September 19, 2018 / 7:22 AM / a month ago

L'audition d'Alexandre Benalla devant la commission du Sénat

PARIS (Reuters) - L’ancien chargé de mission de l’Elysée Alexandre Benalla, accusé d’avoir molesté le 1er mai des manifestants à Paris, a été entendu mercredi par la commission d’enquête du Sénat, déclarant notamment avoir “l’impression” d’être “instrumentalisé à des fins politiques”.

L'ancien chargé de mission de l'Elysée Alexandre Benalla, accusé d'avoir molesté le 1er mai des manifestants à Paris, a déclaré jeudi à la commission des lois du Sénat avoir "l'impression" d'être "instrumentalisé à des fins politiques". /Photo prise le 19 septembre 2018/REUTERS/Charles Platiau

En préambule d’une audition de deux heures trente, il a présenté ses excuses au président de la commission, Philippe Bas (Les Républicains), qu’il avait traité de “petit marquis” dans un entretien à France Inter.

Alexandre Benalla, 27 ans, avait dans un premier temps envisagé de refuser d’être entendu par la commission du Sénat constituée en commission d’enquête avant de se plier à sa convocation.

Il s’agissait de la 23e audition de la commission depuis qu’elle a commencé ses travaux en juillet. Les sénateurs La République en Marche membres de la commission ont décidé de la boycotter.

Des vidéos montrant Alexandre Benalla coiffé d’un casque malmenant des manifestants le 1er-Mai à Paris ont déclenché à la mi-juillet une crise jusque-là inédite par son ampleur depuis le début du quinquennat d’Emmanuel Macron.

Celui qui était devenu un homme de confiance du chef de l’Etat a été licencié par la présidence de la République et mis en examen en juillet.

Voici ses principales déclarations :

- “J’ai ressenti à un moment un acharnement médiatique, un acharnement politique et j’ai eu l’impression qu’un certain nombre de personnes ont pu se servir des institutions de notre pays à des fins politiques et médiatiques”.

- “J’ai servi les institutions de mon pays depuis l’âge de 18 ans en intégrant la réserve opérationnelle de la gendarmerie nationale”.

- “J’ai un profond respect pour le Sénat, j’ai un profond respect pour les sénateurs.”

- “Je suis bien élevé, je vous présente mes excuses, monsieur Bas”. “On n’attaque pas les hommes”.

- “J’ai travaillé au service d’ordre du Parti socialiste où j’ai croisé un certain nombre d’entre vous que je reconnais dans cette salle”, dit-il après avoir rappelé son parcours.

- “J’ai monté un étage de l’ascenseur social”, après sa nomination le 17 mai 2017 à l’Elysée.

- “J’aime le tir sportif. J’ai une parfaite connaissance et une parfaite maîtrise des armes à feu”, dit-il, précisant qu’il peut fournir aux sénateurs des certificats de maniement des armes.

- Pour la campagne présidentielle de 2016-2017, “j’ai été sollicité par un camarade qui avait rejoint La République en Marche” pour la logistique et l’organisation des déplacements.

- “Tout le monde m’a dit que j’étais un peu fou”, mais “j’avais adoré l’expérience de la campagne présidentielle de 2012, c’est une expérience unique”.

- “Quand j’ai rencontré le personnage, j’ai été séduit”, dit-il à propos d’Emmanuel Macron.

- “Je n’ai jamais été le garde du corps d’Emmanuel Macron. (..) Je n’ai jamais été son siège ni son épaule”.

- Mes fonctions à l’Elysée étaient celles “d’organisation générale et de coordination générale de terrain, ce que j’aime”.

- En mai 2017, “j’ai eu un entretien avec le directeur de cabinet du président de la République et on m’a annoncé que j’étais recruté comme chargé de mission, c’est-à-dire le niveau le plus bas de ce qu’on peut trouver au cabinet du président”.

- “On m’a dit que c’était bien d’avoir un profil différent à la chefferie de cabinet”

- “Pôle Emploi”, a-t-il répondu à la question de savoir quel emploi il occupait actuellement.

- “Je n’ai eu aucune activité professionnelle depuis que j’ai quitté l’Elysée”.

- Il a regretté qu’”un certain nombre de fake news” aient circulé à son sujet et précisé que ses avocats avaient engagé des recours concernant ces fausses informations”. “Je ne lis plus la presse.”

- Il a précisé avoir eu à l’Elysée cinq missions : l’organisation des déplacements nationaux du chef de l’Etat, l’organisation de ses déplacements privés, l’organisation des événements à l’Elysée, la gestion des présents diplomatiques et la coordination des services de sécurité.

- “La coordination des services de sécurité ne consistait pas à être le chef des services de sécurité mais à conduire un certain nombre de réunions, de réflexions ; ce n’était pas une fonction opérationnelle mais une fonction administrative.”

- “Nous avons le même appareil radio que le GSPR, simplement nous ne sommes pas sur la même fréquence ; nous avions accès à une boucle radio très limitée (...) Je n’avais pas accès à une boucle particulière de sécurité.”

- “J’ai fait une demande à titre personnel d’autorisation de port d’arme pour des motifs de sécurité et de défense personnelles (...) on est exposé” quand on exerce des fonctions à l’Elysée ; “Il y avait des menaces dans le détail desquelles je ne rentrerai pas.”

- “Je venais le matin de chez moi avec mon arme à la ceinture, un Glock 43, je rentrais chez le moi le soir avec mon arme à la ceinture.”

- Il précise avoir porté son arme “trois fois” lors de déplacements du président de la République : “Mon rôle n’était pas de la sortir, il y a des professionnels pour ça.”

- “Il n’y a pas eu d’interférences, jamais, entre moi et le GSPR”.

- Sur le badge d’accès (“H”) à l’Assemblée nationale dont il bénéficiait : “Ce n’est pas une demande qui a été réalisée, c’est un process automatique” pour les collaborateurs de l’Elysée.

- “C’est un caprice personnel, je continuais à aller à la salle de sports, à la bibliothèque.”

- Après les événements du 1er-Mai (que la commission n’est pas autorisée à évoquer-NDLR), le directeur de cabinet du chef de l’Etat, Patrick Strzoda, “m’a annoncé la sanction”, “j’ai été suspendu pendant quinze jours”.

- “Au retour des 15 jours de suspension, ma rétrogradation m’a été notifiée de manière verbale”. “Je synchronisais les cortèges, moi j’ai considéré que c’était une humiliation.”

- Lors des déplacements privés du président de la République, “mon rôle était la coordination” et, par exemple, “aller faire une reconnaissance” dans un théâtre pour choisir sa place, “être son point de contact pendant la soirée”. “C’est une notion de confort.”

- “Si les policiers d’élite du GSPR et les gendarmes d’élite du GIGN me craignent ou me craignaient, je suis assez inquiet pour la sécurité du président de la République.”

- “De mémoire, il n’y a jamais eu d’incident avec des officiers de sécurité du GSPR. Pour beaucoup c’étaient des camarades.”

- “Je n’avais pas de véhicule attribué”. “L’Elysée dispose d’un parc automobile (...), on prend en fonction du besoin”.

- “Je n’ai (eu) aucun avantage en nature. Les 6.000 euros nets étaient ma rémunération totale.”

- Alexandre Benalla disposait d’un passeport diplomatique. “La délivrance de passeports diplomatiques est automatique pour l’ensemble des personnels qui peuvent être amenés à se déplacer avec le président de la République, pour une durée d’un an.”

- Le document a été renouvelé le 24 mai 2018, selon “la procédure classique”. “Ce n’est pas un passe-droit,(...) vous n’avez aucune immunité”.

- Sur l’attribution d’un logement de fonction, qu’il n’a jamais occupé. “Je n’avais pas fait de demande au préalable”. A l’Elysée, “vous commencez à 06h30, vous arrivez à minuit-01h30 chez vous, vous avez un trajet de 20 minutes pour rentrer chez vous, vous ne voyez pas votre femme, votre fils”. “J’ai fait la demande [d’un logement] sur le tard”.

- “Je n’ai eu aucun lien avec une société de sécurité privée depuis que je suis à l’Elysée.” “Avant, j’ai exercé dans des sociétés de sécurité (...) j’ai pu avoir des parts dans certaines sociétés il y a très longtemps”.

- Il évoque des relations parfois tendues avec des “administratifs pur jus”. “Quand vous ne faites pas partie du club, on vous le fait sentir.”

- “Je fais un peu dans l’esprit du président, quand on me demande de faire quelque chose, je le fais, je vais un peu jusqu’au bout, parfois vous vous attirez l’inimitié de gens qui vous expliquent que ça fait quarante ans qu’on fait comme ça et qu’on ne vous pas attendu pour changer les choses”.

- “Quand vous préparez un déplacement du président de la République, vous êtes l’autorité politique parce que vous êtes membre du cabinet. (...) Vous allez donner à un certain nombre de responsables, des préfets, des ambassadeurs, des policiers, des gendarmes, une idée générale de ce que vous voulez faire.”

- “Je n’ai jamais fouillé ou contrôlé l’identité d’un journaliste”.

- “Je ne fais l’objet d’aucune mention au fichier de traitement des antécédents judiciaires. J’ai fait l’objet de plusieurs enquêtes avant de rentrer à l’Elysée.”

- “Je ne suis pas un voyou”.

Emmanuel Jarry et Sophie Louet, édité par Yves Clarisse

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