de la radicalisation (QPR), ni en quartier d’évaluation.

“Le caractère terroriste de cette attaque ne fait aucun doute”, a cependant déclaré la ministre de la Justice, Nicole Belloubet. “A froid, évidemment, il faudra tirer toutes les conséquences de cette attaque terroriste.”

ENQUÊTE INTERNE

Selon elle, le couteau - une source syndicale pénitentiaire parle de deux couteaux -, a pu être introduit par la femme du détenu dans cet établissement considéré comme l’un des deux plus sécurisés de France, profitant du fait que les détecteurs de métaux ne repèrent pas la céramique.

“Il y a toute une série de questions qui devront être traitées et auxquelles il conviendra que nous apportions des réponses”, a souligné la garde des Sceaux.

“J’ai demandé à ce qu’une mission de l’inspection générale de la justice soit immédiatement diligentée”, notamment pour comprendre comment le couteau a été introduit dans la prison, a-t-elle précisé dans la soirée.

Le procureur de la République a pour sa part déclaré mardi soir que trois gardes à vue étaient en cours.

La présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, a jugé que la ministre de la Justice était “en partie responsable (...) car elle a refusé purement et simplement de prendre des décisions qui pourtant s’imposaient”.

Pour le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, “le gouvernement a péché par naïveté, par inconscience”. Il a demandé que les “gens très dangereux” soient détenus dans “des quartiers séparés, de haute sécurité.”

Des syndicats, dont la CGT et FO, ont appelé les gardiens à se mobiliser mercredi, devant les établissements pénitentiaires, pour apporter leur soutien à leurs collègues de Condé-sur-Sarthe et faire aboutir leurs revendications.

“C’est la goutte qui fait déborder le vase”, a dit à Reuters Christophe Schmitt, de FO pénitentiaire.

Benoît Teissier avec Emmanuel Jarry, Inti Landuro et Elizabeth Pineau à Paris, Gilbert Reilhac à Strasbourg, édité par Elizabeth Pineau

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