October 26, 2018 / 2:08 PM / 23 days ago

Pas de lien entre Khashoggi et les ventes d'armes, dit Macron

BRATISLAVA (Reuters) - La France veut que des sanctions “claires, cohérentes et coordonnées” soient prises lorsque les responsabilités seront établies dans l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, mais les ventes d’armes n’ont “rien à voir” avec cette affaire, a déclaré vendredi Emmanuel Macron.

La France veut que sanctions "claires, cohérentes et coordonnées" soient prises lorsque les responsabilités seront établies dans l'assassinat de Jamal Khashoggi, mais les ventes d'armes n'ont "rien à voir" avec cette affaire, a déclaré vendredi Emmanuel Macron. /Photo prise le 26 octobre 2018/REUTERS/Radovan Stoklasa

Le président français a ainsi, lors d’une conférence de presse à Bratislava, opposé une fin de non-recevoir très ferme à la demande des autorités allemandes d’imiter la décision de Berlin et de cesser les ventes d’armes à l’Arabie saoudite, comme le souhaite aussi l’opposition de gauche en France.

“Une fois que nous aurons les réponses (...), et j’espère le plus rapidement possible, je souhaite qu’on prenne des sanctions claires, cohérentes et coordonnées”, a-t-il dit au côté du Premier ministre slovaque Peter Pellegrini.

“Claires, c’est-à-dire sur la base de faits établis et de responsabilités; cohérentes, c’est-à-dire qu’il faut qu’elles aient un lien”, a-t-il ajouté.

“Moi je suis très admiratif des gens qui, avant de savoir, disent : ‘on ne vendra plus d’armes’. Mais ils en vendent déjà parfois plus que la France, à travers des joint-ventures qu’ils ont. Et quel est le rapport entre les ventes d’armes et l’assassinat de M. Khashoggi? Je comprends le lien avec le Yémen mais aucun avec M. Khashoggi.”

“Mais c’est de la pure démagogie que de dire ‘il faut arrêter de vendre des armes’, ça n’a rien à voir avec l’affaire Khashoggi”, a ajouté Emmanuel Macron en soulignant que, si des sanctions devaient être prises, elles devront l’être “dans tous les domaines, il faut dans ce cas-là arrêter de vendre des véhicules, il faut arrêter de vendre d’autres choses”.

Reconnue par Ryad, la mort de Jamal Khashoggi le 2 octobre dernier au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul a soulevé une vague d’émotion internationale tout en suscitant l’embarras des partenaires du royaume wahhabite.

“LA MÉTHODE, PAS L’ÉMOTION”

Ryad a assuré qu’il s’agissait d’une “opération non autorisée” par le pouvoir saoudien et que le nouvel homme fort du royaume, le prince héritier Mohammed Ben Salman, dit “MBS”, n’en avait pas été informé - des explications accueillies avec scepticisme par plusieurs gouvernements occidentaux.

Les sanctions cibleront des “individus ou intérêts quand il sera établi qu’ils ont quelque chose à voir avec l’assassinat” et doivent être imposées à l’échelon européen, a déclaré Emmanuel Macron à Bratislava.

“Moi je crois à la méthode, je ne crois pas à l’emportement, l’émotion, la confusion de tous les sujets”, a-t-il conclu.

La France a scellé avec l’Arabie saoudite pour plusieurs milliards d’euros de contrats ces dernières années et conclu avec Ryad un partenariat stratégique, notamment dans la lutte contre le terrorisme de l’Etat islamique.

Selon un rapport parlementaire, Ryad a été sur la période 2008-2017 le deuxième client de la France en matière d’armement, avec plus de 11 milliards d’euros de contrats.

Mais à l’heure actuelle, la France n’est que le huitième fournisseur de l’Arabie saoudite dans le domaine militaire, loin derrière les Etats-Unis et le Royaume-Uni, et le royaume wahhabite ne représentait qu’en moyenne 6,8% des prises de commandes en 2016-2017, relativise-t-on à l’Elysée.

La suspension des ventes d’armes à l’Arabie saoudite est une demande formulée de longue date par les ONG et les défenseurs des droits de l’homme qui pointent le rôle joué par Ryad dans le conflit au Yémen qui a fait plus de 10.000 morts.

La France s’en est jusqu’à présent toujours tenue à la défense de sa “stricte politique de contrôle des ventes d’armement” confiée à une commission interministérielle.

Yves Clarisse et Jean-Baptiste Vey, avec le bureau de Bratislava, édité par Elizabeth Pineau

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