October 17, 2018 / 8:55 AM / 2 months ago

Le dirigeant de Force ouvrière, Pascal Pavageau, démissionne

PARIS (Reuters) - Le secrétaire général de Force ouvrière (FO), Pascal Pavageau, a démissionné mercredi, une semaine après la révélation par Le Canard enchaîné de l’existence d’un fichier interne contenant des commentaires injurieux sur des cadres de l’organisation.

Le secrétaire général de Force ouvrière (FO), Pascal Pavageau (photo), a démissionné mercredi, une semaine après la révélation par Le Canard enchaîné de l'existence d'un fichier interne contenant des commentaires injurieux sur des cadres de l'organisation. /Photo prise le 27 avril 2018/REUTERS/Pascal Rossignol

Son départ pourrait modifier le positionnement du troisième syndicat de France, opposant radical à la politique d’Emmanuel Macron depuis que Pascal Pavageau a succédé en avril à Jean-Claude Mailly à l’issue d’un congrès houleux.

“Je rends le mandat parce que j’y suis contraint face à la violence et à la haine de certains qui exigent de moi des sacrifices que personne ne devrait avoir à vivre”, écrit-il dans une lettre envoyée par email aux adhérents de FO.

Pascal Pavageau était sur la sellette après la diffusion de notes sur 126 cadres rédigées par des proches du nouveau secrétaire général quand il faisait campagne. Des responsables y sont qualifiés d’”ordure” ou de “bête”, d’autres sont l’objet de commentaires sur leur orientation politique ou sexuelle.

Le secrétaire général de la fédération FO de la métallurgie, Frédéric Homez, avait appelé à sa démission, sonnant la charge contre Pascal Pavageau qui avait durci la ligne de FO en prenant la succession de Jean-Claude Mailly.

La Commission exécutive (CE) du syndicat annoncé mercredi la tenue d’un Comité confédéral national (CCN) extraordinaire les 21 et 22 novembre prochain, sorte de parlement qui a le pouvoir de nommer un nouveau secrétaire général.

PAS DE CHANGEMENT DE CAP

“La CE estime que ces agissements totalement contraires à nos valeurs fondamentales doivent être immédiatement stoppés et qu’un fonctionnement conforme à nos traditions doit être immédiatement rétabli”, écrit-elle dans une déclaration signée par 32 de ses membres. Trois voix se sont opposées.

Pour Pascal Pavageau, il s’agit d’une “cabale” menée par des personnes qui auraient volé le fichier et l’auraient diffusé, en même temps que des allégations sur sa vie privée, pour “nourrir leurs ambitions personnelles”. Il dit que la Confédération a porté plainte pour le vol du fichier qui se trouvait sous la responsabilité de sa directrice des ressources humaines.

“Alors, à vous ‘camarades’, qui de l’interne ont décidé, au-delà des pressions, des fouilles, des vols, de recourir à de telles méthodes, soyez fiers. Soyez fiers du mal que vous m’avez fait ainsi qu’à l’Organisation en choisissant de faire passer vos intérêts personnels, votre petit pouvoir ou votre aigreur avant tout”, écrit-il.

Le successeur de Pascal Pavageau héritera d’un syndicat profondément divisé, ce qui pourrait peser sur son influence, même si la Commission exécutive assure que la ligne de conduite adoptée pour faire face au gouvernement ne changera pas.

Un membre de la commission exécutive et soutien du secrétaire général sortant estime cependant que l’affaire est “instrumentalisée” par des factions de Force ouvrière qui souhaitent reprendre la main sur la ligne du syndicat.

ELECTIONS PROFESSIONNELLES A RISQUE

Les réformistes, notamment, courant auquel appartenait Jean-Claude Mailly, plus conciliants et qui représentent quelque 40% des membres, n’ont pas digéré la passation de pouvoir houleuse entre les deux dirigeants.

Les trotskistes, qui constituent aussi 40% des militants, semblent avoir fait front commun avec les réformistes. Seuls les anarchistes soutenaient Pascal Pavageau mais ils ne pèseraient qu’environ 10% des membres, selon une source syndicale.

L’affaire a déjà affaibli le syndicat, alors que doivent se tenir en décembre des élections professionnelles dans la fonction publique, événement crucial pour asseoir la position de la centrale. FO est le troisième syndicat du secteur mais premier dans la fonction publique d’Etat et espère ravir la seconde place à la CFDT dans la fonction publique hospitalière.

Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, s’est dit mercredi “certain que ce grand syndicat trouvera une personnalité qui sera plus attentive au respect des convictions et de la vie privée de chacun”.

Certains militants craignent l’impact de ces événements sur l’image du syndicalisme. “Ça salit toute la profession”, a dit Jean-Yves Chaussin, délégué chez Carrefour.

Pour autant, il ne regrette pas d’avoir voté pour Pascal Pavageau au Congrès. “C’était l’homme qu’il fallait”, dit-il. “Il en sortira certainement quelque chose, des contrôles, tout simplement. Et nous on va continuer de se battre sur le terrain comme on fait au quotidien.”

Avec Marine Pennetier, édité par Yves Clarisse

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