October 24, 2018 / 1:42 PM / 2 months ago

Le duel Macron-Salvini se durcit à la frontière en vue des européennes

PARIS (Reuters) - Le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, a une nouvelle fois attaqué mercredi la gestion française des migrants à la frontière transalpine, sous-entendant que la France voulait déstabiliser son gouvernement, énième épisode du bras de fer engagé avec Emmanuel Macron en vue des élections européennes.

Le ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini, a une nouvelle fois attaqué mercredi la gestion française des migrants à la frontière transalpine, sous-entendant que la France voulait déstabiliser son gouvernement, énième épisode du bras de fer engagé avec Emmanuel Macron en vue des élections européennes./Photo prise le 22 octobre 2018/REUTERS/Guillaume Horcajuelo

La frontière franco-italienne, où les autorités françaises ont refoulé plus de 44.000 personnes l’an dernier selon la Cimade, est devenue l’un des principaux points de crispation entre les deux gouvernements, après l’affaire des navires humanitaires refusés cet été par l’Italie.

Dans l’attente d’une rencontre à Rome sur ce sujet avec son homologue français Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur italien a estimé mercredi que la France voulait peut-être déstabiliser le gouvernement italien en renvoyant des migrants en Italie.

“Il n’y a pas de volonté de déstabiliser qui que ce soit”, a répondu le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux lors du compte rendu du conseil des ministres, déplorant que l’Italie, avec la Pologne et la Hongrie, s’oppose au développement des moyens de l’agence européenne de gardes-frontières et garde-côtes Frontex.

Mardi, Matteo Salvini avait dénoncé la reconduite à la frontière de plusieurs mineurs le 18 octobre au soir, une mesure selon lui bloquée par les autorités italiennes, mais que la préfecture des Hautes-Alpes a démenti mercredi.

“Les mineurs non accompagnés figurent sur ces listes communiquées par la France aux autorités italiennes, mais sont systématiquement confiés aux structures départementales d’accueil pour mineurs et non remis aux autorités italiennes. C’était le cas le 18 octobre pour deux mineurs”, dit dans un communiqué la préfète des Hautes-Alpes, Cécile Bigot-Dekeyzer.

UNE “INSTRUMENTALISATION” SELON PARIS

Vendredi déjà, le ministre de l’Intérieur italien avait publié une vidéo montrant une voiture de la police française déposant trois migrants entre Montgenèvre (Hautes-Alpes) et Clavières (Italie) et appelé Macron à apporter une “réponse”.

La préfète des Hautes-Alpes a fait état “d’une regrettable erreur” de la part des gendarmes qui, “arrivés depuis quelques jours seulement dans les Hautes-Alpes, connaissaient mal les lieux et sont entrés sur le territoire italien dans des circonstances qui devront être clarifiées”, a-t-elle déclaré.

Même son de cloche à l’Elysée, où l’on déplore de “petits incidents regrettables” montés en épingle, une “instrumentalisation politique individuelle”.

“La réalité, c’est qu’il y a une coopération entre la police française et italienne, cette coopération existe, fonctionne, au titre des accords (bilatéraux) de Chambéry qui datent de 1997”, a assuré mardi la ministre des Affaires européennes Nathalie Loiseau au Talk Le Figaro.

Pascal Teixeira da Silva, ambassadeur français chargé des migrations, a lui aussi indirectement répondu aux accusations.

“On est tous gardiens de l’espace Schengen, on est tous gardiens d’une frontière. Quand on assume la responsabilité de garder une frontière extérieure, il faut l’assumer, c’est une implication du droit existant”, a-t-il dit mardi à l’occasion d’une conférence sur les migrations euro-africaines.

FÉDÉRER LA “FRANCE DU OUI”

Au-delà des incidents dénoncés par le vice-président du Conseil italien, la question frontalière illustre l’opposition revendiquée par le chef de l’Etat français au Premier ministre hongrois Viktor Orban et à Matteo Salvini, à quelques mois des élections européennes de mai 2019.

Dénoncée comme simpliste par certains à droite, ainsi que par la gauche communiste ou de La France insoumise, la grille de lecture “populistes contre progressistes” permet cependant à La République en marche d’espérer fédérer, note Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’IFOP.

“L’une des stratégies est d’imposer Salvini comme repoussoir anti-européen pour enraciner une liste En Marche comme alternative”, explique-t-il. “Ce qu’on appelait il y a treize ans la France du ‘oui’ et la France du ‘non’ est encore extrêmement pertinent”, note-t-il, en référence au référendum de 2005 où le “non” à la Constitution européenne l’avait emporté.

“Si Emmanuel Macron réussit à convaincre qu’il est un rempart contre l’Europe de Salvini, cela peut lui permettre de faire venir ces électeurs de la France du ‘oui’”, estime-t-il.

Cet électorat, constitué des plus jeunes et des plus de 55 ans, des plus aisés, des grandes villes et métropoles “colle aussi avec des personnes, c’est cette ligne transpartisane que l’on a bien vue aux vendanges de Bordeaux”, ajoute le politologue, en référence à la réunion des “juppéistes” qui n’a tranché pour l’heure aucune stratégie en vue du scrutin.

Selon un sondage Ifop Fiducial pour Match, Sud Radio et Cnews publié en septembre, La République en marche est créditée de 20% des voix aux européennes, en deçà du score de 24% d’Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle, et talonné par le Rassemblement national, à 17% des voix.

Avec Matthias Galante à Nice, édité par Yves Clarisse

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