October 29, 2018 / 10:45 AM / a month ago

Une page se tourne en Allemagne, où Merkel annonce sa retraite pour 2021

BERLIN (Reuters) - En annonçant lundi que son mandat en cours, le quatrième à la tête du gouvernement, serait le dernier, Angela Merkel a ouvert l’ultime chapitre d’une longue carrière qui l’aura vu dominer la vie politique allemande et européenne depuis 2005.

En annonçant lundi que son mandat en cours, le quatrième à la tête du gouvernement, serait le dernier, Angela Merkel a ouvert l'ultime chapitre d'une longue carrière qui l'aura vu dominer la vie politique allemande et européenne depuis 2005. /Photo prise le 29 octobre 2018/REUTERS/Hannibal Hanschke

Présidente de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) depuis 2000, chancelière depuis treize ans, la première femme à avoir accédé à la tête du gouvernement fédéral a confirmé qu’elle s’en irait au terme de l’actuelle législature, en 2021. Elle a ajouté qu’elle ne solliciterait pas un nouveau mandat à la tête de la CDU, en décembre, et que sa carrière politique n’irait pas au-delà de 2021.

“Ce mandat est mon dernier en tant que chancelière”, a-t-elle dit devant la presse. “Je ne solliciterai aucune fonction politique après la fin de mon mandat en 2021.”

Illustration de sa longévité, Merkel a côtoyé trois présidents américains - sa relation avec Donald Trump est plus mouvementée qu’avec ses prédécesseurs à la Maison blanche -, quatre présidents français et cinq Premiers ministres britanniques.

Première cheffe d’un gouvernement fédéral ayant grandi en ex-Allemagne de l’Est communiste, l’ancienne protégée d’Helmut Kohl - le “père de la réunification” l’appelait paternellement “das Mädchen” (“la jeune fille”) et l’a nommée en 1991 à la tête du ministère de la Condition féminine et de la Jeunesse, puis, en 1994, ministre de l’Environnement - a été le fer de lance de la réponse européenne à l’annexion de la Crimée par la Russie et, plus globalement, à la politique de Vladimir Poutine en Ukraine.

A la tête de la première puissance économique européenne, elle a été également en première ligne dans la réponse à la crise de la zone euro, en 2008-2009, où son intransigeance sur la discipline budgétaire en a fait une figure honnie en Grèce mais a contribué à rassurer ses électeurs allemands, soucieux de devoir régler les dettes des autres pays de la zone euro.

“LE CRÉPUSCULE DE LA CHANCELIÈRE”

Ces mêmes électeurs, en revanche, se sont divisés sur sa politique d’accueil des migrants. En ouvrant à l’été 2015 les frontières de son pays, Merkel a permis l’arrivée de près d’un million de réfugiés en Allemagne, pour l’essentiel des musulmans fuyant la guerre ou la pauvreté.

“Wir schaffen das” (nous y arriverons), déclarait-elle alors en réponse à ceux qui lui demandaient comment l’Allemagne intégrerait ces arrivants. Elle mettait aussi en avant la “Wilkommenskultur”, la culture de l’accueil.

Mais sa décision a profondément divisé son camp conservateur et son électorat.

Dès l’année 2016, alors que la CDU refluait dans des scrutins régionaux, un thème nouveau est apparu dans le débat public: “On va regarder ce résultat comme le début de la ‘Kanzlerindämmerung’ (le crépuscule de la chancelière)”, avançait Gero Neugebauer, politologue à l’Université libre de Berlin, après les élections dans le land du Mecklembourg-Poméranie occidentale.

La politique migratoire de Merkel a aussi coïncidé avec l’essor du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD), une formation anti-migrants qui est entrée pour la première fois au Bundestag à la faveur des élections fédérales de septembre 2017 et siège également depuis le scrutin de dimanche dans le Land de Hesse dans la totalité des législatures régionales des seize Länder.

Angela Merkel éprouve depuis des difficultés à faire respecter son autorité sur la “grande coalition” formée dans la douleur en mars dernier, plus de cinq mois après les législatives.

A deux reprises déjà, la “Groβe Koalition”, qu’elle avait déjà testée entre 2005 et 2009 puis de 2013 à 2017, a failli exploser en raison de divergences sur l’immigration et de la proximité présumée de l’ex-chef des services de renseignement Hans-Georg Maassen avec l’extrême droite.

En l’espace de quinze jours, le camp conservateur et le SPD ont subi deux nouvelles hémorragies électorales en Bavière et dans le Land de Hesse.

“L’état du gouvernement est inacceptable”, commentait dès dimanche soir la présidente du SPD, Andrea Nahles.

“Le gouvernement a perdu sa crédibilité”, lui a répondu en écho Angela Merkel.

Henri-Pierre André pour le service français

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