September 1, 2018 / 10:28 AM / 3 months ago

Regain d'incertitudes sur le prélèvement à la source de l'IR

PARIS (Reuters) - La confusion autour de l’avenir de la mise en place du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu au 1er janvier 2019 s’est accentuée samedi, Gérald Darmanin évoquant pour la première fois samedi matin l’éventualité d’un “arrêt” de cette réforme avant de tempérer ses propos quelques heures plus tard.

La confusion autour de l'avenir de la mise en place du prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu au 1er janvier 2019 s'est accentuée samedi, Gérald Darmanin évoquant pour la première fois samedi matin l'éventualité d'un "arrêt" de cette réforme avant de tempérer ses propos quelques heures plus tard. /Photo d'archives/REUTERS/Charles Platiau

Le ministre de l’Action et des Comptes publics a réaffirmé à plusieurs reprises cette semaine que cette réforme, qui avait déjà été décalée d’un an, entrerait en vigueur comme prévu en début d’année prochaine.

Mais le président de la République Emmanuel Macron a fait part de ses hésitations à ce sujet jeudi, lors d’un déplacement en Finlande.

“Nous choisirons ensemble politiquement l’avancée ou l’arrêt (...) de la réforme”, lors d’une réunion prévue mardi avec le président de la République et le Premier ministre, a déclaré Gérald Darmanin samedi matin sur France inter.

Cet entretien lui permettra de fournir au couple exécutif “des réponses claires” sur la bonne exécution de cette réforme, alors qu’Emmanuel Macron avait réclamé des “clarifications” avant de donner sa “directive finale”.

Mais le locataire de Bercy a semblé revenir sur ses propos quelques heures plus tard au micro de LCI.

“Nous avons l’intention de mener cette réforme”, a-t-il dit, en rappelant que le chef de l’Etat avait précisé à Helsinki qu’il avait “plutôt l’intention de conduire cette réforme à son terme”.

“ON EST PRÊTS”, ASSURE DARMANIN

Interrogé sur le fait qu’il avait pour la première fois évoqué le terme “d’arrêt” de cette réforme, il a répondu “tant que les choses ne sont pas faites, elles ne sont pas faites”.

Pour autant, le ministre s’est une nouvelle fois voulu rassurant sur l’absence de problèmes techniques susceptible de compromettre l’instauration du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu.

“Est-ce que techniquement on est prêts? Oui, on est prêts. Est-ce que psychologiquement les Français sont prêts ? C’est une question à laquelle collectivement nous devons répondre”, a-t-il déclaré sur France inter.

Avec la mise en place de cette réforme, l’impôt sur le revenu ne sera plus réglé avec un décalage d’un an mais prélevé directement au fil des revenus versés, comme c’est déjà le cas dans la grande majorité des autres pays européens.

Nombre de commentateurs ont souligné le risque que ce nouveau mode de collecte - et les revenus amputés qui en découlent - ne déclenchent un “choc psychologique” négatif en donnant l’impression d’une nouvelle érosion du pouvoir d’achat, ce qui pourrait en partie expliquer les récents atermoiements de l’exécutif sur le sujet.

L’ex-secrétaire d’Etat au Budget de François Hollande Christian Eckert, qui avait piloté l’élaboration de cette réforme, estime ainsi dans Libération que “toute cette histoire n’est (...) qu’une affaire politique”.

“La majorité craint de payer dans les urnes aux prochaines européennes des fiches de paie et des bulletins de pension avec des montants en baisse”, note Christian Eckert, qui n’a jamais fait mystère de ses dissensions avec Emmanuel Macron, son ex-collègue à Bercy lorsqu’il était ministre de l’Economie.

“PSYCHODRAME”, POUR SOLIDAIRES FINANCES PUBLIQUES

Mais pour Gérald Darmanin, la mise en place du prélèvement à la source représente au contraire “une réforme d’amélioration de la trésorerie et d’amélioration du pouvoir d’achat”.

“La quasi-totalité des Français (...) qui ont peu d’épargne, qui ont peu d’argent et finalement qui sont attachés à leur pouvoir d’achat sont mensualisés”, a-t-il observé sur France inter.

Avec la mise en place du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu, la somme retenue chaque mois sera moins élevée - puisqu’elle sera répartie sur douze mois contre dix pour les contribuables déjà mensualisés - et elle sera prélevée au moment du versement du revenu et non en milieu de mois, a-t-il noté.

La collecte sera assurée par les entreprises pour les salariés - une perspective régulièrement dénoncée par le patronat malgré les aménagements intervenus - par les caisses de retraite pour les retraités ou encore par les employeurs publics pour les fonctionnaires.

Ces interrogations sur la mise en oeuvre de cette réforme surviennent alors qu’une vaste campagne de communication sur le prélèvement à la source a été lancée dimanche dernier, avec la diffusion de spots publicitaires dans les médias et sur internet.

D’après Christian Eckert, le coût d’un éventuel abandon de cette réforme représenterait “probablement entre 100 et 200 millions d’euros”, selon une “estimation rapide” prenant en compte “les logiciels qui ont été installés, les personnels qui ont été formés, les campagnes d’information qui ont été mises en place”, a-t-il déclaré sur BFM TV.

Dans un communiqué, le syndicat Solidaires Finances publiques a dénoncé le “psychodrame” et le choix “bien tardif” au sujet de cette réforme à laquelle il reste opposé.

“Le chef de l’Etat et le gouvernement sont au pied du mur, il s’annonce plus haut que prévu”, note le syndicat.

Myriam Rivet, édité par Eric Faye

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