October 26, 2018 / 4:57 AM / 2 months ago

Des investissements élevés, mais à l'impact incertain

PARIS (Reuters) - Les entreprises françaises ont des investissements d’un niveau relativement élevé et n’ont rien à envier sur ce point à leurs concurrentes étrangères mais rien ne montre pourtant que cela ait un impact significatif sur leur compétitivité.

Les entreprises françaises ont des investissements d'un niveau relativement élevé et n’ont rien à envier sur ce point à leurs concurrentes étrangères mais rien ne montre pourtant que cela ait un impact significatif sur leur compétitivité. /Photo prise le 18 septembre 2018/REUTERS/Charles Platiau

Une étude publiée vendredi par la Fabrique de l’Industrie en collaboration avec France Stratégie laisse ouverte la question de l’efficacité de ces investissements et appelle surtout à des travaux supplémentaires pour la mesurer.

Ses auteurs notent que, sur la période 2009-2016, l’investissement des entreprises a été plus élevé en France que dans la plupart des autres pays européens à l’exception de la Suède et l’Espagne et ce, dans tous les secteurs à l’exception de l’agriculture et la construction.

Il représentait ainsi 23,3% de la valeur ajoutée des sociétés non financières en 2016 en France contre 20% en Allemagne.

L’écart est plus marquant dans le secteur manufacturier - 25,7% en France contre 19,0% en Allemagne - même si, en valeur absolue, la République fédérale devance largement l’Hexagone (114,5 milliards contre 56,4 milliards d’euros) - au vu du poids bien plus important de son industrie.

Mais cet effort globalement supérieur des entreprises françaises ne trouve pas de traduction dans les données macroéconomiques.

D’un côté, la productivité du travail par heure travaillée dans le secteur manufacturier est comparable en France et en Allemagne et les gains de productivité stagnent ces dernières années dans les deux pays.

De l’autre, s’agissant de la compétitivité, la part de marché de la France dans les exportations mondiales s’est réduite depuis le début des années 2000, a connu un plateau à partir de 2012 avant de recommencer à chuter en 2017, un rapport du Comité d’analyse économique (organisme rattaché à l’hôtel Matignon) voyant dans cette évolution l’insuffisance du rapport qualité-prix des produits français.

PARADOXE FRANÇAIS

Dans le détail, les investissements des entreprises françaises souffrent de la comparaison avec les autres pays européens pour ce qui est de leur composante machines et équipements, avec un taux de 6,2% en 2015, soit moins qu’avant la crise (7,9% en 2007).

Seule la Grande-Bretagne, l’unique pays où la désindustrialisation est plus prononcée qu’en France, fait moins bien.

Mais le taux d’investissement français dans les TIC (équipements informatiques et de communication) est dans la moyenne et, surtout, celui de l’investissement “immatériel” est très élevé, tout proche de celui de la Suède, supérieur à celui des Etats-Unis et loin devant les autres pays européens.

Selon les auteurs de l’étude, les entreprises françaises sont au premier rang européen par leur taux d’investissement en logiciels et bases de données et au deuxième s’agissant des dépenses de recherche & développement (R&D), un secteur dynamique en France depuis la réforme du crédit impôt recherche en 2008.

Ils n’hésitent pas à parler d’un «paradoxe» de l’investissement français, venant en partie du fait que leur investissement est concentré sur les actifs immatériels, au coeur de la compétitivité hors prix, “sans entraîner jusqu’à présent d’effets visibles sur la compétitivité au regard des indicateurs disponibles.”

“À l’heure où le contenu immatériel des biens produits prend une importance croissante, l’investissement important des entreprises françaises dans ce type d’actifs peut être encourageant pour le futur, si on considère que leurs effets peuvent être plus longs à se matérialiser”, concluent-ils, ajoutant :

“Il nous reste maintenant à comprendre à quoi tient cet effort particulier et comment en mesurer les effets”.

Yann Le Guernigou, édité par Yves Clarisse

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