February 26, 2019 / 9:36 PM / 9 months ago

Près du dernier réduit de l'EI, des militants encore fidèles

PROVINCE DE DAIR AZ ZOUR, Syrie (Reuters) - Elle a rejoint l’Etat islamique en Syrie il y a quatre ans et n’a quitté l’organisation que lundi soir, lors de l’évacuation des civils du dernier réduit des djihadistes à Baghouz, dans l’Est syrien, et uniquement parce que sa fille de 19 ans a été blessée par balle à la jambe.

“Je ne regrette rien, même aujourd’hui”, dit cette Algérienne dont le visage est caché par un voile. “Si ma fille n’avait pas été blessée, je serais restée.”

Elle se tient à un checkpoint contrôlé par les Forces démocratiques syriennes (FDS), miliciens arabo-kurdes qui ont infligé de sévères défaites à l’Etat islamique avec le soutien militaire des Etats-Unis.

Baghouz, un village sur l’Euphrate, est à une trentaine de kilomètres.

“Même si je suis ici parce que je n’ai pas le choix”, enchaîne la femme, “j’y crois toujours, je sais que ce n’est pas terminé.”

Baghouz - quelques hameaux et des terres agricoles -, est le dernier bastion de l’Etat islamique depuis que l’organisation, qui avait proclamé en 2014 un “califat” sur un tiers de l’Irak et la Syrie, a perdu l’essentiel de ses territoires en 2017.

Le groupe a adapté sa tactique en optant pour des attaques de harcèlement et des attentats suicides.

Avant de lancer leur assaut final sur Baghouz, les FDS disent vouloir s’assurer qu’il n’y a plus de civil dans la zone.

“MAINTENANT, ILS SONT PLUS RADICAUX”

La milice a été surprise par le nombre d’évacués, qui a dépassé ses estimations initiales. Mardi, des dizaines de camions continuaient à transporter des civils hors du village.

Les personnes transférées au cours des derniers jours affichent plus ouvertement leur fidélité à l’égard de l’Etat islamique, selon un secouriste bénévole présent sur le point de contrôle. “Maintenant, ils sont plus radicaux”, témoigne-t-il.

Toutes les femmes aperçues mardi portent le voile intégral. La poignée de tentes plantées sur le sol désertique et survolées par les avions de combat de la coalition anti-EI ne suffit pas à accueillir tous ces déplacés.

Les évacués de Baghouz sont soumis à des contrôles de sécurité puis transférés dans le camp pour déplacés d’Al Hol, près de la frontière irakienne.

L’Algérienne interrogée par Reuters déclare qu’il n’y a pas eu récemment de frappes aériennes, mais des tirs de mortier et des échanges de tirs. Son mari et deux de ses enfants ont été tués dans un bombardement pendant la guerre civile syrienne.

Elle n’a aucunement l’intention de retourner en Algérie.

“Je ne peux pas retourner chez des gens qui ne m’aiment pas et que je n’aime pas”, dit cette femme qui a séjourné en France pendant un certain temps.

Priée de donner les raisons de son voyage en Syrie, elle répond: “C’est ce en quoi je crois (...), les lois de Dieu.”

Les FDS estiment qu’environ 30.000 personnes ont évacué Baghouz. Selon Adnan Afrin, un responsable de la milice, il reste encore de nombreux combattants dans le village, où des tunnels de défense ont été creusés.

“Nous savons grâce aux civils qui sont partis qu’il y en a un grand nombre, principalement des djihadistes européens et asiatiques”, dit-il.

Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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