October 9, 2018 / 10:43 AM / 2 months ago

Les syndicats pressent Macron de "sortir du bois" sur les retraites

PARIS (Reuters) - Les syndicats français exhortent le haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, à dévoiler ses pistes pour le nouveau régime envisagé par le gouvernement lors de leur rencontre de mercredi afin d’entamer de vraies discussions.

Les syndicats français exhortent le haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, à dévoiler ses pistes pour le nouveau régime envisagé par le gouvernement lors de leur rencontre de mercredi afin d'entamer de vraies discussions. /Photo prise le 9 octobre 2018/REUTERS/Jean-Paul Pelissier

“Qu’ils sortent du bois”, a déclaré le secrétaire général de Force ouvrière, Pascal Pavageau, sur France Inter lundi. “On a fait une phase de concertation (...) maintenant on passe à une consultation, qu’ils sortent le projet de loi.”

“Le plus fondamental, c’est que le débat commence. Il y a des choix qui se dessinent qui pourraient faire l’objet d’un débat dans la pays”, a dit à Reuters le négociateur pour la CFDT, Frédéric Sève.

Jean-Paul Delevoye doit dresser mercredi un bilan des échanges qu’il mène avec les partenaires sociaux depuis avril. Cette réunion a également pour objet d’examiner le calendrier et les modalités de la deuxième séquence de concertation.

La réforme des retraites, prochain dossier social potentiellement explosif du quinquennat d’Emmanuel Macron, vise à créer un système universel “plus lisible et plus équitable” dans lequel “un euro cotisé donne les mêmes droits.

Peu d’informations ont filtré au sujet de ce nouveau régime, si ce n’est qu’il serait “vraisemblablement” par points, chaque actif cumulant des points tout au long de sa carrière, lesquels seront convertis au moment de la liquidation de la retraite. Il doit également unifier les 42 régimes existants (public, privé, professions libérales, etc.).

Emmanuel Macron, qui avait promis de ne toucher ni à l’âge légal de départ à la retraite fixé à 62 ans, ni à la durée de cotisation, a rappelé en juin devant le congrès de la Mutualité son attachement à un système “par répartition”, reposant sur “la solidarité entre les générations”.

UN EXERCICE PÉRILLEUX

Il a précisé vouloir présenter un projet de loi au début de l’année 2019, avec un vote au premier semestre. Le Premier ministre, Edouard Philippe, a rappelé en septembre que la réforme n’affecterait pas les retraités actuels ni les personnes qui s’apprêtent à prendre leur retraite.

L’exercice est périlleux pour l’exécutif, en proie à une crise politique avec les départs successifs de ministres et à une contestation montante de la part des partenaires sociaux.

La possibilité d’instaurer un âge-pivot à 63 ans - un âge pour retarder le départ à la retraite - a déjà suscité une vague de contestation de la part des syndicats. La CFDT, pourtant très réfractaire à l’idée de descendre dans la rue, a menacé d’aller protester si le gouvernement allait de l’avant.

FO et la CGT battent déjà le pavé, ce mardi, pour manifester contre la politique “idéologique” du gouvernement qui vise selon eux à “la destruction” du modèle social, “favorisant notamment l’explosion des inégalités et la casse des droits collectifs”.

Le calendrier de la présentation de cette réforme très sensible a déjà été repoussé de 2018 à 2019, pour “prendre le temps de la réflexion” dit l’équipe du haut-commissaire. Il s’agit maintenant de savoir si l’annonce se fera avant ou après les élections européennes de 2019, où La République en marche (LaRem) veut faire une percée.

Au moment des élections européennes, “il faut que le débat, il porte sur l’Europe”, a dit mardi la ministre du Travail, Muriel Pénicaud sur BFM TV et RMC Info. Autrement, “on va avoir deux débats à la fois (...) on va rien y comprendre”.

LES SYNDICATS PARTAGÉS

Les syndicats sont très partagés sur la question des retraites. Les centrales réformistes (la CFDT et la CFTC) soutiennent l’idée d’une refonte pour un système “plus lisible et plus simple” tant que la “répartition, la solidarité inter et intragénérationnelle sont sauvegardées”.

Pour le dirigeant de la CFDT, Laurent Berger, “le système par points, ça existe, ce sont les retraites complémentaires et cela fonctionne”. Il fait ainsi référence au régime Agirc-Arrco, géré par les partenaires sociaux, qui fonctionne par points depuis sa création dans les années 1950.

FO et la CGT voient d’un mauvais oeil ce changement de régime. Pour FO, “chaque minute non travaillée est une perte de points”, ce qui exacerbe “les inégalités de la société”. Les premières victimes seront, selon son secrétaire général, les femmes et toutes les personnes avec “une carrière hachée”.

Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, dit pour sa part craindre une fluctuation de la valeur du point, comme dans “certains pays” où le point évolue “en fonction de la conjoncture” ou “de la durée de vie”. “Le point pourra changer d’une année à l’autre”, dit-il sur France Inter samedi.

La CGT s’accorde pour dire qu’il faut revoir le système actuel, gagner en lisibilité, mais en “harmonisant par le haut”. Elle milite par ailleurs pour un élargissement des financements, soit des cotisations payées par les employeurs.

Caroline Pailliez, édité par Yves Clarisse

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