February 15, 2019 / 2:25 PM / 6 months ago

Feuilleton du Brexit: les prochains épisodes

LONDRES (Reuters) - Au lendemain du nouveau revers infligé par la Chambre des communes à Theresa May, le plus grand flou continue d’entourer les modalités du divorce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, fixé pour l’heure au 29 mars prochain au soir.

Au lendemain du nouveau revers infligé par la Chambre des communes à Theresa May, le plus grand flou continue d'entourer les modalités du divorce entre le Royaume-Uni et l'Union européenne, fixé pour l'heure au 29 mars prochain au soir. /Photo prise le 7 février 2019/REUTERS/Yves Herman

A six semaines exactement de l’échéance, les scénarios vont d’un retrait sans accord à un report, voire à une annulation du Brexit, en passant par un arrangement susceptible de réunir une majorité, pour l’heure introuvable, au Parlement britannique.

“Un Brexit sans accord serait une folie”, a souligné vendredi le ministre irlandais des Affaires étrangères, Simon Coveney. Dublin, avec ses 500 km de frontière avec la province britannique d’Irlande du Nord, est en première ligne.

D’après le quotidien britannique Evening Standard, huit ministres britanniques seraient prêts à démissionner si on s’oriente vers un Brexit sans accord.

Quant à May, qui espérait pouvoir présenter à Bruxelles un front britannique uni afin de convaincre les Européens de rouvrir l’Accord de retrait entériné fin novembre mais massivement rejeté mi-janvier par la Chambre des communes, ses illusions sont sans doute parties en fumée jeudi peu avant 18h00, quand les députés ont refusé par 303 voix contre 258 de renouveler le soutien du Parlement à sa stratégie.

Et maintenant, qu’attendre de la suite de ce long feuilleton amorcé par le référendum du 23 juin 2016, quand un peu moins de 52% des électeurs britanniques se sont prononcés pour une sortie de l’Union européenne ?

LE 27 FÉVRIER: “L’HEURE DE VÉRITÉ” ?

En dépit du revers essuyé jeudi à la Chambre des communes, où les Brexiters les plus ardents de son Parti conservateur lui ont fait défaut en optant pour l’abstention, Theresa May a promis de persévérer dans sa volonté de tenter d’obtenir des Européens ce qu’ils lui refusent catégoriquement, à savoir rouvrir l’Accord de retrait négocié entre Londres et Bruxelles et entériné par les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-Sept fin novembre.

Si ses efforts échouent et qu’aucun accord n’est trouvé puis approuvé par son Parlement d’ici le 26 février, la dirigeante britannique s’adressera ce jour-là aux Communes et les députés auront la possibilité le lendemain, 27 février, de débattre et de voter sur la suite du feuilleton.

Plusieurs élus tories, parmi lesquels des ministres, ont indiqué que ce vote sera “l’heure de vérité”, l’ultime chance pour May de trouver une issue à l’impasse.

L’élue travailliste Yvette Cooper s’apprête quant à elle à soumettre un amendement qui forcerait le gouvernement à trancher entre quitter l’UE sans accord ou accepter un report du Brexit en demandant une extension des deux années de négociation prévues par l’Article 50 qui encadre le départ d’un Etat membre de l’UE.

L’amendement Cooper, s’il est adopté, fixerait le 13 mars comme date-butoir.

COURANT FÉVRIER-MARS: UN VOTE SUR UN ACCORD RÉVISÉ ?

Theresa May, que les Communes ont chargée le 29 janvier dernier d’aller renégocier avec Bruxelles pour obtenir des “mécanismes alternatifs” au backstop nord-irlandais, cette clause censée éviter le rétablissement d’une frontière physique à travers l’île d’Irlande, assure vouloir ramener aussi vite que possible un accord et le soumettre au vote des députés.

La Première ministre est tenue de faire ratifier tout “Withdrawal Agreement” par son Parlement. Sa première tentative, le 15 janvier dernier, a tourné au désastre: le texte négocié avec Bruxelles et entériné par les dirigeants européens a été rejeté par 432 voix contre 202.

21-22 MARS: SOMMET EUROPÉEN À BRUXELLES

Le Conseil européen de Bruxelles pourrait servir de décor à un accord de la dernière heure ou déboucher sur une extension des négociations encadrées par l’article 50 afin de repousser la date du divorce et d’éviter un Brexit sans accord.

“En cas de demande d’extension de l’article 50 émanant de Londres, et si elle est accompagnée d’un plan stratégique visant à conclure des discussions, je pense que la réponse pourrait être tout à fait généreuse”, a déclaré Simon Coveney vendredi à Dublin.

“Compte tenu des modalités pratiques autour des élections européennes (ndlr, étalées entre les 23 et 26 mai) et de la mise en place d’une nouvelle Commission européenne, il existe un report naturel de cette date jusqu’à la fin juin peut-être, mais cela relève de la Première ministre britannique et de son Parlement”, a ajouté le chef de la diplomatie irlandaise.

Si le sommet de Bruxelles se passe mal, May devra alors trancher: un Brexit sans accord ou un report.

23-24 MARS: LE DERNIER WEEK-END

Si, à l’inverse, le sommet de Bruxelles se passe bien, les négociateurs travailleront d’arrache pied tout le week-end pour fixer les détails d’un accord définitif.

LUNDI 25 MARS-VENDREDI 29 MARS: L’ULTIME SEMAINE

Dans ces conditions, la Chambre des communes serait appelée à voter sur ce texte, que le Parlement européen ratifierait dans la foulée.

VENDREDI 29 MARS: LE DÉPART ?

Si dans les épisodes précédents, Londres et Bruxelles se sont entendus sur un report du Brexit, la date du 29 mars pourra être décochée des agendas.

A l’inverse, le Royaume-Uni ne sera plus membre de l’UE à compter de 23h00 GMT. S’appliqueront alors les termes d’un éventuel accord, ou bien ce sera le “saut dans le vide” d’un départ brutal. A moins que Londres, dans cette éventualité du “no deal”, demande un délai supplémentaire. Plusieurs députés des Communes, dont le chef de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn, estiment qu’il est “inévitable” que le Royaume-Uni demande un report du divorce.

Andrea Leadsom, la ministre des Relations avec le Parlement, a dit fin janvier qu’il serait peut-être nécessaire de repousser le Brexit de “quelques semaines”.

ÉLECTIONS EUROPÉENNES

Les Etats membres de l’UE renouvellent entre le 23 et le 26 mai leurs représentants au Parlement européen, qui se réunira dans sa nouvelle configuration à partir du mardi 2 juillet.

C’est en remontant le temps à partir de cette date qu’on parvient à esquisser ce que pourrait être le calendrier remanié du Brexit en cas de report, soit aux alentours du 30 juin.

La Commission estime que si le Royaume-Uni fait toujours officiellement partie de l’UE au moment des élections européennes, Londres devra les organiser comme les Vingt-Sept autres Etats membres.

Certains redoutent que les électeurs britanniques n’envoient alors un fort contingent d’Eurosceptiques au Parlement de Strasbourg à même d’en modifier les équilibres. Nigel Farage, ex-chef de file de la campagne pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne lors du référendum de 2016, s’est dit prêt à se porter candidat aux élections européennes sous l’étiquette d’un nouveau “parti du Brexit” si le retrait britannique devait être retardé.

D’où une autre date possible pour un Brexit différé, quelques jours avant le 23 mai.

avec William James à Londres, Gabriela Baczynska et Alastair Macdonald à Bruxelles et Padraic Halpin à Dublin; Henri-Pierre André pour le service français

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