October 26, 2018 / 8:42 AM / in 2 months

Les nouveaux emplois francs peinent à décoller

AULNAY-SOUS-BOIS, Seine-Saint-Denis (Reuters) - A peine 2.200 emplois francs ont été signés depuis le lancement de l’expérimentation du dispositif en avril, pour un objectif prévu de 50.000 contrats d’ici fin 2019, un chiffre que Pôle Emploi et le gouvernement veulent à tout prix faire remonter.

A peine 2.200 emplois francs ont été signés depuis le lancement de l'expérimentation du dispositif en avril, pour un objectif prévu de 50.000 contrats d'ici fin 2019, un chiffre que Pôle Emploi et le gouvernement veulent à tout prix faire remonter. /Photo d'archives/REUTERS/Charles Platiau

Pôle Emploi relativise en expliquant envisager la signature de 15.000 à 20.000 contrats par an dans le cadre de cette mesure lancée par Emmanuel Macron pour faire reculer le chômage dans les zones défavorises et lutter contre la discrimination.

L’opérateur public affirme qu’il se satisferait de 4.000 à 5.000 conclus d’ici fin 2018.

“C’est une montée en charge assez classique sur un dispositif de ce type. Dans un premier temps, il faut faire connaître la mesure”, a déclaré à des journalistes Michael Ohier, son directeur général adjoint.

“Dans un deuxième temps, on connaît une phase d’accélération”, a-t-il ajouté en précisant que cette phase se faisait sentir depuis début septembre. En ce moment, quelque 150 demandes d’aides sont déposées par semaine, dit-il.

L’expérimentation a débuté le 1er avril dans sept territoires (Seine-Saint-Denis, Seine-et-Marne, Val d’Oise, Essonne, à Lille, Marseille et Angers) et doit se poursuivre jusqu’à la fin 2019, avant une généralisation prévue en 2020.

Le dispositif prévoit une prime à l’embauche de 5.000 euros par an sur trois ans pour toute entreprise ou association qui engagerait en CDI un habitant d’un quartier prioritaire. Les primes sont de 2.500 euros par an sur deux ans pour les entreprises ou associations qui recruteraient un habitant en CDD de plus de six mois.

DISCRIMINATION “INJUSTE”

Le but de l’initiative est de lutter contre la discrimination à l’embauche. “A qualifications égales ou à expériences égales, aujourd’hui, un habitant d’un quartier prioritaire de la ville a trois fois moins de chances qu’un autre de trouver un emploi”, a dit la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, lors du lancement du dispositif.

“C’est injuste, c’est démoralisant et c’est ça qu’on va inverser avec les emplois francs”.

Contrairement au dispositif lancé par François Hollande, qui s’était soldé par la signature de 280 emplois uniquement, ces contrats s’adressent à tous les résidents du territoire.

Il n’existe pas de condition d’âge, de diplôme, de rémunération ou de temps de travail, précise Michael Ohier. L’entreprise requérante ne doit pas non plus nécessairement être localisée dans ces quartiers.

Mais cela signifie que le bassin de candidats est très large. On dénombre 185.000 demandeurs d’emplois provenant de quartiers prioritaires sur les sept territoires en expérimentation - 765.000 lorsque l’expérience sera généralisée.

Pour certaines entreprises, le concept est encore difficile à comprendre, ce qui peut expliquer leur réticence, explique Laura Violas, déléguée générale du syndicat patronal CPME 95, dans le Val-d’Oise. “Elles se demandent si elles doivent chercher d’abord un résident ou si elle doivent cogner à la porte de Pôle emploi”, dit-elle.

SIMPLIFICATION DES DÉMARCHES

Dans sa région, la Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) compte beaucoup sur les organisations patronales pour relayer l’information, ajoute-t-elle. Mais si le démarrage a lui aussi été long, l’intérêt monte : 161 contrats ont été signés pour un objectif de 230 en 2018.

Pôle Emploi défend sa stratégie de communication: une ligne téléphonique et un site internet dédié au dispositif ont été mis en place, les démarches administratives ont été simplifiées au maximum, des fenêtres d’information s’activent lorsque les employeurs se connectent sur le portail.

Pour Anthony Dao Ngam, qui s’apprête à ouvrir son restaurant à Aulnay-sous-Bois, dans la banlieue nord-est de Paris, la recette est gagnante pour les entreprises. Trois de ses douze employés bénéficient d’un emploi franc, ce qui lui laisse davantage de latitude pour gérer sa trésorerie.

“J’ai eu l’équivalent d’un trimestre gratuit. Ça m’a permis d’offrir davantage à mon chef cuisinier. Je l’aurais perdu autrement”, dit-il. C’est également le “coup de pouce” qui l’a incité à s’engager sur des contrats à durée indéterminée, lui qui comptait surtout offrir des CDD à ses employés.

Pour le directeur de l’agence Pôle emploi d’Aulnay-sous-Bois, les habitants eux-mêmes ont aussi des réticences à l’idée de dire qu’ils viennent d’un quartier défavorisé.

“Il faut leur expliquer qu’à partir du moment où ils ont les compétences, l’aide financière est un plus qui permet d’accélérer la décision. Elle permet de donner sa chance à des talents”, explique Silvino Ramos Furtado.

Edité par Yves Clarisse

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