February 6, 2019 / 6:18 PM / 10 months ago

Huawei: Paris contraint de revoir sa copie, retoquée au Sénat

PARIS (Reuters) - Les sénateurs français se sont opposés mercredi à un amendement du gouvernement censé étendre les pouvoirs de contrôle des pouvoirs publics sur les équipements télécoms alors que la suspicion grandit autour de l’équipementier chinois Huawei.

Les sénateurs français se sont opposés mercredi à un amendement du gouvernement censé étendre les pouvoirs de contrôle des pouvoirs publics sur les équipements télécoms alors que la suspicion grandit autour de l'équipementier chinois Huawei. /Photo prise le 29 janvier 2019/REUTERS/Jason Lee

Ce rejet d’une disposition insérée à la dernière minute par l’exécutif dans le projet de loi Pacte, en cours de discussion au Sénat, devrait probablement contraindre le gouvernement à trouver un autre texte de loi en vue de redéposer cet amendement.

Le texte rejeté prévoit un élargissement des pouvoirs de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) dont les opérateurs devront solliciter le feu vert pour une série d’équipements matériels et logiciels jugés vulnérables au piratage ou à l’espionnage.

Cette surveillance accrue est rendue nécessaire, selon le gouvernement, par l’arrivée prochaine de la 5G qui permettra de nouveaux usages dans des domaines stratégiques tels que la voiture connectée, la télémedecine ou encore la ville intelligente.

Le texte ne vise aucun équipementier en particulier, assure le gouvernement français.

Avec un chiffre d’affaires de 93 milliards de dollars (81,7 milliards d’euros) en 2017, Huawei est le premier équipementier télécoms mondial mais plusieurs pays occidentaux, Etats-Unis en tête, redoutent que Pékin n’utilise ses infrastructures à des fins d’espionnage.

Aucune preuve n’a jusqu’à jusqu’à présent été apportée pour étayer ces soupçons et le groupe a réfuté à de nombreuses reprises ces accusations. La controverse a toutefois conduit les Etats-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande à restreindre l’accès à leurs marchés pour la 5G et Washington encourage désormais les pays de l’Union européenne à faire de même.

DES SÉNATEURS DÉPLORENT LA PRÉCIPITATION

Si les sénateurs français ont dit partager la préoccupation des pouvoirs publics sur la sécurité des futurs réseaux, plusieurs ont en revanche regretté d’avoir été mis devant le fait accompli, sans possibilité d’auditionner les opérateurs et les équipementiers ou de conduire une étude d’impact.

Le géant allemand Deutsche Telekom a souligné qu’une interdiction de Huawei engendrerait un retard de deux ans sur ses projets de déploiement, une estimation sur laquelle s’accordent plusieurs opérateurs.

“Nous n’avons pas pu faire notre travail de parlementaires alors que cela soulève un certain nombre de questions”, a regretté Elisabeth Lamure, rapporteure de la commission spéciale qui a rendu un avis défavorable sur la disposition.

La sécurité des équipements télécoms est également au coeur des discussions en Allemagne où une réunion de plusieurs ministres a eu lieu ce mercredi pour débattre de mesures à prendre.

En Pologne, où les autorités ont arrêté le mois dernier un employé chinois de Huawei et un ancien responsable polonais de la sécurité sur des soupçons d’espionnage, le groupe chinois a proposé mercredi d’installer un centre de cybersécurité, ajoutant que rien ne justifiait le rejet par le gouvernement polonais de Huawei pour la mise en place d’un réseau 5G.

Elizabeth Pineau et Gwénaëlle Barzic, édité par Jean-Michel Bélot et Benoît Van Overstraeten

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below