November 21, 2018 / 12:25 PM / in 24 days

Le prince héritier d'Abou Dhabi visé par deux plaintes en France

PARIS (Reuters) - Une organisation humanitaire a déposé mercredi à Paris une plainte avec constitution de parties civiles pour complicité de torture, traitements inhumains et crimes de guerre à l’encontre du prince héritier d’Abou Dhabi, Mohamed bin Zayed al-Nahyan, en visite en France, a annoncé l’avocat français de cette ONG.

Une organisation humanitaire a déposé mercredi à Paris une plainte avec constitution de parties civiles pour complicité de torture, traitements inhumains et crimes de guerre à l'encontre du prince héritier d'Abou Dhabi, Mohamed bin Zayed al-Nahyan (photo), en visite en France, a annoncé l'avocat français de cette ONG. /Photo prise le 1er juin 2018/REUTERS/Pavel Golovkin

Selon Me Joseph Breham, avocat de l’Alliance internationale pour la défense des droits et des libertés (AIDL), des Yéménites sont associés à cette plainte et également parties civiles.

Le bâtonnier Pierre-Olivier Sur a déposé de son côté auprès du pôle crimes contre l’humanité et crime de guerre du parquet de Paris une plainte contre “MBZ” pour complicité de torture et disparition forcée, au nom de trois ressortissants du Qatar.

Proche du prince héritier saoudien, Mohamed ben Salman, Mohamed bin Zayed al-Nahyan, 57 ans, est le régent de fait des Emirats arabes unis. Il est aussi le commandant suprême des forces armées émiraties, engagées aux côtés de Ryad dans la guerre contre les rebelles houthis du Yémen soutenus par l’Iran.

“C’est en cette qualité qu’il ordonne les bombardements”, souligne la plainte de l’AIDL consultée par Reuters et déposée au moment où Emmanuel Macron déjeunait à l’Elysée avec Mohamed bin Zayed al-Nahyan.

Selon un groupe d’experts de l’ONU cité par cette plainte, des attaques de la coalition au Yémen pourraient avoir violé les “principes de distinction, de proportionnalité et de précaution” et constituer des “crimes de guerre”.

Est notamment visé le bombardement le 8 octobre 2016 d’un immeuble de Sanaa où se tenaient les funérailles du père d’un ministre houthi. Bilan, au moins 137 civils tués et 695 blessés.

DES QATARIS DÉTENUS AU SECRET

Le même groupe d’experts fait état de tortures et autres traitements dégradants dans des centres contrôlés par les Emirats arabes unis au Yémen, comme ceux de Riyan et Bureika.

Ni l’entourage du prince héritier d’Abou Dhabi, ni le service de presse du gouvernement émirati, sollicités par Reuters, n’ont réagi pour le moment à ces informations.

Les trois clients qataris de Me Pierre-Olivier Sur ont pour leur part été détenus au secret de février 2013 à mai 2015 par la sûreté des Emirats arabes unis. Ils disent avoir été torturés sans être informés des charges retenues contre eux.

“Deux d’entre eux ont été drogués afin de leur faire avouer leur ‘hostilité’ à l’égard des EAU”, explique notamment Me Sur dans un communiqué.

Saoudiens et Emiratis ont pris la tête en mars 2015 d’une coalition contre les rebelles Houthis, qui tiennent la capitale yéménite, Sanaa, depuis quatre ans. Le conflit a fait plus de 10.000 morts et plongé le Yémen au bord de la famine.

Arabie saoudite et Emirats arabes unis sont d’importants clients de l’industrie d’armement de la France.

S’il est aujourd’hui peu probable que Mohamed bin Zayed al-Nahyan comparaisse devant un juge français, la plainte de l’AIDL a trois objectifs, a expliqué à Reuters Me Joseph Breham.

Elle vise à “faire prendre conscience aux autorités françaises qu’on ne peut pas s’allier avec n’importe qui et que, sous prétexte de business, on ne peut pas tout accepter”.

A plus long terme, elle vise à dire à “tous les dictateurs et massacreurs de la planète” qu’il peuvent être jugés en France et ne peuvent compter sur l’impunité, a ajouté Me Breham.

SUSPENSION DES VENTES D’ARMES DEMANDÉE

Il en va de même pour la plainte avec constitution de parties civiles qu’il a déposée pour l’organisation humanitaire yéménite “Legal Center for Rights and Development” (LCRD) en avril contre Mohamed ben Salman, pour complicité de torture et de traitements inhumains, ajoute Me Joseph Breham.

Mohamed ben Salman est soupçonné d’avoir commandité l’assassinat du journaliste et opposant Jamal Khashoggi à Istanbul le 2 octobre, ce qui renforce la pression sur Paris.

L’AIDL, la Fédération internationale des droits de l’Homme et la Ligue des droits de l’Homme, l’Observatoire des armements, Action contre la faim, Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, Care et Première urgence internationale ont exhorté dans un appel commun Emmanuel Macron à “peser de tout son poids” sur son visiteur pour mettre un terme au conflit du Yémen.

Ces organisations, pour lesquelles “MBZ” “porte une lourde responsabilité dans la poursuite de cette guerre”, ainsi que l’ONG Human Rights Watch, demandent à Paris de suspendre les ventes d’armes aux protagonistes, dont les Emirats arabes unis.

Edité par Yves Clarisse

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