November 21, 2018 / 3:20 PM / 19 days ago

Sans bruit, le RN gagne du terrain en vue des européennes

PARIS (Reuters) - Porté par des vents favorables, le Rassemblement national (RN, ex-Front national) progresse peu à peu dans les intentions de vote pour les européennes, presque sans effort, au point de rêver à un score supérieur à celui qui lui avait permis de se parer en 2014 du titre de “premier parti de France”.

Porté par des vents favorables, le Rassemblement national (RN, ex-Front national) progresse peu à peu dans les intentions de vote pour les européennes, presque sans effort, au point de rêver à un score supérieur à celui qui lui avait permis de se parer en 2014 du titre de "premier parti de France". /Photo prise le 9 juillet 2018/REUTERS/Gonzalo Fuentes

La formation d’extrême droite a détrôné ces dernières semaines l’alliance La République en marche-MoDem, qui planait il y a encore peu au-dessus de la concurrence en vue du scrutin du 26 mai 2019, premier test en situation réelle du quinquennat.

L’Ifop a observé ce basculement dans un sondage publié le 4 novembre, avec 21% des intentions de vote en faveur du parti lepéniste et 19% pour l’attelage LaRem-MoDem. Ils étaient respectivement à 17% et 27% il y a six mois.

“Il n’y a pas de limite”, juge le député du Nord Sébastien Chenu, membre d’un groupe informel de cadres qui se réunissent de temps à autre pour réfléchir à la bataille à venir.

“Notre objectif, c’est d’arriver en tête, de distancer la liste soutenue par le président de la République et de dépasser les résultats de 2014”, abonde l’eurodéputé Nicolas Bay, le seul à avoir exprimé publiquement le souhait de mener la liste RN.

En 2014, le Front national, alors en pleine ascension, avait obtenu 24,86% des voix et 24 sièges.

“LAME DE FOND”

Après les doutes sur la stratégie et les turbulences internes de la période post-présidentielle, voici donc le RN revigoré en apparence alors même qu’il n’a pas lancé sa campagne - le coup d’envoi sera donné courant janvier, selon un cadre.

“Il y a une vraie lame de fond qui porte nos idées”, poursuit Nicolas Bay, qui cite les exemples italien, hongrois, autrichien et polonais, autant de pays où des partis alliés ou aux affinités proches sont au pouvoir.

“La courbe remonte en ce moment, ça ne veut pas dire que le RN va retrouver ses niveaux antérieurs”, nuance Emmanuel Rivière, de Kantar Public.

Le RN espère en outre bénéficier des circonstances du moment, particulièrement du mouvement anti-taxes incarné par les “Gilets jaunes”.

Marine Le Pen ne s’est pas mêlée aux 290.000 manifestants disséminés sur les routes de France samedi, contrairement à son homologue des Républicains (LR) Laurent Wauquiez, mais elle a apporté son soutien à la mobilisation, née au départ sur les réseaux sociaux sans le concours des partis, ni des syndicats.

Officiellement, pas de “récupération”.

Mais “on peut être le réceptacle électoral naturel de ce mouvement”, juge un haut dirigeant du RN, “parce que le ras-le-bol fiscal, l’opposition au choix gouvernementaux sur le carburant, ça correspond vraiment à nos positions.”

Autres facteurs propices pour le RN : la convalescence visiblement sans fin de LR, qui plafonne à 15% des intentions de vote, et la stratégie d’Emmanuel Macron, résumant le débat à un duel entre “progressistes” autoproclamés et extrême droite.

“CRISE”

L’ex-Front national est son “pire adversaire”, a redit le chef de l’Etat mardi, devant des étudiants belges.

L’affrontement est d’autant plus aisé à mettre en scène que les deux camps incarnent des lignes antagoniques - pro-européens contre anti-UE - qui laissent peu d’espace à l’entre-deux.

Et compte tenu de la mauvaise passe que traverse l’exécutif, confronté à un mécontentement grandissant perceptible dans les sondages et les discours des “Gilets jaunes”, “ça nous place en position de recours”, veut croire Nicolas Bay.

“On est dans une configuration qui est très favorable au RN et qui lui permet de retrouver son noyau d’électeurs”, note Gilles Ivaldi, chercheur à l’université de Nice et au CNRS.

Pour autant, toutes les plaies apparues après la présidentielle, marquée par un débat “raté” face à Emmanuel Macron du propre aveu de Marine Le Pen, ne se sont pas subitement résorbées.

Selon Gilles Ivaldi, l’embellie sondagière “n’enlève pas le fait que le RN affronte une crise financière, une crise idéologique car, même s’il est revenu depuis la présidentielle à ses thèmes classiques (immigration et sécurité-NDLR), il peine à se repositionner sur les questions fondamentales comme l’Europe, et enfin une crise de leadership.”

Pour les européennes, la fille de Jean-Marie Le Pen a choisi de faire campagne par procuration en laissant à d’autres le soin de mener la liste.

La direction du RN balance encore entre deux options : celle d’une tête de liste issue du parti - le scénario privilégié par la présidente - ou celle d’une figure extérieure au mouvement, censée symboliser la capacité de rassemblement.

Le parti n’a toutefois pas réussi à renouveler son alliance avec Nicolas Dupont-Aignan, éphémère partenaire de l’entre-deux-tours de la présidentielle, déterminé à faire cavalier seul, avec les 6% de voix environ que lui prêtent les sondages.

Mardi, le député Louis Aliot, que sa compagne Marine Le Pen voyait comme un “bon candidat” à la tête de liste, a annoncé qu’il abandonnait l’idée.

Edité par Yves Clarisse

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