October 22, 2018 / 4:43 AM / 2 months ago

La mort de Khashoggi, une "terrible erreur", dit Ryad; les Européens veulent des faits

WASHINGTON (Reuters) - Moins de quarante-huit heures après avoir admis la mort de Jamal Khashoggi dans son consulat à Istanbul, l’Arabie saoudite a affirmé dimanche, par la voie de son ministre des Affaires étrangères, ne pas connaître les circonstances exactes du décès du journaliste et opposant.

Le drapeau de l'Arabie saoudite flotte sous le consulat d'Arabie Saoudite à Istanbul. Moins de quarante-huit heures après avoir admis la mort de Jamal Khashoggi, l'Arabie saoudite a affirmé dimanche, par la voie de son ministre des Affaires étrangères, ne pas connaître les circonstances exactes du décès du journaliste et opposant. /Photo prise le 12 octobre 2018/REUTERS/Murad Sezer

Après deux semaines de dénégation, Ryad a reconnu dans la nuit de vendredi à samedi la mort du journaliste, qui vivait depuis un an aux Etats-Unis et publiait régulièrement dans le Washington Post des tribunes critiques sur l’action du prince héritier Mohamed ben Salman.

Dans une première explication relayée par la chaîne de télévision publique Ekhbariya, Ryad a expliqué qu’il était mort le 2 octobre dans une bagarre.

Une source saoudienne haut placée a ensuite indiqué que le journaliste, qui était âgé de 59 ans, a été tué accidentellement par une prise d’étranglement au cours d’une altercation.

Ryad nie toute implication de Mohamed ben Salman, véritable homme fort du royaume saoudien.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a pour sa part annoncé dimanche qu’il ferait toutes les déclarations nécessaires sur la mort du journaliste lors d’une réunion prévue mardi au Parlement avec des membres de l’AKP, son parti.

D’après l’agence de presse turque Anadolu, Erdogan s’est entretenu de l’affaire avec son homologue américain Donald Trump dimanche au téléphone. Tous deux ont souligné la nécessité de révéler toutes les circonstances de la mort du journaliste, ajoute Anadolu.

RYAD DIT NE PAS SAVOIR COMMENT KHASHOGGI A ÉTÉ TUÉ

Interrogé sur Fox News, Adel al Joubeïr, le ministre saoudien des Affaires étrangères, a affirmé dimanche que les autorités saoudienne ignoraient comment Khashoggi a été tué et où son corps a été dissimulé.

“Il a été tué au consulat. Nous ne savons pas comment dans le détail. Nous ne savons pas où se trouve le corps”, a déclaré Adel al Joubeïr. “Nous sommes déterminés à retourner ciel et terre. Nous sommes déterminés à punir ceux qui sont responsables de ce meurtre.”

Premier haut responsable saoudien à prendre la parole depuis que l’Arabie saoudite a reconnu la mort de Khashoggi, Joubeïr a souligné que le meurtre du journaliste était “une terrible erreur, une terrible tragédie”. L’ex-ambassadeur saoudien à Washington a promis aux proches de la victime que les coupables rendraient des comptes.

Il a également redit que le prince héritier n’avait aucune responsabilité dans cette affaire. “C’était une opération où des individus ont fini par passer outre les prérogatives et responsabilités qui étaient leurs. Ils ont commis une erreur quand ils ont tué Jamal Khashoggi au consulat et tenté de dissimuler l’affaire.”

L’agence de presse saoudienne a rapporté dimanche soir que le roi Salman et Mohamed ben Salman s’étaient entretenus au téléphone avec le fils de Jamal Khashoggi, Salah, pour exprimer leurs condoléances.

LES EUROPÉENS RÉCLAMENT DES FAITS

Si elle veut être jugée crédible, l’Arabie saoudite doit étayer par des faits ses explications sur ce qui est arrivé au journaliste, ont déclaré l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni dans un communiqué commun diffusé dimanche après-midi.

“Nous prenons note de la déclaration de l’Arabie saoudite présentant des conclusions préliminaires. Il reste toutefois urgent de clarifier ce qu’il s’est passé exactement le 2 octobre - au-delà des hypothèses qui ont été soulevées jusqu’à présent dans le cadre de l’enquête saoudienne, et qui doivent être étayées par des faits pour être considérées comme crédibles”, soulignent les trois capitales.

Paris, Londres et Berlin estiment que “des efforts supplémentaires sont nécessaires et attendus pour établir la vérité d’une manière exhaustive, transparente et crédible” et ajoutent qu’ils se détermineront “en dernier ressort en fonction de la crédibilité des explications supplémentaires que nous recevrons sur ce qu’il s’est passé, ainsi que de notre conviction qu’un événement aussi indigne ne puisse plus se reproduire et ne se reproduira plus”.

En déplacement électoral dans le land de Hesse, à une semaine du scrutin régional de dimanche prochain, la chancelière allemande Angela Merkel a déclaré qu’il n’était pas possible de procéder à des exportations d’armes vers l’Arabie saoudite dans les circonstances actuelles.

Donald Trump s’est entretenu avec Emmanuel Macron, a indiqué dimanche soir la Maison Blanche, qui précise que les deux dirigeants ont discuté de nombreux sujets, dont celui des circonstances de la mort de Khashoggi.

A WASHINGTON, LE CONGRÈS TONNE

Aux Etats-Unis, plusieurs parlementaires de haut rang s’en sont pris au prince héritier, accusant “MBS” d’avoir commandité l’assassinat du journaliste.

“Oui, je pense qu’il l’a fait”, a ainsi déclaré sur CNN le sénateur républicain Bob Corker. L’élu du Tennessee, qui préside la commission des Affaires étrangères du Sénat, a assisté vendredi à un briefing confidentiel sur l’affaire. Il a estimé que les Saoudiens avaient “perdu toute crédibilité”.

“Penser que le prince héritier n’a pas été mêlé à cela relève de la crédulité”, a jugé le sénateur républicain Rand Paul sur Fox News.

Quant à Dick Durbin, numéro deux du groupe démocrate au Sénat, il a estimé que les “empreintes digitales du prince héritier étaient partout” dans cette affaire et a appelé l’administration Trump à expulser l’ambassadeur saoudien en poste à Washington.

L’administration présidentielle est restée pour sa part plus en retrait: dès samedi, Donald Trump, à l’instar des dirigeants européens, avait réclamé de Ryad plus de réponses. Des responsables de la Maison blanche ont souligné dimanche que Trump n’avait pas changé d’avis à l’égard du prince héritier, vu comme un dirigeant fort passionné par son pays.

Trump et ses conseillers, ont-ils ajouté, veulent voir les résultats des enquêtes de la Turquie et de l’Arabie saoudite.

LA FIANCÉE DE KHASHOGGI SOUS PROTECTION POLICIÈRE

Les services du gouverneur d’Istanbul ont placé sous protection policière 24 heures sur 24 la fiancée turque du journaliste saoudien, Hatice Cengiz, rapporte dimanche l’agence de presse Anadolu.

Aucun commentaire, et notamment les raisons ayant motivé cette mesure, n’a pu être obtenu auprès des autorités turques.

Hatice Cengiz devait se marier avec Jamal Khashoggi. C’est pour se procurer des documents administratifs nécessaires à leur union que le journaliste s’est rendu au consulat.

Bureaux de Reuters; Danielle Rouquié, Henri-Pierre André et Arthur Connan pour le service français

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