August 29, 2018 / 2:21 PM / 3 months ago

La démission de Nicolas Hulot, aveu d'impuissance pour les anti-nucléaire

PARIS (Reuters) - Opposant notoire au nucléaire, Nicolas Hulot a quitté le gouvernement sans avoir obtenu de garanties dans la perspective de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), un chantier aux enjeux aussi lourds que symboliques, au risque de laisser le champ libre à ses contradicteurs et à EDF.

Opposant notoire au nucléaire, Nicolas Hulot a quitté le gouvernement sans avoir obtenu de garanties dans la perspective de la programmation pluriannuelle de l'énergie, un chantier aux enjeux aussi lourds que symboliques, au risque de laisser le champ libre à ses contradicteurs et à EDF. /Photo prise le 6 juillet 2018/REUTERS/Régis Duvignau

La PPE, plan de vol du gouvernement en matière de transition énergétique pour les cinq prochaines années et la période 2024-2028, est encore à l’étude - “les arbitrages sont encore en cours”, confirme-t-on à l’Elysée.

La présentation aura lieu “à l’automne”, a précisé mercredi le Premier ministre, Edouard Philippe, lors d’un déplacement dans les Hautes-Alpes.

En théorie, cette feuille de route doit dessiner une trajectoire de réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité ne France, de 75% à 50%, l’échéance de 2025 fixée sous François Hollande étant désormais abandonnée.

En annonçant sa démission mardi, sur France Inter, Nicolas Hulot a laissé entendre qu’il n’avait pas réussi à obtenir d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe des engagements concrets sur le sujet, en particulier sur la liste des réacteurs dont il faudrait arrêter la production pour parvenir aux 50%.

“Le nucléaire, cette folie inutile économique, techniquement, dans laquelle on s’entête” fait partie des sujets “sur lesquels je n’ai pas réussi à convaincre”, a-t-il déploré, dans un ultime aveu d’impuissance.

LE NUCLÉAIRE, “AVANTAGE CONSIDÉRABLE”

“Si je m’en vais, il va y avoir trois EPR (réacteurs de nouvelle génération-NDLR) de plus dans les prochaines années”, avait-il par ailleurs déclaré le 2 août à Libération, qui a publié ces propos dans la foulée de sa démission.

Des députés de la majorité à la fibre écologiste, dont un très proche de Nicolas Hulot, Matthieu Orphelin, ont publié le mois dernier une tribune dans Le Journal du dimanche pour suggérer la fermeture de réacteurs au rythme d’un par an à partir de 2022 et de deux par an “dès que possible”.

Mais le discours anti-nucléaire ne faisait pas l’unanimité au sein de l’exécutif.

En février, Emmanuel Macron n’avait pas exclu l’hypothèse de nouveaux réacteurs, tout en restant évasif en attendant des conclusions de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) sur la durée de vie des installations aujourd’hui en activité.

Et le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, présentait en juin la filière comme “un avantage considérable, à la fois pour notre économie en termes de compétitivité et évidemment pour les consommateurs français”.

L’ex-ministre de la Transition écologique était engagé dans un autre débat, tout aussi âpre, avec le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, qui plaide pour l’ouverture de nouvelles centrales afin de soutenir la filière.

“Champagne”? Cette démission est en tout cas une “bonne nouvelle pour les dirigeants d’EDF”, selon Gérard Magnin, ex-administrateur du groupe, joint par Reuters.

L’ancien animateur de télévision “restait un peu le dernier obstacle à une stratégie qui consiste (...) à créer toutes les conditions pour que, dans les toutes prochaines années, EDF dise ‘vous voyez, il n’y a pas d’alternative’”, analyse Gérard Magnin, qui a démissionné en 2016 pour protester contre une stratégie trop nucléaro-centrée à ses yeux.

Un diagnostic partagé par les analystes de Raymond James même si, écrivent-ils dans une note publiée mercredi, Nicolas Hulot “n’était probablement pas sur le point de remporter la bataille sur ce front”.

“Avec son remplacement, le calendrier pour arriver à l’objectif de 50% de nucléaire pourrait être encore assoupli”, ajoutent les rédacteurs de la note.

Le titre d’EDF a gagné plus de 2% après l’annonce surprise de Nicolas Hulot.

Simon Carraud, Geert De Clercq, Michel Rose, Marc Angrand et Jean-Baptiste Vey, édité par Sophie Louet

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