February 25, 2019 / 8:58 AM / 9 months ago

Les syndicats veulent sauver les allocations chômage des cadres

PARIS (Reuters) - Les syndicats ont rejeté lundi l’idée d’injecter une dose de dégressivité dans les allocations chômage des cadres ou de plafonner davantage leur indemnisation, alors que ces pistes refont surface en pleine réforme de l’assurance chômage.

Les syndicats ont rejeté lundi l'idée d'injecter une dose de dégressivité dans les allocations chômage des cadres ou de plafonner davantage leur indemnisation, alors que ces pistes refont surface en pleine réforme de l'assurance chômage. /Photo d'archives/REUTERS/Charles Platiau

Selon les Echos, le gouvernement envisagerait de diminuer les allocations des cadres par l’une de ces deux mesures pour réaliser une partie des 3 à 3,9 milliards d’économies prévues dans sa réforme Unédic, des propositions qui avaient déjà été évoquées par l’exécutif en septembre dernier.

“Je trouve ça totalement scandaleux. Aujourd’hui, s’il existe un système d’assurance chômage, c’est parce qu’il y a des cotisations qui sont prélevées sur les salaires des cadres”, a déclaré à Reuters François Hommeril, le président de la CFE-CGC (syndicat des cadres). “Si ça venait à être mis sur la table, on ne resterait pas sans réagir”.

Le secrétaire général de FO, Yves Veyrier, a abondé dans le même sens : “L’idée est de faire en sorte que les hauts salaires ne sortent pas des systèmes de solidarité pour s’assurer individuellement, mais participent à hauteur de leurs revenus”, a dit à Reuters.

“Si en contrepartie, on leur dit non seulement vous participez mais vous n’aurez droit à rien, ou à moins, on donne tous les arguments pour faire éclater le système.”

DES DÉPUTÉS DÉFENDENT LE PLAFONNEMENT

Ces propositions avaient été soutenues en septembre par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, et le Premier ministre, Edouard Philippe, avant d’être laissées à la discussion des partenaires sociaux, lesquels n’ont pas souhaité l’aborder dans leur négociation qui a échoué jeudi dernier.

Dans les faits, les allocations chômage sont déjà plafonnées à 7.700 euros bruts par mois. Seule une infime minorité des indemnisés (environ 0,03%, selon l’Unédic) atteignent ce seuil.

Selon la CFE-CGC, les cadres financent par leurs cotisations 42% de l’assurance chômage mais ne reçoivent que 15% des allocations. Ils représentent par ailleurs 7% des allocataires de l’assurance chômage, précise l’Unedic.

Pour le chef de file des députés La République en Marche (LaRem), Gilles Le Gendre, les cadres supérieurs et dirigeants, dont le taux de chômage est faible et les périodes de recherche d’emploi le plus souvent de courte durée, “sont indemnisés dans des proportions et à des niveaux qui sont supérieurs à tout ce qui est constaté dans tous les autres pays”.

Ce niveau élevé fait “partie d’un certain nombre de dysfonctionnements de l’assurance chômage” qu’il faut traiter, a-t-il ajouté lundi, sur RTL.

Le député La République en marche (LaRem), Aurélien Taché, qui avait le premier avancé l’idée d’un plafonnement sur les indemnités, a jugé lundi sur Franceinfo qu’il n’y avait “pas de raison que (l’indemnisation) monte jusqu’à 6.000 ou 7.000 euros”. Elle devrait être de 3.000 ou 4.000 euros maximum.

Les syndicats prônent, à l’inverse, le déplafonnement des cotisations chômage, et donc des allocations, pour réaliser des économies, les cadres aux revenus très élevés contribuant bien davantage au régime qu’ils ne génèrent de dépenses.

Selon des chiffres de l’Unédic, si le plafond était doublé, le régime économiserait 423 millions d’euros chaque année. Les recettes supplémentaires seraient de 434 millions d’euros pour 11 millions d’euros de dépenses.

L’EXÉCUTIF DIVISÉ

Le gouvernement pourrait plutôt miser sur la dégressivité, qui consiste à réduire le montant des allocations au fur et à mesure que l’épisode de chômage s’allonge, telle qu’elle était pratiquée en France dans les années 1990 avant d’être supprimée en contrepartie de réductions de droits.

C’est l’option envisagée par François Asselin, le président de la CPME, mais appliquée à l’ensemble des salariés, pas seulement aux cadres. “Commencer à faire des catégories par rapport à l’assurance chômage, ça me paraît un terrain un petit peu glissant”, a-t-il dit à Reuters.

C’est justement ce que craignent la CGT et la CFDT.

“A chaque fois qu’on baisse l’indemnisation des demandeurs d’emploi, on baisse leur capacité à retrouver du travail”, a dit Laurent Berger sur France 2. “Il y a un sujet sur les cadres mais l’indemnisation dégressive, je crois que c’est mettre le doigt dans un système qui n’a jamais prouvé son efficacité.”

L’exécutif lui-même se veut prudent sur l’opportunité d’instaurer une dégressivité des allocations chômage des cadres ou de baisser leur plafond. “Les économistes sont assez unanimes pour dire que ça ne marche pas et que ça a des effets négatifs”, reconnaissait il y a quelques jours une source en son sein.

Dans une note publiée par l’institut de Sciences Politiques et l’OFCE, l’économiste Bruno Coquet résumait ainsi l’état de la recherche : “Les travaux empiriques montrent que la dégressivité ralentirait les sorties du chômage et que cette taxe sur le chômage de longue durée a au mieux de faibles effets agrégés sur les dépenses de l’assurance chômage.”

Emmanuel Jarry et Caroline Pailliez, avec Jean-Baptiste Vey, édité par Yves Clarisse

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