January 14, 2019 / 1:59 PM / in 3 months

Les doléances des Français pour une société "vivable"

PARIS (Reuters) - “J’existe !” C’est ce que des dizaines de milliers de Français ont commencé à exprimer dans les mairies dans les “cahiers de doléances”, écrit lundi le président de l’Association des maires ruraux de France (AMRF), Vanik Berberian.

"J’existe !" C’est ce que des dizaines de milliers de Français ont commencé à exprimer dans les mairies dans les "cahiers de doléances", écrit lundi le président de l'Association des maires ruraux de France (AMRF), Vanik Berberian. /Photo prise le 9 janvier 2019/REUTERS/Benoit Tessier

Lancée en réponse à la crise des “Gilets jaunes”, cette initiative a permis de “consigner les expressions des citoyens qui portent le germe d’un projet de société plus vivable pour les 22 millions de Français qui vivent en milieu rural”, peut-on lire dans sa “synthèse nationale” remise au gouvernement à la veille de l’ouverture du “Grand débat national”.

Au moins 5.000 communes, principalement de moins de 3.500 habitants, ont participé au projet, dit l’AMRF.

Le besoin de plus de justice sociale est le thème le plus récurrent avec 17,2% des contributions. Il se traduit par l’idée qu’il faut “pouvoir finir les fins de mois dignement”, augmenter le pouvoir d’achat pour “permettre à tous de consommer”, revaloriser les retraites et réduire les écarts de salaires.

Viennent ensuite les doléances traduisant un sentiment d’”inégalité” devant l’impôt, pour 14,3% des contributions, avec l’idée que la lutte contre la fraude fiscale est “inefficace”, qu’il faut “remettre à plat la progressivité de l’impôt” et rétablir l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF).

Près de 14% des contributions ont trait à une réorganisation politique et territoriale. Les participants montrent une défiance vis-à-vis des privilèges des élus, dénoncent “le nombre d’élus payés à ne rien faire”, critiquent l’organisation territoriale sous l’égide des “hauts fonctionnaires” et appellent à redonner “le pouvoir à la commune”.

Le transports et les mobilités concernent 9,4% des témoignages et se concentrent sur l’abandon de la hausse de la taxe carbone sur les carburants et la fin de la limitation à 80km/heure, une “décision prise par des bureaucrates parisiens qui ne sortent pas du périphérique”. Les participants appellent également au développement des transports publics et des lignes ferroviaires secondaires.

La vie démocratique - 8,7% des contributions - est le cinquième thème abordé, avec l’idée que “les élus doivent respecter le peuple”, “les décisions viennent d’en haut, sans concertation”. Les citoyens demandent à être davantage consultés, notamment par référendum, souhaitent une réforme du système électoral, avec la prise en compte des votes blancs.

Figurent ensuite les sujets liés à la transition écologique - conscience sur l’urgence d’agir mais fort sentiment d’injustice quant aux effort menés; et des demandes pour une valorisation du travail, avec l’idée “d’avoir intérêt à travailler plutôt que de recevoir des aides”.

L’immigration, avec l’idée qu’une “trop grande place est donnée aux ‘étrangers’”, ne figure qu’en huitième position, parmi les sujets internationaux (5,4% des contributions).

“Les partis politiques qui ont fait l’alternance pendant 30 ans ont été totalement éjectés lors des élections. Et puis est arrivé un nouveau groupe, avec une promesse qui était celle de faire de la politique différemment”, a déclaré Vanik Berberian lundi sur France Inter.

“Un an et demi après, on se rend compte que finalement non, c’est comme avant. Vous avez une déception très très forte, y compris des gens qui ont cru à cette nouvelle manière d’être et de faire de la politique.”

Les “Gilets jaunes” ont lancé un “pavé dans la mare” face au “ronronnement des alternances, des propos politiques qui ne sont pas suivis de faits”, une “disparité entre l’urbain et le rural, avec des fractures territoriales et des fractures sociales qui ne font que s’aggraver”, ajoute-t-il.

Emmanuel Macron a déjà dit dans sa “Lettre aux Français” donnant les grandes orientations du débat diffusée dimanche qu’il avait “eu de nombreux retours” sur ces doléances et les avait prises en compte.

Reuters s’est rendu dans une dizaine de villes et villages de France pour recueillir ces tranches de vie difficiles couchées dans des cahiers d’écoliers.

A NIBLES, LE MÉDECIN EST PARTI (ALPES-DE-HAUTE-PROVENCE)

Dans les Alpes-de-Haute-Provence, l’un des plus vastes départements de France avec ses 7.000 km2 mais aussi l’un des moins densément peuplés avec à peine plus de 20 habitants par km2, une trentaine de communes ont ouvert des cahiers de doléances dans les mairies du département. 

C’est le cas à Nibles, village de 50 habitants à une quinzaine de kilomètres à l’Est de Sisteron. Ici, les vallées encaissées et difficiles d’accès ont façonné un paysage parsemé de communes accueillant entre 10 et 150 habitants. 

La mairie de Nibles s’est installée dans les locaux de l’école fermée depuis bien longtemps, l’unique médecin est parti sans être remplacé et les portables sont aux abonnés absents. 

Un cumul de handicaps qui a créé chez les habitants un sentiment d’abandon, dont ils se sont largement ouverts lors de la consultation.

“Ici, sur les routes du terroir, il est rare de croiser un véhicule qui n’ait pas un gilet jaune sur le tableau de bord. Les gens du coin s’identifient au mouvement”, affirme le maire de Nibles, Jean-Jacques Lachamp, qui a centralisé la collecte des doléances dans le département.

Sans surprise, le thème phare qui ressort d’une première analyse des cahiers de doléances, réalisée fin décembre, est une demande de justice sociale à travers notamment une hausse du pouvoir d’achat, une revalorisation des retraites et du smic ou encore une réduction des différences de salaires.

“A cela s’ajoutent les effets de la fracture territoriale dans des communes où l’on reste sur le qui-vive pour maintenir les services publics. Notre quotidien, c’est la poste qui s’en va, la trésorerie qui ferme, la difficulté d’accès au très haut débit et une téléphonie mobile trop souvent inexistante”, précise l’élu. 

Et le maire de feuilleter les pages du cahier de doléances, s’arrêtant sur le message laissé par un couple de retraités du village qui réclame une “forte baisse de la TVA sur les produits de première nécessité”, la “hausse du pouvoir d’achat”, la “réorientation de la taxe sur les grandes fortunes”.

Au fil des témoignages, les raisons de la colère s’inscrivent sur le papier. Des pages entières qui racontent un mal de vivre avec la difficulté par exemple de subsister avec un smic sur un territoire où la voiture est indispensable, qui traduisent la souffrance de campagnes qui se dépeuplent et se sentent de plus en plus abandonnées.

“Nous ne voulons pas l’aumône, juste vivre dignement”, écrit d’une main ferme une dame du village. “J’espère que cette concertation permettra à nos dirigeants de nous entendre”.

Les revendications se veulent constructives, loin de la violence observée en marge des manifestations des “Gilets jaunes”. “Je n’ai pas lu de ‘Macron démission’, pas davantage de remarques sur l’immigration, y compris dans les communes avec un fort ancrage à l’extrême droite”, dit Jean-Jacques Lachamp.

La maire sans étiquette de Nibles, qui achève son troisième mandat, attend maintenant de l’Etat des réponses concrètes aux interrogations de la population.

“Les ‘Gilets jaunes’ sont un boomerang qui reflète la réalité de la société. On aurait grand tort de ne pas en tenir compte, même si cela doit remettre en cause un certain nombre d’idées préconçues”, souligne-t-il.

“Il ne faut pas que le remède soit pire que le mal. Ne rien faire serait une faute grave et morale. Il faut arrêter de tourner autour des ronds-points, il est temps de se mettre autour de la table”.

(Jean-François Rosnoblet)

BORDEAUX L’OPULENTE PAIE LE PRIX DE LA FRACTURE TERRITORIALE

“A Libourne, on va arriver par fermer la sous-préfecture et le tribunal d’instance. Il faudra aller à Bordeaux. Il faut arrêter”.

Pour Chantal Gantch, la maire du village de Savignac de l’Isle, bourgade relativement aisée proche de Libourne et des vignobles de Pomerol, la Gironde rurale souffre aussi de la fracture territoriale qui a fait de Bordeaux l’opulente un des épicentres des manifestations des Gilets jaunes.

Elle dénonce une difficulté à attirer des entreprises alors que la métropole bordelaise monopolise emplois et services publics et comprend les manifestants qui ne désarment pas.

“Ces gens sont des laissés-pour-compte. Ils se sont recréé un lien social. Ils sont sortis de l’anonymat. Ils sont les oubliés d’une société déshumanisée”, dit Chantal Gantch.

Le maire de Bordeaux, Alain Juppé, refuse l’idée “extrêmement dangereuse parce qu’elle est fausse” que la métropole, “où 17% de la population vit sous le seuil de pauvreté”, asphyxierait les territoires alentour alors que la croissance démographique est équivalente au reste de la Gironde.

   Mais dans le plus grand département de France, les revendications couchées sur papier dans les communes rurales où ont été ouverts des cahiers de doléances, témoignent bien de cette fracture, comme à Blasimon, 900 habitants dans l’Entre-deux-Mers à 50 kilomètres au sud-est de Bordeaux.

   “En campagne, nous avons vraiment besoin de services publics (…) seuls garants d’une vie sociale sur ces territoires isolés”, écrit avec conviction un habitant du village.

   Dans ce village où peu de voitures n’arborent pas un gilet jaune sur le tableau de bord, “tout est parti des 80 km/h et de l’augmentation des taxes sur le gasoil. Les gens se sont dit on se moque de nous, on n’a plus rien à perdre”, dit Daniel Barbe, maire de l’ancienne bastide médiévale.

   “En quoi suis-je coupable ?”, interroge une retraitée dans le cahier de doléances. “Je vis en zone rurale et je dois utiliser ma voiture tous les jours. J’ai une voiture diesel pour avoir un prix de revient acceptable, j’ai une maison chauffée au fuel.”

“Je suis dans un processus d’appauvrissement et on veut me culpabiliser au nom de l’écologie”, ajoute-t-elle.

(Claude Canellas)

EN BRETAGNE, LES GILETS JAUNES HÉRITIERS DES BONNETS ROUGES

Dans le centre-Bretagne, où se conjuguent les problèmes liés à la ruralité, tels l’exode des jeunes, la disparition des services ou les problèmes de transports, la mobilisation des “Gilets jaunes” est la fille des “Bonnets rouges” de 2013.

Les deux mouvements ont la même origine et l’Histoire semble se répéter : la volonté du gouvernement de pénaliser le transport polluant par la fiscalité avait, comme en 2018, été abandonnée et une réforme fiscale avait été mise en place.

“Nous sommes sur un territoire qui a vu peu à peu disparaître ses infrastructures ferroviaires puis ses services de proximité, avec un vieillissement et une paupérisation grandissante de la population”, déplore Christian Derrien, le maire de Langonnet (Morbihan), une commune de 1.900 habitants.

Egalement président de l’Association des maires ruraux du Morbihan, ancien leader du mouvement des Bonnets Rouges contre l’écotaxe et soutien des “Gilets jaunes”, les appels à une plus grande “justice sociale” et à l’amélioration du pouvoir d’achat reviennent en premiers dans son cahier de doléances.

“Dans ma commune, il y a eu une grande variété de profils à participer, des artisans, des ouvriers de l’agro-alimentaire, un agriculteur, un employé de banque et même le curé. Tous l’ont fait avec application et concentration”, se félicite-t-il.

Dans ces revendications, écrites à la main ou dactylographiées, on retrouve des demandes concernant “le rétablissement de l’ISF” ou la mise en place du réferendum d’initiative populaire (RIC), mais aussi de fortes préoccupations liées aux services publics ou à l’écologie.

“La transition écologique est urgente”, écrit un habitant qui préconise des “mesures concrètes” comme le développement du réseau de transports, “les repas bios et végétariens” dans les écoles ou un département “sans pesticides”.

Principalement employés dans des entreprises de l’industrie agro-alimentaire, situées à vingt ou trente kilomètres de leur domicile, pour des salaires ne dépassant guère le smic, les questions de mobilité restent cependant très sensibles pour la population active et des couples souvent contraints d’avoir deux véhicules.

“Depuis plusieurs années, nous devons faire face à une sorte de dogme qui défend le regroupement des services pour une meilleure gestion, dans le public comme dans le privé, cela a un effet dévastateur sur nos territoires”, dit Christian Derrien. “L’aménagement du territoire a complètement disparu des politiques des derniers gouvernements.”

(Pierre-Henri Allain)

DANS LA RICHE ALSACE, LE MAIRE PRÔNE UN “RESET”

Située au cœur d’un triangle, entre Belfort à l’ouest, Mulhouse au nord-est et Bâle, puissante capitale de la chimie suisse, au sud-est, Dannemarie, ville de 2.300 habitants nichée dans le sud de l’Alsace, conserve de nombreux commerçants et reste bien desservie par le train.

Mais si le chômage y est sous les 8%, inférieur à la moyenne nationale, les emplois sont partis vers les agglomérations, notamment suisses, à mesure que les usines fermaient, comme ce fut le cas pour Peugeot Motocycles en 2012.

Le cahier de doléances est donc là aussi bien fourni, même si l’Alsace est loin d’être un bastion des “Gilets jaunes”.

Au hit-parade des revendications, le référendum d’initiative citoyenne, le retour de l’impôt sur la fortune ou la suppression de la CSG, pour tout ou partie des retraités, figurent en bonne place parmi celles que Reuters a pu consulter et qui, parfois, tiennent plus de l’inventaire à la Prévert.

Un certain Fernand veut “réduire les salaires des grands patrons, sportifs, footballeurs, hommes politiques”, un anonyme propose d’instaurer “un dimanche sans circulation par mois” pour réduire la pollution et de “remettre les usines en France plutôt qu’importer de Chine”.

“C’est un peu au ras des pâquerettes mais ça dépasse les seuls enjeux financiers ou écologiques”, déclare le maire de Dannemarie, Paul Mumbach, qui est aussi président de l’association des maires ruraux du Haut-Rhin.

“Si le gouvernement veut s’en sortir, il faut vraiment un ‘reset’, il faut tout revoir. Sinon, quoi qu’ils fassent, ce sera perçu comme une entourloupe”, ajoute l’élu de 65 ans, qui avoue une sensibilité de centre droit, mais surtout fédéraliste.

Technicien retraité de l’industrie textile et chimique, il voyait déjà venir, dans une interview à l’Express parue en mars 2016, une révolution “type 1789 ou mai 68”.

“La seule solution, c’est une réforme constitutionnelle pour aller vers un système fédéral. Si Macron sortait ça, il pourrait s’en sortir”, croit aujourd’hui celui qui avait caressé l’idée de se présenter à la présidentielle en 2017.

(Gilbert Reilhac)

DONGES, OÙ LA VOITURE EST INDISPENSABLE (LOIRE-ATLANTIQUE)

Située en bords de Loire, à quinze kilomètres de Saint-Nazaire, cette commune populaire et ouvrière a vu sa population bondir de 20 % en dix ans : elle séduit les jeunes couples, attirés par le prix encore abordables de ses terrains pour y construire une petite maison avec jardin.

Donges et ses 8.000 habitants sont donc “assez emblématiques” du malaise des classes moyennes françaises, selon son maire (divers droite) François Chéneau : ici le prix du carburant a une importance toute particulière, dans la mesure où chaque couple se doit d’avoir deux voitures.

“Beaucoup travaillent à Nantes [à une heure de Donges, ndlr] dans l’industrie ou les services, ont des enfants et un crédit immobilier”, explique cet avocat en droit public de 55 ans. “Or, la première gare est à quinze kilomètres.”

Parmi les 32 messages présents dans son cahier de doléances, ce sont “les privilèges des grands élus et du gouvernement”, “les injustices sociales et fiscales” et “la situation des retraités et des fonctionnaires” qui reviennent le plus, résume le premier magistrat de la commune.

“J’écris à Monsieur Macron pour que le programme qu’il a proposé lors de son élection soit effectué, comme lorsqu’on veut démissionner de son travail, on puisse toucher le chômage”, écrit par exemple un anonyme. “Promesse en l’air car cela coûte trop cher à l’Etat.”

“La limitation de vitesse est une belle connerie”, s’énerve Philippe, un “ancien routier”. “Maintenant le camion roule plus vite que le reste… Où est la sécurité routière là dedans ?”

La “démission du gouvernement” et d’Emmanuel Macron revient également comme une antienne, au milieu de remerciements personnels au maire pour s’être opposé à l’évacuation “en catimini” des camps de base des Gilets jaunes par les gendarmes avant la décision du tribunal administratif, jeudi dernier, d’autoriser leur expulsion.

“Beaucoup nous demandent surtout si ça va servir à quelque chose”, confie l’employée de l’accueil de la mairie de Donges. “Ils sont sceptiques, mais ils le font quand même : certains se lâchent, c’est une forme de psychothérapie pour eux.”

“Ils sont sans illusions sur la prise en compte de leurs remarques, mais ils jouent le jeu car ça leur fait du bien de les coucher par écrit, confirme François Chéneau. “Ces cahiers permettent de canaliser un peu l’expression des gens, dans des voies légales et démocratiques”.

(Guillaume Frouin)

A MEUNG-SUR-LOIRE, HARO SUR LES SALAIRES DES ELUS (LOIRET)

“Est-il nécessaire d’entretenir si onéreusement nos ex-présidents de la République ? s’interroge Joël dans le cahier de doléances de cette commune posée à quelques kilomètres d’Orléans où, depuis début décembre, le rond-point de sortie de ville est régulièrement et pacifiquement occupé par des “Gilets jaunes”.

Difficile, dans les rues de cette bourgade semi-rurale de 6.000 habitants, de ne pas croiser de véhicules arborant un gilet de soutien et les Magdunois s’y intéressent de près au train de vie des élus et au fonctionnement des institutions.

“Est-ce logique que nos parlementaires aient droit à une réversion à 66% sans conditions de ressources alors que nous autres avons droit qu’à 54% avec conditions de ressources”, questionne un autre Joël. “Nos élus, nos chers élus (députés, sénateurs) bénéficient de remises fiscales extravagantes sous prétexte qu’ils perçoivent des indemnités et non des salaires, pourquoi ?” interroge un autre habitant.

D’autres signataires de doléances veulent que l’on “supprime les avantages des députés et sénateurs”, “l’interdiction absolue pour nos représentants politiques, fonctionnaires d’État ou tout autres corporations censés nous représenter d’avoir la double nationalité ! (1 seul passeport). Pour qui travaillent-ils ?”

De toutes ces doléances, la maire, Pauline Martin, ne sait encore que faire.

“Ma crainte est que les débats qui vont venir partent dans tous les sens et que les gens évoquent essentiellement des problèmes individuels”, dit-elle.

L’élue estime que le ras-le-bol de sa population est né de la limitation de la vitesse à 80 kilomètres/heure. “Les administrés se demandaient de quoi se mêle le gouvernement et s’il connaît réellement les distances qu’il leur faut parcourir chaque jour”. 

(Mourad Guichard)

A PARIS XVe, “LES GENS SORTENT LEURS TRIPES”

“(Les gens) sortent leurs tripes”, dit Philippe Goujon, maire Les Républicains (droite) du XVe arrondissement de Paris, frappé par “le besoin de s’exprimer” de ses 240.000 administrés, qui en font le quartier le plus peuplé de la capitale.

Le cahier de doléances ouvert dans cet arrondissement familial et aisé, avec un rédacteur-type retraité de la classe moyenne qui défend son pouvoir d’achat, reprend nombre de revendications exprimées dans la France “périphérique”.

“Ras-le-bol”, “stop aux privilèges”, “que l’Etat se serre la ceinture!”, “supprimer les sénateurs qui ne servent à rien”, “abolir tous les privilèges des quatre anciens présidents de la République qui coûtent la peau des fesses aux Français” sont des doléances qu’on retrouve un peu partout en France.

Mais les Parisiens, dont le pouvoir d’achat moyen est beaucoup plus élevé que celui de la France périphérique, expriment aussi des revendications très différentes.

A rebours de la tendance, Jacky, 65 ans, en pull marine Lacoste, déclare que “les retraites doivent clairement baisser” pour privilégier l’investissement et la création d’entreprises d’envergure mondiale. Cet ingénieur en informatique rencontré à la mairie dit toucher une retraite de 4.000 euros net par mois.

Le “doléancier” du XVe, anonyme ou pas, se veut didactique.

“Sujet : démocratie et citoyenneté”, attaque doctement une contribution d’une page dactylographiée contre le gouvernement des “bureaucrates et les multinationales”. Il faut à la place “protéger les emplois de ceux de nos compatriotes exposés à la concurrence des immigrés (encouragée par le grand patronat)”. “Vive la République et vive la France”, conclut l’auteur.

Sur cinq pages imprimées, “Mes souhaits et doléances” préconise de résister aux lobbies des anti-automobiles”, de supprimer le statut de mère-célibataire “attribué à des femmes qui vivent notoirement maritalement” et vitupère “la pollution visuelle des lignes aériennes en spaghetti” d’EDF dont il faut “remplacer” le PDG “d’urgence par un véritable industriel”.

D’autres sont très “locaux” : “Place Falguière, c’est le Far West. Balles perdues, bagarres et coups de béquilles.”

Moralistes : “Que le travail paie. Qu’il n’y ait rien de gratuit. Cela donne de mauvaises habitudes.”

Ou espèrent. “Rembourser les produits arthrose”, “légaliser l’usage du cannabis thérapeutique”, dit Yvette. “Est-ce que les seniors ont droit à un logement social?”, demande un autre qui donne son numéro de dossier. “Cela fait 16 ans que j’attends.”

Lyriques : “Antilibéral, (...) socialiste dans l’âme, convaincu que l’Etat me doit tout, mu par la passion de l’égalité (...) , moi, Français moyen, je me contrefiche des déficits, du solde de la balance commerciale, de la compétitivité des entreprises (...), de la dette publique”.

Nostalgiques. “J’étais socialiste et 20 ans en mai 68!”, dit cette célibataire de 70 ans. “Depuis le macronisme, je pense à “Debout la France et au RN... alors que je ne le voudrais pas”.

Emphatiques. “La procréation comme la manipulation génétique ne doivent pas déraper dans les finalités qu’a condamnées le tribunal de Nuremberg. Je parle de crime contre l’humanité”, écrit Jean-Paul contre le développement de l’avortement.

(Danielle Rouquié)

Caroline Pailliez, avec les correspondants en régions, édité par Yves Clarisse

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