February 23, 2019 / 4:53 PM / 6 months ago

Violences et livraison d'aide avortée au Venezuela

CUCUTA, Colombie/URENA, Venezuela (Reuters) - Un convoi qui avait acheminé de l’aide humanitaire samedi à la frontière entre la Colombie et le Venezuela sous la supervision du président vénézuélien autoproclamé Juan Guaido a fait demi-tour après des heurts entre partisans de l’opposition et les forces de sécurité vénézuéliennes.

Un convoi qui avait acheminé de l'aide humanitaire samedi à la frontière entre la Colombie et le Venezuela sous la supervision du président vénézuélien autoproclamé Juan Guaido a fait demi-tour après des heurts entre partisans de l'opposition et les forces de sécurité vénézuéliennes. /Photo prise le 23 février 2019/REUTERS/Marco Bello

La tension était également vive à la frontière brésilienne, où deux personnes ont été tuées samedi en venant chercher de l’aide, selon une source hospitalière au Brésil, portant à quatre le nombre de victimes en deux jours dans cette région.

Dans ce contexte de crispation avec ses voisins et alors que les Etats-Unis menacent d’imposer de nouvelles sanctions si l’aide n’est pas livrée, le président Nicolas Maduro a annoncé la rupture des relations diplomatiques entre le Venezuela et la Colombie.

En début de journée, Juan Guaido, reconnu par plusieurs pays occidentaux comme le président légitime du Venezuela, avait pris symboliquement le volant d’un des camions à destination du pont Simon Bolivar, du côté colombien de la frontière.

“L’aide humanitaire est définitivement en chemin pour le Venezuela (...) pour sauver des vies (..)”, avait déclaré le chef de l’opposition lors d’une conférence de presse aux côtés de trois présidents d’Amérique latine, dont le Colombien Ivan Duque.

Une fois arrivés à la frontière, les colis de produits de première nécessité devaient être acheminés via une chaîne humaine jusqu’à la ville d’Urena, du côté vénézuélien, selon l’agence colombienne pour les migrations.

Mais la livraison a tourné court, les forces de sécurité vénézuéliennes ayant tiré des grenades lacrymogènes et des balles en caoutchouc pour empêcher les militants de l’opposition et les bénévoles de décharger les camions, selon des images diffusées sur une chaîne télévisée vénézuélienne.

CAMIONS D’AIDE EN FEU

“Ils ont commencé à nous tirer dessus à bout portant comme si on était des criminels”, a témoigné un commerçant, Vladimir Gomez, 27 ans, dont la chemise blanche était tâchée de sang. “Je n’ai pas pu éviter les balles en caoutchouc et j’ai été touché au visage et dans le dos. Nous devons nous battre.”

Deux des camions ont pris feu et le reste du convoi a fini par rebrousser chemin vers Cucuta. Les autorités colombiennes ont annoncé que les cargaisons y seraient déchargées et stockées jusqu’à ce que Juan Guaido fasse la demande d’une nouvelle livraison.

Nicolas Maduro refuse l’entrée de l’aide parce qu’il estime que cette opération cache une intervention armée des Etats-Unis qui ne dit pas son nom. Furieux des derniers développements, il a annoncé la rupture des relations diplomatiques entre le Venezuela et la Colombie.

“Ma patience est épuisée, je ne peux plus le cacher, nous ne pouvons plus supporter que le territoire colombien soit utilisé pour des attaques contre le Venezuela. C’est pour cette raison que j’ai décidé de rompre toutes les relations politiques et diplomatiques avec le gouvernement fasciste colombien”, a dit le président vénézuélien dans un discours à Caracas.

Nicolas Maduro a précisé que l’ambassadeur de Colombie et le personnel consulaire avaient 24 heures pour quitter le pays.

A Bogota, le ministère des Affaires étrangères a prévenu qu’il tiendrait le président vénézuélien pour responsable de la sécurité de ses ressortissants.

L’agence colombienne pour les migrations a annoncé de son côté que plus d’une soixantaine de membres des forces de sécurité vénézuéliennes avaient déserté, dont certains avec un véhicule blindé, et s’étaient placés sous sa protection.

La télévision colombienne a diffusé les images d’un officier vénézuélien se présentant comme le commandant Hugo Parra prêter allégeance à Juan Guaido.

“YANKEE GO HOME!”, DIT MADURO À TRUMP

Les Etats-Unis ont appelé les militaires vénézuéliens à se rallier au président par intérim et menacent d’imposer de nouvelles sanctions au Venezuela la semaine prochaine si les convois humanitaires restent bloqués ce week-end.

“Qu’est-ce que pense le peuple vénézuélien des menaces de Donald Trump?”, s’est faussement interrogé samedi Nicolas Maduro devant une foule de ses partisans à Caracas. “Enlève des pattes du Venezuela Donald Trump. Yankee go home!”

“Il nous envoie de la nourriture pourrie, merci!”

Preuve de l’importance de la question pour la Maison blanche, John Bolton, le conseiller à sécurité nationale du président Donald Trump, a annulé une visite prévue ce week-end en Corée du Sud pour s’entretenir avec ses alliés.

“Estamos con ustedes. Nous sommes avec vous”, a tweeté de son côté le vice-président américain Mike Pence samedi à l’intention de Juan Guaido et de l’opposition.

Les Etats-Unis peuvent compter dans cette crise sur le soutien de la Colombie et du Brésil, dont les présidents récemment élus sont particulièrement hostiles au pouvoir socialiste vénézuélien.

Le Brésil, où 200 tonnes d’aide attendraient de franchir la frontière, a permis samedi le passage d’un camion, a annoncé le parlementaire d’opposition Miguel Pizarro aux journalistes à Caracas.

Un journaliste de Reuters a déclaré pour sa part que deux camions se trouvaient bien sur le sol vénézuélien mais qu’ils n’avaient pas passé le poste de contrôle des douanes.

Des heurts ont éclaté dans la ville vénézuélienne de Santa Elena de Uairen entre les forces de sécurité et des habitants venus chercher de l’aide. Deux d’entre eux ont été tués, selon un médecin d’un hôpital brésilien où les corps ont été amenés, ce qui porte à quatre le bilan des victimes en deux jours.

Avec Mayela Armas à CUCUTA, Helen Murphy et Julia Symmes Cobb à BOGOTA, Anthony Boadle à BRASILIA, Ricardo Moraes à PACARAIMA, Angus Berwick à CARACAS; Danielle Rouquié, Tangi Salaün et Arthur Connan pour le service français

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below