September 16, 2018 / 10:35 AM / 3 months ago

Les assassins présumés d'Hélène Pastor devant les juges

MARSEILLE (Reuters) - Dix personnes, dont le gendre d’Hélène Pastor et le coach sportif de la famille, comparaissent à partir de lundi à Aix-en-Provence devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône pour les meurtres prémédités de l’héritière de la plus grosse fortune de Monaco et de son chauffeur.

A Monaco. Dix personnes, dont le gendre d'Hélène Pastor et le coach sportif de la famille, comparaissent à partir de lundi à Aix-en-Provence devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône pour les meurtres prémédités de l'héritière de la plus grosse fortune de Monaco et de son chauffeur. /Photo d'archives/REUTERS/Patrice Masante

“L’enquête et l’instruction ont permis d’identifier l’ensemble des personnes qui, à des titres divers, de la conception à la réalisation, ont concouru à l’assassinat d’Hélène Pastor et de Mohamed Darwich”, peut-on lire dans l’arrêt de renvoi, que Reuters a pu consulter. 

Ce document de 130 pages décrit comment Samine Saïd “armé d’un fusil à canon scié” a fait feu, le 6 mai 2014, sur Hélène Pastor et son chauffeur à la sortie de l’hôpital de Nice (Alpes-Maritimes), où l’héritière était venue rendre visite à son fils Gildo soigné pour un accident vasculaire cérébral.

Agé de 54 ans, le chauffeur de nationalité égyptienne est décédé quatre jours plus tard de ses blessures. Hélène Pastor, 77 ans, a succombé le 21 mai.

Le tireur présumé a nié avoir fait feu sur la voiture que Al Hair Hamadi, le guetteur, lui a désignée. Ce dernier a rapidement reconnu sa participation au double meurtre.

La présence dans le box de Wojciech Janowski, 69 ans, ex-consul honoraire de Pologne à Monaco et gendre de la victime, devrait cependant polariser l’attention.

Il est incarcéré depuis sa mise en examen en juin 2014 pour des faits supposés de “complicité d’homicides volontaires avec préméditation, guet-apens, association de malfaiteurs et subornation de témoin”.

“L’information judiciaire a conduit à dresser de Wojciech Janowski un portrait bien différent de l’image qu’il s’était attaché à bâtir au fil des années”, note le document. Il affirmait détenir un diplôme de l’Université de Cambridge, qu’il n’a jamais fréquentée, ou avoir été consul de Pologne de plein exercice, poste qu’il n’a jamais occupé.

UNE COMPAGNE FLOUÉE

Affirmant d’abord tout ignorer de ce double assassinat, il a accusé son coach sportif, Pascal Dauriac, d’en être l’instigateur avant de reconnaître en être le commanditaire, puis de revenir sur ses aveux. 

Des aveux obtenus, selon ses conseils, dans des conditions “litigieuses”, car dépourvues de l’assistance d’un avocat ou d’un interprète. Selon eux, leur client n’aurait pas saisi la signification de certains termes, particulièrement celui de commanditaire.

“Oui j’ai commandité ce meurtre. (...) C’était pas facile d’utiliser le mot de tuer mais j’ai utilisé les mots qui pouvaient lui faire comprendre ce que je voulais”, a dit le gendre aux policiers en relatant une discussion avec son coach sportif.

Questionné sur ses motivations, l’ancien consul honoraire évoque l’amour pour sa femme et la souffrance de ses filles qui assistaient à la “destruction de leur mère par leur grand-mère”.

“Ma famille allait être libérée de la méchanceté et de la tyrannie de ma belle-mère”, précise-t-il, qualifiant Hélène Pastor de “femme psychiquement malade” en raison de la maladie d’Alzheimer dont elle souffrait.

Lors de sa garde à vue, sa compagne Sylvia Ratkowski a réfuté “tout harcèlement” de sa mère à son égard. 

Les enquêteurs se sont aussi longuement intéressés à la “feinte prospérité” de Wojciech Janowski à Monaco, fondée selon eux sur “l’accaparement des sommes” mises à la disposition de sa compagne par sa mère.

PLUSIEURS COMPLICES

C’est ainsi que 7,5 millions d’euros sur les neuf versés par Hélène Pastor à sa fille au cours des derniers mois avant sa mort se sont retrouvés sur le compte de son gendre. Des chèques en blanc de 150.000 à 200.000 euros remis chaque mois à son compagnon par Sylvia Ratkowski devaient pourvoir aux frais d’étude de sa fille Olivia, à des voyages et à l’entretien d’un bateau. Il n’en fut rien.

“C’est une horreur, je me suis aperçue que mon concubin me faisait payer les choses plusieurs fois. Je ne voyais aucune facture car je lui faisais entière confiance depuis 28 ans”, a-t-elle dit aux enquêteurs. 

Plus tard, elle s’apercevra avoir payé trois fois le prix d’un bateau que son compagnon, qui lui a présenté comme un cadeau, avait en réalité mis à son nom. Comme cet appartement à Londres, également au nom de Wojciech, mais en fait payé par la fille d’Hélène Pastor via un prêt personnel d’un million de livres sterling.

Le gendre d’Hélène Pastor s’est aussi lancé dans l’acquisition rocambolesque d’une raffinerie en Pologne via une société canadienne qu’il avait créée, investissant à fonds perdus l’argent provenant directement ou indirectement du compte de sa compagne. L’échec prévisible de son projet pétrolier aurait pu le conduire à vouloir la mort de sa belle-mère pour le financer avec l’argent de celle-ci. 

L’ex-consul honoraire a amené Pascal Dauriac à partager ce projet, via un “mélange de sympathie et de pression”, ce dernier demandant ensuite à son beau-frère Abdelkader Belkhatir de recruter les exécutants.

“Le montant fixé par Janowski pour mener à terme ce projet était de 140.000 euros, incluant l’assassinat du chauffeur ainsi que le vol du sac à main afin de brouiller les pistes et de faire croire à un crime crapuleux”, stipule l’arrêt de renvoi.

Au service du couple depuis une dizaine d’années, le coach sportif a très vite reconnu sa participation aux faits, évoquant une manipulation de Janowski qui décrivait Hélène Pastor comme un “monstre sans coeur et sans pitié”. Il a expliqué comment Janowski l’avait mis en confiance en lui offrant des voyages à Londres et en Thaïlande, des places à l’opéra, une montre de marque et un véhicule.  

Parmi les complices, on trouve aussi un ancien gendarme pressenti pour presser la détente avant de se désister la veille de l’exécution, une avocate, nièce de Wojciech, qui aurait apporté son concours “au-delà des conditions habituelles d’exercice de la défense” et un de ses clients, compagnon de cellule de l’ex-coach, poursuivi pour faux témoignage.

Le procès est programmé jusqu’au 19 octobre.

Edité par Sophie Louet

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below