August 24, 2018 / 6:54 AM / 3 months ago

En pleine tempête, le pape François se rend dans une Irlande en profonde mutation

CITE DU VATICAN (Reuters) - Au moment où un nouveau scandale majeur de pédophilie frappe de plein fouet l’Eglise catholique, le pape François arrive samedi en Irlande pour une visite de deux jours dans un pays qui a connu une profonde et rapide mutation.

Au moment où un nouveau scandale majeur de pédophilie frappe de plein fouet l'Eglise catholique, le pape François arrive samedi en Irlande pour une visite de deux jours. /Photo prise le 23 août 2018/REUTERS/Hannah McKay

En 1979, quand Jean Paul II était devenu le premier pape à se rendre en Irlande, la contraception et le divorce étaient encore illégaux et l’influence de l’Eglise sur la société irlandaise quasi totale.

Le pape polonais, s’il retournait aujourd’hui en Irlande, ne la reconnaîtrait pas. Le divorce a été légalisé en 1995 au terme d’un référendum très serré, et l’évolution de la société a encore accéléré ces dernières années: l’Irlande est devenue il y a trois ans le premier pays au monde à avoir légalisé au suffrage universel direct le droit au mariage des couples homosexuels.

Fin mai, les Irlandais se sont prononcés à 66% en faveur de la libéralisation du droit à l’avortement. Et la campagne référendaire a montré à quel point l’Eglise catholique, naguère toute puissante, était désormais en retrait.

La perte d’influence de l’Eglise se lit aussi dans le recul de l’appartenance (lors du recensement de 2016, 78% des Irlandais se sont déclarés catholiques contre 92% en 1991) et plus encore dans la pratique religieuse (de 81% en 1990, la fréquentation de la messe est tombée aujourd’hui à 35% environ; l’an dernier, moins de la moitié des mariages ont été célébrés à l’église).

Les scandales de pédophilie et les abus commis par des membres du clergé expliquent largement ce spectaculaire recul.

L’Eglise catholique irlandaise a commencé à vaciller sur ses bases à la fin des années 1990 lorsque les médias ont enquêté sur les “Magdalene Laundries”, des établissements dirigés par l’Eglise, avec le soutien de l’Etat, où des “femmes perdues” étaient “rééduquées” dans des conditions comparables à de l’esclavage.

Ont suivi, de 2005 à 2014, une série d’enquêtes gouvernementales qui ont mis au jour des abus sexuels commis par des prêtres pédophiles.

TRAHISON

“Lorsque le pape arrivera ce week-end en Irlande, il trouvera une Eglise catholique qui non seulement tombe en ruines mais aussi, à certains égards, est au-delà du réparable”, écrit Fintan O’Toole, éditorialiste de l’Irish Times.

“Il sera accueilli dans la joie par les croyants, mais ils seront bien peu nombreux, même parmi à eux, à attendre de lui qu’il soit capable de réparer une institution qui a été ébranlée jusque dans ses fondations”, ajoute-t-il.

D’autant que la visite de François en Irlande ne pouvait plus mal tomber. Les révélations de crimes pédophiles en Pennsylvanie, au Chili et en Australie ont ravivé les plaies en Irlande.

Le Vatican a annoncé mardi que le pape rencontrerait des victimes de prêtres pédophiles lors de son déplacement en Irlande.

Le chef de l’Eglise catholique a par ailleurs adressé lundi une lettre sans précédent aux catholiques du monde entier pour leur demander de contribuer à l’éradication de “cette culture de la mort”.

Dans cette lettre “au peuple de Dieu”, où il évoque le rapport publié par le procureur général de Pennsylvanie, il écrit notamment que “la douleur de ces victimes est une plainte qui monte vers le ciel, qui pénètre jusqu’à l’âme et qui, durant trop longtemps, a été ignorée, silencieuse ou passée sous silence” et aborde “avec honte et repentir” l’incapacité des institutions à agir. “Nous avons négligé et abandonné les petits”, a ajouté le pape argentin.

Dimanche, tandis que le pape dira la messe, des victimes d’abus sexuels, leurs familles et leurs soutiens se réuniront dans un autre quartier de Dublin.

“Ils sont ceux qui pensent qu’ils ne peuvent plus faire confiance dans notre message, peut-être parce qu’ils ont été directement frappés, trahis par leur expérience de l’Eglise, ou parce que les révélations de crimes aussi abominables les ont scandalisés”, a déclaré mercredi l’archevêque Eamon Martin, chef de l’Eglise catholique d’Irlande à la tribune des Journées mondiales des familles, que le pape vient clôturer.

avec Padraic Halpin et Graham Fahy à Dublin; Henri-Pierre André pour le service français

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