August 28, 2018 / 12:59 PM / 3 months ago

Bilan de l'action de Nicolas Hulot au gouvernement

PARIS (Reuters) - En 14 mois, Nicolas Hulot a enregistré des succès, notamment sur le dossier de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, mais il a également essuyé des revers et des demi-échecs, comme sur le nucléaire, qui lui ont valu les critiques des ONG de défense de l’environnement et des nuits sans sommeil.

En 14 mois, Nicolas Hulot (photo) a enregistré des succès, notamment sur le dossier de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, mais il a également essuyé des revers et des demi-échecs, comme sur le nucléaire, qui lui ont valu les critiques des ONG de défense de l'environnement et des nuits sans sommeil. /Photo d'archives/REUTERS/Stéphane Mahé

Sa présence au gouvernement, qu’il a quitté mardi avec fracas, et son rang de ministre d’Etat témoignaient de l’importance symbolique qu’Emmanuel Macron accordait à l’écologie.

Le chef de l’Etat s’est efforcé de jouer les premiers rôles dans la lutte mondiale contre le réchauffement climatique, face à un Donald Trump climato-sceptique, en organisant en décembre 2017 un sommet consacré à la question, le “One planet summit”, et en proclamant “Make our planet great again”, détournement d’un slogan cher au président américain.

Mais, dans les faits, le gouvernement procédait par “petits pas”, insuffisants au regard de l’urgence, selon Nicolas Hulot.

“La France en fait plus que beaucoup de pays” mais “elle n’en fait pas assez, l’Europe n’en fait pas assez, le monde n’en fait pas assez”, a-t-il déploré mardi sur France Inter pour justifier sa démission du ministère de la Transition écologique.

“Est-ce que nous avons commencé à réduire nos émissions de gaz à effet de serre ? (...) Est-ce que nous avons commencé à réduire l’utilisation des pesticides ? (...) Est-ce que nous avons commencé à enrayer l’érosion de la biodiversité ? La réponse est non”, a-t-il conclu.

Devant ce constat, Nicolas Hulot était tiraillé entre deux options douloureuses - rester au risque de cautionner des reculs ou partir sur un aveu d’impuissance - qui l’empêchaient de dormir, a-t-il dit le 2 août à Libération.

Trois semaines plus tard, sa démission “signe un constat d’échec et la faiblesse des mesures prises, très éloignées des ambitions affichées”, a cinglé Greenpeace dans un communiqué.

Au contraire, Nicolas Hulot peut être “fier” du travail accompli, a réagi l’Elysée.

Tour d’horizon des dossiers-clefs de son passage au gouvernement :

LE NUCLÉAIRE

Fervent opposant à l’atome, Nicolas Hulot a annoncé au mois de novembre 2017 le report de l’objectif de réduction à 50% (contre environ 75% aujourd’hui) de la part du nucléaire dans la production d’électricité en France.

L’échéance de 2025 inscrite dans la loi de transition énergétique, adoptée sous François Hollande, était impossible à tenir, avait alors argué le ministre.

Le gouvernement doit désormais élaborer un nouveau calendrier et définir de nouveaux objectifs dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), au coeur de débats épineux entre l’ensemble des parties prenantes - experts, exécutif et entreprises de l’énergie, EDF en tête.

A l’origine, le gouvernement prévoyait de livrer en juillet une première version de sa PPE pour les périodes 2019-2023 et 2024-2028, avant de reporter la présentation à la rentrée.

Nicolas Hulot a un temps avancé le chiffre de 17 réacteurs dont il faudrait “peut-être” arrêter la production mais les retards pris dans la construction de l’EPR de Flamanville, conditionnant la fermeture de Fessenheim, ont rappelé à quel point le dossier était complexe.

C’est l’un des sujets sur lesquels le ministre d’Etat n’a pas, à l’en croire, “réussi à convaincre”, en premier lieu le chef de l’Etat et son Premier ministre, Edouard Philippe.

LE GLYPHOSATE

Dans le feuilleton du glyphosate, l’ex-animateur de télévision a remporté une manche, avec la promesse d’Emmanuel Macron d’interdire l’herbicide controversé sous trois ans, mais il n’a pas réussi à faire graver ce principe dans la loi.

La France s’est voulue plus ambitieuse que l’Union européenne, qui a renouvelé en novembre dernier l’autorisation de cette substance aux effets sanitaires controversés pour une durée de cinq ans.

Dans la foulée, le président français a fixé un délai plus court, avec des dérogations possibles - un simple engagement verbal pour le moment.

Partisan de l’inscription des trois ans dans le projet de loi sur l’agriculture et l’alimentation, examiné en mai à l’Assemblée nationale, Nicolas Hulot n’a pas obtenu gain de cause face à son alter ego à l’Agriculture, Stéphane Travert.

Pendant plus d’un an, les deux ministres, défendant chacun des intérêts contradictoires, ont entretenu des relations parfois tumultueuses.

“On a changé de tropisme sur les pesticides” mais leur usage n’a pas diminué, a analysé Nicolas Hulot sur France Inter.

NOTRE-DAME-DES-LANDES

Le Premier ministre a annoncé le 17 janvier l’abandon du projet controversé de nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), à l’étude depuis les années 1960.

Après plusieurs mois de consultations, Edouard Philippe a justifié cet enterrement par l’impasse dans laquelle se trouvait le projet, contesté par des agriculteurs locaux et des militants “zadistes” installés sur le site.

A l’époque, cette décision est présentée comme une victoire pour Nicolas Hulot, opposant historique à l’aéroport.

LES HYDROCARBURES

Sur France Inter, Nicolas Hulot a cité la fin programmée de l’exploitation des hydrocarbures en France parmi les avancées arrachées durant son passage au gouvernement.

La fin progressive, d’ici à 2040, de la recherche et de l’exploitation des gisements conventionnels et non-conventionnels figure dans une loi adoptée au Parlement et promulguée par Emmanuel Macron en décembre dernier.

Cette mesure relève avant tout du symbole - la production d’hydrocarbures en France représente environ 1% de la consommation nationale.

LA BIODIVERSITÉ

Le gouvernement a dévoilé début juillet un plan de 600 millions d’euros sur quatre ans en faveur de la biodiversité, qui reste à mettre en oeuvre. Ce catalogue de 90 mesures prévoit notamment de lutter contre l’artificialisation des sols et de soutenir financièrement l’agriculture vertueuse.

LES INSTITUTIONS

En juin, l’exécutif a accédé à la demande de Nicolas Hulot, qui plaidait pour l’ajout de l’environnement, du climat et de la biodiversité dans l’article 1 de la Constitution, mais cette réécriture n’aboutira que si la révision constitutionnelle, qui s’est enlisée à la suite de l’affaire Benalla, voit le jour.

LA CHASSE

Emmanuel Macron a adopté depuis son élection une ligne pro-chasseurs, qui a fini par exaspérer Nicolas Hulot.

Le ministre a expliqué sur France Inter avoir pris lundi soir la décision de démissionner après une réunion avec les chasseurs, à l’Elysée, à laquelle assistait le “lobbyiste” de la chasse traditionnelle Thierry Coste.

“Pour moi, c’était symptomatique et c’est probablement un élément qui a achevé de me convaincre que ça ne fonctionne pas comme ça devrait fonctionner”, a-t-il dit.

Avec Emmanuel Jarry, édité par Sophie Louet

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