February 1, 2019 / 7:56 PM / 10 months ago

"Vie chère" et sargasses au coeur du débat entre Macron et l'Outre-mer

PARIS (Reuters) - La “vie chère” et la question des sargasses ont été au coeur vendredi d’un échange, parfois vif, entre Emmanuel Macron et une soixantaine de maires d’Outre-mer dans le cadre du “grand débat national” organisé en réponse à la crise des “Gilets jaunes”, qui n’a touché que partiellement les territoires ultra-marins.

La "vie chère" et la question des sargasses ont été au coeur vendredi d'un échange, parfois vif, entre Emmanuel Macron et une soixantaine de maires d'Outre-mer dans le cadre du "grand débat national" organisé en réponse à la crise des "Gilets jaunes", qui n'a touché que partiellement les territoires ultra-marins. /Photo prise le 1er février 2019/REUTERS/Michel Euler

Comme dans l’Eure, le Lot ou la Drôme, le chef de l’Etat français s’est prêté au jeu des questions-réponses avec des édiles de Guadeloupe, de Martinique, de Guyane, de La Réunion et de Mayotte réunis dans la salle des fêtes de l’Elysée.

Les édiles des trois territoires du Pacifique (Polynésie, Nouvelle Calédonie et Wallis et Futuna) n’étaient pas conviés, l’Etat n’y exerçant pas de responsabilité économique et sociale.

Malgré les huit mois d’assises de l’Outre-mer qui ont débouché en juin 2018 sur un “livre bleu” fixant les priorités de l’exécutif, sur le terrain certains élus estiment que les mesures tardent à venir et qu’ils ne bénéficient pas du même traitement qu’en métropole.

“Nous avons l’impression que les hautes sphères nationales souffrent de l’autisme d’Asperger, nous avons le sentiment de ne pas être écoutés, d’être parfois méprisés”, a déclaré Saïd Omar Oili, maire de Dzaoudzi (Mayotte).

“Si des signes forts ne sont pas perceptibles à la fin de ce grand débat national, nous, les élus de terrain, nous ne pourrons pas faire de miracles”, a-t-il ajouté. “A Mayotte, nous sommes au bord de la rupture il y a urgence, il ne faut pas rester dans le constat”.

“C’EST DINGUE”

Selon l’Insee, le taux de chômage dans les territoires ultra-marins est deux à trois fois plus prononcé qu’en métropole et les prix y sont plus élevés - de 12 % en Martinique, Guadeloupe et Guyane à 7 % à La Réunion et à Mayotte.

Cette situation nourrit la colère des habitants de ces territoires, théâtres de mouvements sociaux ces dernières décennies contre la “vie chère” mais qui n’ont été touchés que partiellement - uniquement à la Réunion - par le mouvement des “Gilets jaunes” qui a émergé le 17 novembre en métropole.

“Baissez le coût de la vie (...) nous ne sommes pas moins que le territoire français de métropole”, a dit Jean-Paul Virapoullé, maire à la Réunion, qui a souhaité que l’île devienne “la porte maritime de l’Europe dans l’Océan indien”.

Pour Emmanuel Macron, qui s’est rendu depuis le début de son quinquennat à quatre reprises en Outre-mer et qui pourrait se rendre à la Réunion “avant l’été”, le sentiment que l’Outre-mer est moins bien traité que la métropole n’est pas “vrai”.

Concernant la “vie chère”, “il y a aujourd’hui dans le commerce des filières monopolistiques” qui font que “ça ne fonctionne pas de manière satisfaisante”, a-t-il souligné. Il faut donc démanteler ces filières mais “il va falloir y aller collectivement, (...) ce sont des gens qui sont parfois des acteurs et des financeurs de la vie politique locale, donc OK on y va fermement mais avec toutes les conséquences”.

“OSEZ MONSIEUR LE PRÉSIDENT!”

Sur la question de l’invasion des algues sargasses qui touche les îles de la Caraïbe depuis les trois vagues massives de 2011, 2015 et 2017-2018, pour de nombreux Martiniquais et Guadeloupéens les actions menées pour endiguer le fléau sont insuffisantes et l’enveloppe financière insuffisante.

“Ce n’est pas parce que c’est le phénomène est massif qu’on doit multiplier par dix l’argent”, a répondu Emmanuel Macron à un maire qui chiffrait les besoins à 50 millions d’euros. “Aujourd’hui il apparaît que l’enveloppe dégagée a permis de couvrir les besoins”.

Même impatience concernant la contamination des terres et de la population au chlordécone, un pesticide utilisé dans les bananeraies pour lutter contre le charançon, un insecte qui détruit les plantations.

Autre question également abordée lors du débat, celle de la différenciation. “Il faut aller vers une politique adaptée à chacun de nos territoires, il faut faire du cousu main”, a insisté Marie-Luce Penchard, maire de Basse-Terre (Guadeloupe) et ex-ministre de l’Outre-mer de Nicolas Sarkozy. “Mr le président, osez, si vous y allez, nous serons avec vous”.

“J’y suis totalement favorable”, a répondu Emmanuel Macron, rappelant son intention d’aborder cette question dans le cadre de la réforme constitutionnelle dont l’examen reprendra à l’issue du grand débat qui s’achèvera le 15 mars.

Il s’agit du quatrième échange avec des élus auquel le chef de l’Etat participe dans le cadre du “grand débat national” - cinq en comptant sa participation surprise à un débat citoyen à Bourg-de-Péage (Drôme). Lundi, Emmanuel Macron se rendra à Courcouronnes (Essonne) à l’heure où les premières remontées du terrain font état d’un faible intérêt pour le grand débat au sein des quartiers populaires.

Marine Pennetier, édité par Yves Clarisse

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