September 27, 2018 / 9:36 PM / 2 months ago

Aux Antilles, Macron admet la responsabilité de l'Etat sur le chlordécone

FORT-DE-FRANCE, Martinique (Reuters) - Emmanuel Macron a déclaré jeudi en Martinique que l’Etat prendrait “sa part de responsabilité” face au “scandale environnemental” du chlordécone, un pesticide toxique qui a durablement contaminé les sols.

Le chef de l'Etat a abordé le sujet du chlorcédone - sur lequel il se savait très attendu - au premier jour d'un déplacement de quatre jours aux Antilles, dont le programme a été modifié du fait de l'approche de la tempête tropicale Kirk. /Photo prise le 27 septembre 2018/REUTERS/Thomas Samson

Le chef de l’Etat a abordé ce sujet - sur lequel il se savait très attendu - au premier jour d’un déplacement de quatre jours aux Antilles, dont le programme a été modifié du fait de l’approche de la tempête tropicale Kirk.

“La pollution à la chlordécone est un scandale environnemental”, a déclaré Emmanuel Macron au Morne-Rouge, une commune rurale du nord de l’île, lors de la visite d’une exploitation agricole de 16 hectares installée sur des terres contaminées.

“L’Etat doit prendre sa part de responsabilité dans cette pollution et doit avancer dans le chemin de la réparation”, a estimé le président de la République, ajoutant que cette pollution “fut aussi le fruit d’un aveuglement collectif”.

Ce pesticide a été utilisé de 1972 à 1993 dans les bananeraies pour lutter contre le charançon, un insecte qui ravageait les plantations.

Emmanuel Macron a également fait part de son intention “d’avancer davantage sur la question des maladies professionnelles pour les personnes particulièrement exposées à la molécule”, même si, en l’état actuel des connaissances scientifiques, le lien entre présence de chlordécone dans l’organisme et différentes pathologies est seulement présumé, a-t-il précisé.

Pour avoir une meilleure idée des conséquences sanitaires de la surexposition au chlordécone, une étude de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) et de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) sera rendue publique en mars 2019.

PAS D’INDEMNISATION GÉNÉRALE

Parallèlement, les formalités administratives nécessaires pour aller vers une reconnaissance des maladies professionnelles liées à cette molécule seront lancées.

Emmanuel Macron a en revanche exclu une indemnisation générale de l’ensemble de la population.

“Si je disais qu’on va indemniser tout le monde, c’est impossible même budgétairement, et ce serait irresponsable”, a-t-il déclaré.

Un troisième plan chlordécone (2014-2020), visant à protéger les populations et accompagner les professionnels, est en cours et les travaux sur le quatrième débuteront “d’ici l’été 2019”, a précisé Emmanuel Macron.

Dans ce cadre, “l’action de l’Etat sur le terrain sera portée à trois millions (d’euros) par an, soit une augmentation de 40% sur deux ans”, a annoncé le président, afin de poursuivre la recherche sur la dépollution des sols et des aliments - aujourd’hui sans solutions - et accélérer la cartographie des zones polluées.

Ces différentes annonces ont été plutôt bien perçues par des professionnels, même si “Emmanuel Macron n’a pas répondu sur la question du manque à gagner et du surcoût à dépenser pour l’exploitant”, estime Louis-Daniel Bertome, président de la chambre d’agriculture de Martinique.

“En colère” que seule la question du chlordécone ait été évoquée, Anaïs Chardon-Janvier, présidente du syndicat des jeunes agriculteurs de l’île, décrit une situation très critique pour l’agriculture martiniquaise : très faibles retraites qui bloquent l’installation, trésorerie à zéro, tempêtes subies en 2016 et 2017.

“Aujourd’hui, le secteur agricole se meurt”.

Jeudi, Emmanuel Macron a par ailleurs annoncé un plan de relance pour la santé aux Antilles, avec le déblocage 40 millions d’euros pour le CHU de Fort-de-France.

Il a également confirmé sa volonté d’abaisser le plafond de l’abattement fiscal dont bénéficient les habitants d’Outre-mer - qui s’élève à 30 ou 40% selon les territoires.

Selon le chef de l’Etat, cette réforme concernera les 4% les plus fortunés et les montants dégagés seront entièrement reversé aux territoires pour favoriser leur développement. 

Edité par Myriam Rivet

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below