September 28, 2018 / 10:01 AM / 19 days ago

Le projet budgétaire de Rome défie l'UE et secoue les marchés

ROME (Reuters) - L’accord trouvé par le gouvernement italien sur des objectifs budgétaires intégrant un déficit trois plus fois plus important que la trajectoire fixée par le précédent exécutif a placé vendredi l’Italie en porte à faux avec la Commission européenne et provoqué l’inquiétude des marchés financiers, qui redoutent de nouvelles tensions sur la dette publique.

Luigi Di Maio et Matteo Salvini, chefs de file du M5S et de la Ligue et vice-présidents du Conseil. L'accord trouvé par le gouvernement italien sur des objectifs budgétaires intégrant un déficit trois plus fois plus important que la trajectoire fixée par le précédent exécutif a placé l'Italie en porte à faux avec la Commission européenne et provoqué l'inquiétude des marchés financiers. /Photo prise le 1er juin 2018/REUTERS/Tony Gentile

La coalition formée par le Mouvement 5 Etoiles et la Ligue a forcé la main de son ministre de l’Economie, Giovanni Tria, dont les appels à la prudence budgétaire avaient rassuré les marchés, en s’entendant jeudi soir sur un objectif de déficit de 2,4% du produit intérieur brut dans son projet de budget pour 2019 et les deux années suivantes.

“Le gouvernement dans son ensemble s’est mis d’accord sur 2,4%, nous sommes satisfaits, c’est un budget de changement”, ont déclaré Luigi Di Maio et Matteo Salvini, chefs de file du M5S et de la Ligue et vice-présidents du Conseil, dans un communiqué commun.

A l’issue de leur réunion, Di Maio et Salvini sont apparus en levant le poing sur le balcon du palais Chigi, siège de la présidence du Conseil, sous les applaudissements de partisans.

Matteo Salvini a par la suite enfoncé le clou, le dirigeant d’extrême droite affirmant que les intérêts économiques des Italiens passaient avant les inquiétudes des “bureaucrates” de l’Union européenne.

Le président du Parlement européen, italien lui aussi, le conservateur Antonio Tajani, a en revanche estimé que le budget de la coalition allait “contre le peuple”.

“Il freine la croissance et aggrave la dette, augmente le coût des hypothèques et des prêts pour les familles et les entreprises. Cela nous rend moins souverains, plus dépendants des marchés. Donc, il abolit le bon sens, pas la pauvreté”, a-t-il écrit sur Twitter.

Cet accord reste dans la limite du plafond de 3,0% fixé par les règles européennes, mais le gouvernement précédent dirigé par le Parti démocrate (centre gauche) s’était engagé sur une réduction significative du déficit pour contenir sa dette élevée. L’objectif pour 2019 était de 0,8%.

L’Italie est, des principales économies européennes, le pays le plus lourdement endetté, à hauteur de 130% de son PIB.

COLLISION AVEC BRUXELLES

L’accord trouvé jeudi soir, dégageant la voie à la première loi de finances de la coalition au pouvoir depuis le mois de juin, vise à financer les principales promesses de campagne. A commencer par le “revenu de citoyenneté” et la révision de la réforme de 2011 sur les retraites, révision qui permettrait aux Italiens de faire valoir plus tôt leurs droits à la retraite, marqueurs du M5S, et les baisses d’impôt promises par la Ligue.

Dans la nuit, l’euro a glissé face au dollar avant de rebondir. La Bourse de Milan a perdu 3,72% et les banques italiennes ont été lourdement sanctionnées.

Sur le marché obligataire, les rendements des emprunts d’Etat italiens ont grimpé. Le taux italien à dix ans a pris jusqu’à plus de 30 points de base pour repasser le seuil de 3,2%, au plus haut depuis début septembre.

“Les Italiens semblent s’être placés sur une trajectoire de collision avec Bruxelles”, a commenté Martin van Vliet, spécialiste des taux chez ING.

Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte s’est dit “très préoccupé” tandis que le ministre des Finances de la Finlande, autre pays réputé pour son orthodoxie budgétaire, a déclaré: “Le populisme et la responsabilité n’entrent pas toujours dans la même pièce.”

A Bruxelles, un porte-parole de la Commission européenne s’est gardé de commenter la situation italienne, se bornant à indiquer que l’exécutif européen étudierait les projets budgétaires de tous les pays de la zone euro, Italie comprise, dans les semaines qui suivront leur présentation formelle, fixée au 15 octobre.

Le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Pierre Moscovici, a critiqué le choix d’un budget “hors des clous” et appelé le gouvernement italien à donner la priorité à la réduction de la dette publique, qu’il a qualifiée d’”explosive”. “Faire de la relance quand on a une dette très élevée, ça finit par se retourner contre ceux qui le font”, a-t-il prévenu sur BFM TV.

L’UE a toutefois choisi de ne pas aller à la confrontation avec Rome.

Le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, a lui aussi cherché à apaiser les esprits. “L’Italie n’est pas un problème pour l’Europe”, a-t-il dit. “Je suis impatient de me rendre à Bruxelles pour expliquer le projet de budget.”

Giuseppe Conte a ajouté que Giovanni Tria, dont la position est nettement fragilisée par les arbitrages du gouvernement, n’avait jamais mis sa démission dans la balance, contrairement aux déclarations de députés la veille.

avec Sophie Louet à Paris, Stephen Jewkes à Milan et Philip Blenkinsop à Bruxelles; Danielle Rouquié, Véronique Tison, Marc Angrand, Henri-Pierre André et Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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