October 29, 2018 / 2:40 PM / 2 months ago

Bolsonaro largement élu à la présidence, le Brésil vire à droite

RIO DE JANEIRO/BRASILIA (Reuters) - Le candidat de l’extrême droite Jair Bolsonaro, un ancien officier, a été largement élu dimanche à la présidence du Brésil au terme d’une campagne électorale sous tension qu’il a axée sur la lutte contre la corruption politique et la criminalité.

Le candidat de l'extrême droite Jair Bolsonaro, un ancien officier, a été largement élu dimanche à la présidence du Brésil au terme d'une campagne électorale sous tension qu'il a axée sur la lutte contre la corruption politique et la criminalité. /Photo prise le 28 octobre 2018/REUTERS/Amanda Perobelli

Le candidat du Parti social-libéral (PSL) s’est imposé au second tour face à Fernando Haddad, son adversaire du Parti des travailleurs (PT), avec 55,2% des voix contre 44,8% pour son rival, a annoncé le Tribunal supérieur électoral (TSE).

Dans ses premières déclarations, il a annoncé qu’il gouvernerait la quatrième démocratie la plus peuplée au monde en s’appuyant sur la Bible et sur la Constitution. Il a également assuré que toutes ses promesses de campagne seraient tenues.

“Nous allons ensemble changer le destin du Brésil”, a-t-il dit. “Nous ne pouvons pas continuer de flirter avec le socialisme, le communisme, le populisme et l’extrémisme de gauche”, a-t-il également déclaré.

L’ancien capitaine d’artillerie, qui à plusieurs reprises au cours de sa longue carrière parlementaire a avoué sa nostalgie de la dictature militaire (1964-1985), a insisté sur le fait qu’il voulait “unifier le Brésil” en combattant la bureaucratie et en autorisant les entreprises à prospérer.

Il promet aussi de mener un programme massif de privatisations, de réformer les retraites et de soutenir le secteur de l’agro-industrie.

Il devrait confier un “super ministère” de l’Economie à Paulo Guedes, économiste et investisseur qui l’a converti au libéralisme et prône la privatisation de deux géants de l’économie brésilienne, la société pétrolière publique Petrobras et la Banco do Brasil.

Plusieurs généraux à la retraite devraient devenir ministres ou conseillers à la présidence, à commencer par Antonio Hamilton Mourao, général de réserve qui devient son vice-président.

Son équipe de campagne devait rencontrer dans la journée de lundi l’état-major du président sortant Michel Temer pour commencer à préparer la passation de pouvoirs, qui aura lieu le 1er janvier prochain.

Bolsonaro conduira dans un premier temps la transition depuis Rio de Janeiro puis se rendra la semaine prochaine à Brasilia, a déclaré Onyx Lorenzoni, son proche conseiller et futur directeur de cabinet.

Des milliers de sympathisants se sont réunis dimanche soir devant le domicile de Bolsonaro sur le front de mer de Barra da Tijuca, à Rio de Janeiro, et ont tiré des feux d’artifices à l’annonce de sa victoire.

UNE CAMPAGNE VIOLENTE

L’accession au pouvoir de Bolsonaro, qui avait frôlé la victoire dès le premier tour le 7 octobre, a été facilitée par le rejet dans l’électorat du Parti des travailleurs, la formation de la gauche brésilienne qui a dirigé le pays pendant treize des quinze dernières années avant d’être emporté par des scandales de corruption à répétition.

Mais de nombreux Brésiliens redoutent que la victoire de Bolsonaro ne marque un recul des droits de l’homme, des libertés civiques et de la liberté de la presse.

A 63 ans, celui qui a été élu à sept reprises au Congrès et a adhéré à neuf partis différents au cours de sa carrière politique, a promis de réprimer la criminalité en accordant plus d’autonomie et de liberté aux forces de police, qui seraient autorisées à tirer sur les criminels.

Il propose aussi d’assouplir les lois sur le contrôle des armes afin de permettre à ses compatriotes de se défendre par eux-mêmes.

Bolsonaro, lui-même victime d’une agression à l’arme blanche début septembre alors qu’il était en tournée électorale dans l’Etat du Minas Gerais, s’impose au terme d’une campagne particulièrement violente, avec agressions et intimidations à la clef.

Ses déclarations, ses “sorties” sexistes, racistes et homophobes, en ont fait une figure particulièrement clivante au sein de la société brésilienne.

Mais dans un pays où le taux de chômage oscille entre 12% et 14% depuis 2016 et où près de 64.000 meurtres ont été commis l’an dernier, son programme a trouvé un écho auprès de dizaines de millions d’électeurs, fatigués des affaires de corruption qui ont décimé la classe politique.

UN SECOND TOUR DANS LE CALME

Fernando Haddad n’a ainsi été désigné candidat du PT que début septembre, lorsque l’ex-président Luis Inacio Lula Da Silva, condamné à douze ans de prison pour corruption, a renoncé à faire annuler son inéligibilité.

Selon les observateurs de l’Organisation des Etats américains (OEA), le second tour dimanche s’est déroulé dans le calme et l’ordre.

Bolsonaro, parfois surnommé le “Trump des Tropiques”, entend renforcer ses liens avec Washington.

Le président américain l’a d’ailleurs appelé dimanche soir pour le féliciter et les deux hommes ont exprimé leur intention de travailler “côte à côte pour améliorer la vie des Américains et des Brésiliens”, dit un communiqué de la Maison Blanche.

Sur Twitter lundi matin, Donald Trump a assuré que les Etats-Unis et le Brésil allaient coopérer “étroitement”, notamment dans les domaines commerciaux et militaires.

Le président français Emmanuel Macron a félicité Bolsonaro pour son élection mais a souligné que la France entendait fonder sa coopération future avec le Brésil sur la base des valeurs démocratiques et des engagements sur le climat, deux avertissements très clairs au nouveau président brésilien.

“La France et le Brésil entretiennent un partenariat stratégique noué autour des valeurs communes de respect et de promotion des principes démocratiques”, peut-on lire dans un communiqué de l’Elysée.

Le parti présidentiel, La République en marche, a pour sa part jugé Jair Bolsonaro “fièrement homophobe, climatosceptique, sexiste, raciste”. “Cette tragédie électorale nous oblige. Nous n’avons pas le choix, nous ne devons pas échouer. Sinon nous voyons ce qui nous attend. Progressistes de tous pays, unissons-nous !”, écrit sur Twitter le mouvement fondé par Emmanuel Macron.

Avec Gabriel Stargardter et Rodrigo Viga Gaier à Rio de Janeiro, Brad Brooks à Sao Paulo, Jake Spring à Brasilia; Jean Terzian, Jean-Philippe Lefief, Henri-Pierre André, Arthur Connan et Guy Kerivel pour le service français

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