September 3, 2018 / 12:44 PM / in 15 days

La mort d'un militant antifasciste au tribunal

PARIS (Reuters) - Trois ex-“skinheads” comparaissent à partir de mardi devant la cour d’assises de Paris pour répondre de la mort, il y a cinq ans, du jeune militant antifasciste Clément Méric, qui a alors entraîné la dissolution de groupuscules d’extrême droite.

Trois ex-"skinheads" comparaissent à partir de mardi devant la cour d'assises de Paris pour répondre de la mort, il y a cinq ans, du jeune militant antifasciste Clément Méric, qui a alors entraîné la dissolution de groupuscules d'extrême droite. /Photo d'archives/REUTERS/Kai Pfaffenbach

Les principaux accusés, Esteban Morillo, agent de sécurité, et Samuel Dufour, boulanger, 25 ans tous les deux, sont jugés pour coups mortels aggravés, précise l’accusation, par le fait qu’ils ont été infligés en réunion et avec une arme.

Le 5 juin 2013, la rencontre fortuite d’un petit groupe de militants antifascistes et de “skinheads” proches du mouvement d’extrême droite “Troisième voie” lors d’une vente privée de vêtements dans le quartier des grands magasins, à Paris, tourne à la bagarre de rue après des provocations verbales.

Frappés à plusieurs reprises au visage, Clément Méric, un étudiant en sciences politiques de 18 ans originaire de Brest, s’effondre. Ce jeune homme frêle, soigné pour une leucémie, décède le lendemain des suites d’une hémorragie cérébrale.

Sa mort suscite une vive émotion et des manifestations dénonçant la violence de l’extrême droite. Le gouvernement socialiste de l’époque décide de dissoudre “Troisième voie” ainsi que deux autres organisations de l’ultra-droite, “L’Oeuvre française” et les “Jeunesses nationalistes révolutionnaires”.

Esteban Morillo, que des témoins ont entendu crier “One shot!” (“Un de chute!”) après que Clément Méric se fut effondré, reconnaît pendant l’enquête avoir porté deux des coups potentiellement mortels.

Plusieurs témoignages mettent aussi en cause Samuel Dufour, ce qui conduit l’accusation à les considérer comme les coauteurs des coups mortels, bien que Samuel Dufour maintienne qu’il n’a pas frappé Clément Méric.

La cour d’assises devra également établir s’ils ont utilisé des “coups de poing américains” comme l’ont déclaré des témoins, ce que les deux prévenus nient.

BAGARRE OU AGRESSION ?

Les avocats d’Esteban Morillo, Mes Patrick et Antoine Maisonneuve, entendent défendre la thèse d’une rixe qui a mal tourné. “Nous envisageons de plaider la légitime défense”, a déclaré à Reuters Me Antoine Maisonneuve.

Pour Me Antoine Vey, avocat de Samuel Dufour, “il faut écarter l’idée qu’on serait dans un procès politique”.

“Rien n’était prémédité”, a-t-il déclaré à Reuters. “Il faudra que la Cour opère un partage des responsabilités.”

Mais pour l’avocate de la famille Méric, Me Cosima Ouhioun, “ce n’est pas une bagarre, c’est une agression”.

“La volonté d’en découdre est du côté des accusés”, a-t-elle dit à Reuters. “Ce que nous attendons de ce procès c’est que la vérité soit dite et que la mémoire de Clément soit respectée.”

Pour le syndicat Solidaires-Etudiant-e-s, auquel appartenait la victime et qui dénonce un “assassinat politique”, ce procès doit être celui de l’extrême droite.

Il appelle les militants antifascistes à venir nombreux apporter leur soutien à la famille de Clément Méric pendant le procès, prévu pour durer jusqu’au 14 septembre.

“Clément est mort parce qu’il a refusé de baisser les yeux”, estime pour sa part le groupe Action antifasciste Paris-Banlieue dans lequel il militait. Il dit vouloir aussi faire de ce procès un “moment de vérité” sur la “fascisation des institutions”.

Les prévenus, sous contrôle judiciaire, comparaisssent libres. Esteban Morillo et Samuel Dufour, qui ont déjà fait de la détention provisoire, sont passibles de 20 ans de prison. Le troisième, Alexandre Eyraud, encourt cinq ans de prison pour des coups portés contre deux camarades de Clément Méric.

Selon ses avocats, Esteban Morillo “n’a plus aucun lien avec Troisième voie” et le leader du groupe dissous, Serge Ayoub.

Samuel Dufour n’a plus pour sa part “aucune appartenance d’aucune nature”, assure Me Antoine Vey.

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