August 28, 2018 / 2:44 PM / a month ago

La démission de Hulot, nouvelle épine dans le pied de Macron

PARIS (Reuters) - La démission surprise de Nicolas Hulot pourrait compliquer la rentrée d’Emmanuel Macron qui, un mois après la première crise d’ampleur de son quinquennat provoquée par l’affaire Benalla, espérait tourner la page et enclencher sa deuxième série de réformes dans un contexte économique délicat.

La démission surprise de Nicolas Hulot pourrait compliquer la rentrée d'Emmanuel Macron qui, un mois après la première crise d'ampleur de son quinquennat provoquée par l'affaire Benalla, espérait tourner la page et enclencher sa deuxième série de réformes dans un contexte économique délicat. /Photo prise le 14 juillet 2018/REUTERS/Gonzalo Fuentes

“Ça augure d’une rentrée un peu difficile” pour le président et le Premier ministre, estime Fréderic Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop. “Commencer la présentation du budget et des grandes orientations de 2019 sur une démission fracassante, ils s’en seraient bien passés”.

Tout dépendra toutefois “de la manière dont cette démission va être gérée” par l’exécutif, ajoute-t-il. “Comment vont-ils expliquer le départ de Nicolas Hulot, par qui vont-ils le remplacer, que vont-ils dire des engagements environnementaux et des accords de Paris? On a connu des rentrées plus sereines.”

Contrairement à l’affaire Benalla - du nom de l’ancien collaborateur d’Emmanuel Macron filmé en train de molester des manifestants - gérée de façon erratique, l’Elysée a rapidement réagi mardi en saluant “avec fierté” le bilan de Nicolas Hulot.

L’entourage d’Emmanuel Macron a mis cette démission surprise sur le compte du sentiment de “frustration, voire d’épuisement” qui peut naître chez des ministres issus de la société civile et a défendu le bilan écologique du gouvernement.

Le Premier ministre Edouard Philippe a pour sa part pris la parole pour “remercier” son ministre et Emmanuel Macron a accepté de répondre à des questions à ce sujet lors d’une conférence de presse commune avec le chef du gouvernement danois à Copenhague, saluant la “liberté” de Nicolas Hulot.

“SENTIMENT DE CRISE”

Pour Gaël Sliman, président d’Odoxa, “le fait que Nicolas Hulot en vienne à quitter le gouvernement, c’est assez logique étant donné qu’il avait déjà brandi cette menace, et c’est moins grave pour Emmanuel Macron que si cela s’était produit il y a un an, parce que Nicolas Hulot n’est plus le seul ministre connu et son étoile a pâli”.

“En revanche, la manière dont il sort, le fait que ce soit brutal, rapide et surprise vient renforcer un sentiment de crise”, poursuit-il, et vient étayer l’idée “que ce gouvernement serait un gouvernement de droite qui prônerait une politique contraire aux valeurs de la gauche, ça cornérise un peu plus Emmanuel Macron, déjà étiqueté président des riches”.

Le profil du remplaçant ou de la remplaçante de Nicolas Hulot - qui lors de sa nomination était apparu comme la caution écologiste de gauche dans un gouvernement dirigé par un Premier ministre issu des rangs de la droite - devrait donc être scruté de près, notamment par les écologistes.

Car après un an de pouvoir, Emmanuel Macron, qui s’était pourtant emparé de la question dès son arrivée au pouvoir avec son slogan “Make our planet great again”, affiche un bilan contrasté.

Certes le chef de l’Etat s’est engagé une nouvelle fois lundi à défendre l’accord de Paris menacé par Washington et à continuer à mettre le “combat pour la planète” au coeur de sa politique étrangère”. Certes son entourage met en avant l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la loi interdisant la production d’hydrocarbures en France ou encore le plan biodiversité.

MOMENT DÈLICAT

Mais les écologistes relèvent le recul du gouvernement sur l’interdiction du glyphosate d’ici trois ans en France, un engagement verbal qui ne figure pas dans le projet de loi sur l’agriculture et l’alimentation, ou encore le report de la baisse du nucléaire dans la production énergétique du pays.

“J’ai conscience de la difficulté dans laquelle je mets le gouvernement”, a déclaré Nicolas Hulot dans son interview à France Inter, exprimant son “immense amitié pour ce gouvernement auquel je m’excuse de faire une mauvaise manière”.

Au-delà du symbole, sa démission survient à un moment délicat pour le chef de l’Etat, qui peine toujours à convaincre les Français selon plusieurs sondages, et qui est confronté depuis cet été à une série d’affaires et polémiques (liées à Alexandre Benalla, Alexis Kohler, Françoise Nyssen).

L’exécutif pourrait également avoir à composer avec un regain de grogne chez les retraités, qui s’estiment une nouvelle fois pénalisés par les arbitrages budgétaires annoncés dimanche par Edouard Philippe pour 2019. L’Union confédérale des retraités CGT a d’ores et déjà appelé à une grande journée de mobilisation intersyndicale le 9 octobre.

Avec Ingrid Melander et Emmanuel Jarry, édité par Sophie Louet

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