September 19, 2018 / 3:22 PM / a month ago

"Traverser la rue", le défi des emplois non pourvus

PARIS (Reuters) - Crise de l’emploi ou retard classique de l’adaptation du marché du travail en période de reprise? Le conseil d’Emmanuel Macron à un jeune sans emploi de “traverser la rue” pour trouver un travail, pour controversé qu’il soit, illustre la question des difficultés de recrutement en France malgré un chômage élevé.

Crise de l'emploi ou retard classique de l'adaptation du marché du travail en période de reprise? Le conseil d'Emmanuel Macron à un jeune sans emploi de "traverser la rue" pour trouver un travail, pour controversé qu'il soit, illustre la question des difficultés de recrutement en France malgré un chômage élevé. /Photo d'archives/REUTERS/Eric Gaillard

Les emplois vacants étaient au nombre de 153.216 dans l’ensemble des secteurs au deuxième trimestre de 2018, selon les dernières données de la Direction des études et des statistiques du ministère du Travail (Dares). Ils représentaient 1,17% de l’ensemble des emplois en France.

A la fin de l’année 2017, 42% des entreprises du secteur de l’industrie disaient rencontrer des difficultés de recrutement. Cette part est montée à 60% pour la construction et est de 35% environ dans les services.

Les membres de l’exécutif, comme le secrétaire d’Etat chargé des Relations avec le Parlement, Christophe Castaner, dimanche dernier, parlent souvent de 300.000 postes vacants.

Ces données proviennent d’une enquête de Pôle emploi publiée en décembre 2017 selon laquelle seules 2,9 millions des 3,2 millions d’offres d’emploi déposées en une année auprès de l’organisme ont été pourvues.

Mais la moitié des offres restantes ont été retirées pour des raisons autres que la difficulté de trouver des candidats (manque de budget, par exemple) ou étaient encore ouvertes au moment de l’enquête.

MÉTIERS RECHERCHÉS

Pour Emmanuel Macron, ce phénomène pose la question de l’inadéquation entre les besoins des entreprises et les compétences à l’heure où la France compte 2,538 millions de chômeurs au sens du Bureau international du travail (BIT).

“Honnêtement, hôtel, café, restaurant, je traverse la rue, je vous en trouve, ils veulent simplement des gens qui sont prêts à travailler, avec les contraintes du métier”, avait-il déclaré dimanche à un jeune horticulteur en recherche d’emploi, suscitant l’ire de l’opposition.

Or, pour la directrice de la Dares, Selma Mahfouz, les entreprises du secteur de la restauration et de l’hôtellerie, où il y a beaucoup de roulement de personnel, “ont le sentiment d’avoir de la difficulté à recruter” quand l’économie repart, “mais elles y arrivent”.

Les réelles difficultés se font plutôt sentir dans les secteurs en manque de qualifications, que ce soit en informatique ou dans la construction. Les métiers les plus recherchés en 2018 étaient les charpentiers, régleurs, ou encore couvreurs, selon la dernière enquête en besoin de main d’oeuvre de Pôle emploi.

Pour Mathieu Plane, de l’Observatoire français des conjonctures (OFCE), nous ne sommes pas encore dans une “situation critique”. Les difficultés de recrutement sont revenues aux niveaux d’avant-crise, a-t-il dit à Reuters, mais elles n’ont pas rattrapé les niveaux des années 2000, leur pic historique.

DES SALAIRES EN BERNE

Les entreprises n’ont pas encore non plus utilisé tous les leviers dont elles disposent pour gagner en attractivité, ce qui peut expliquer le manque d’intérêt pour certains métiers.

Le salaire moyen par tête dans l’industrie n’a augmenté que de 1,3% au 1er trimestre de 2018 par rapport au 1er trimestre 2017, alors que l’inflation sur la même période a été de 1,4%. Pour les branches marchandes non agricoles, la hausse de la rémunération moyenne a été de 1,6%.

“Pendant des années avec la crise (...), les entreprises n’avaient pas de difficultés à recruter. Mais on n’est plus dans la même situation qu’il y a trois ans et on peut imaginer qu’il faut, dans certains secteurs, accepter des augmentations de salaires”, ajoute-t-il.

Il note toutefois une baisse depuis deux trimestres de la part des contrats temporaires (CDD ou intérim) dans l’emploi salarié, alors qu’elle est en constante progression depuis 2014. Elle représentait 11,9% au deuxième trimestre de 2018.

“L’attractivité ne passe peut-être pas encore par la hausse des salaires mais plutôt par le fait de sécuriser certains emplois”, dit-il. “Si vous voulez trouver quelqu’un de qualifié, vous ne pouvez pas lui proposer un CDD”.

Philippe Martin, président du Conseil d’analyse économique (CAE), estime que les entreprises doivent aussi affûter leurs techniques de recrutement, engourdies par des années de crise.

“On avait pensé un peu naïvement que l’émergence des sites internet, les applications géolocalisées (...) allaient un peu révolutionner l’appariement entre l’offre et la demande d’emploi. On peut être un peu frustrés”, dit-il à Reuters.

La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, se rendra jeudi dans une agence Pôle emploi pour présenter une initiative visant à faire connaître aux chômeurs les métiers en tension au moyen d’ateliers, de “job dating” ou encore de visites d’entreprises.

Edité par Yves Clarisse

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