October 24, 2018 / 2:47 PM / 24 days ago

Khashoggi: Macron dit son "indignation" à Ryad, évoque des sanctions

PARIS (Reuters) - Emmanuel Macron a fait part mercredi au roi Salman d’Arabie saoudite de sa “profonde indignation” après la mort du journaliste Jamal Khashoggi et a ouvert la voie à des “sanctions internationales contre les coupables” de ce crime.

Emmanuel Macron a fait part mercredi au roi Salman d'Arabie saoudite de sa "profonde indignation" après la mort du journaliste Jamal Khashoggi et a ouvert la voie à des "sanctions internationales contre les coupables" de ce crime. /Photo prise le 18 octobre 2018/REUTERS/François Lenoir

Reconnue par Ryad, la mort de cet éditorialiste le 2 octobre dernier au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul a soulevé une vague d’émotion internationale tout en suscitant l’embarras des partenaires du royaume wahhabite.

Ryad a assuré qu’il s’agissait d’une “opération non autorisée” par le pouvoir saoudien et que le nouvel homme fort du royaume, le prince héritier Mohammed Ben Salman, dit “MBS”, n’en avait pas été informé - des explications accueillies avec scepticisme par plusieurs gouvernements occidentaux.

Emmanuel Macron a appelé le roi Salman pour lui demander que “toute la lumière soit faite sur les circonstances ayant conduit à ce drame”, invoquant “la défense de la liberté d’expression, de la liberté de presse et des libertés publiques”.

“La France n’hésitera pas à prendre, en lien avec ses partenaires, des sanctions internationales contre les coupables”, ajoute l’Elysée dans le communiqué rendant compte de cet entretien.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau n’a, quant à lui, pas exclu l’annulation d’un contrat de près de 10 milliards d’euros pour la vente à Ryad de véhicules blindés légers et la chancelière allemande Angela Merkel a annoncé la suspension des exportations d’armes.

Berlin a par la suite appelé les autres pays européens à lui emboîter le pas pour accentuer la pression sur Ryad.

Interrogé mardi en marge du salon de l’industrie de défense navale au Bourget, Emmanuel Macron avait refusé de se prononcer sur une éventuelle suspension des ventes d’armements français au royaume, estimant qu’il n’avait pas “à réagir à chaque fois qu’un dirigeant dit quelque chose”.

LES FAITS PAS ENCORE “CLAIREMENT ÉTABLIS”

“On ne souhaite pas avoir de prise de décision à la va-vite ou hâtive sur le sujet”, expliquait-on à la mi-journée à l’Elysée. “S’il y a des décisions qui doivent intervenir ultérieurement, elles interviendront mais sur la base d’éléments clarifiés et de responsabilités clairement établies.”

“On ne prendra aucune décision hâtive sur l’avenir de notre partenariat stratégique tant que les faits et les responsabilités ne sont pas établis”, a-t-on ajouté. Concernant l’enquête, “il y a des choses qui ont bougé depuis mais on considère qu’à date on n’a toujours pas toutes les clarifications sur ce qui s’est passé”.

Quelques heures plus tard, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a renchéri en disant que “tant que ce n’est pas parfaitement établi, tant que ces faits ne seront pas corroborés par nos services de renseignement, nous retiendrons nos décisions”.

“En revanche (...) si les faits sont avérés, si nos services les corroborent, nous prendrons les sanctions adéquates à l’endroit des autorités saoudiennes”, a-t-il dit lors du compte rendu du conseil des ministres à l’Elysée, évoquant des “sanctions commerciales” qui ne toucheraient “pas seulement les armes”.

La France a scellé avec l’Arabie saoudite pour plusieurs milliards d’euros de contrats ces dernières années. Selon un rapport parlementaire publié en juin, l’Arabie saoudite a été sur la période 2008-2017 le deuxième client de la France en matière d’armement, avec plus de 11 milliards d’euros de contrats.

A l’heure actuelle, la France est le huitième fournisseur de l’Arabie saoudite dans le domaine militaire, loin derrière les Etats-Unis et le Royaume-Uni, et le royaume wahhabite ne représentait qu’en moyenne 6,8% des prises de commande des deux dernières années 2016-2017, relativise-t-on à l’Elysée.

“IL FAUT ETRE PRUDENT”

La suspension des ventes d’armes à l’Arabie saoudite est une demande formulée de longue date par les ONG et les défenseurs des droits de l’homme qui pointent le rôle militaire joué par Ryad dans le conflit au Yémen qui a fait plus de 10.000 morts depuis mars 2015.

La France s’en est jusqu’à présent toujours tenue à la défense de sa “stricte politique de contrôle des ventes d’armement” confiée à une commission interministérielle.

L’opposition de droite comme de gauche a invité Emmanuel Macron à réagir.

Pour la présidente du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Valérie Rabault, la France doit “rejoindre le concert des Nations”, au premier rang desquelles l’Allemagne, sur la question de la suspension des ventes d’armement à Ryad.

“Le président de la République ne peut pas dire ‘je suis Européen’ et vouloir faire cavalier seul sur des décisions aussi importantes”, a-t-elle dit mercredi devant l’Association des journalistes parlementaires (AJP) à Paris.

A Paris, un haut diplomate français reconnaît en privé être “quand même assez emmerdé” par l’affaire Khashoggi. “Plus ça va et moins il y a de doutes sur ce qui s’est passé. On n’a jamais imaginé que l’Arabie saoudite était la patrie des droits de l’Homme mais là c’est très grave, on ne peut pas l’ignorer (...) mais il faut être prudent.”

Marine Pennetier, avec John Irish, Myriam Rivet et Elizabeth Pineau, édité par Henri-Pierre André

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