August 21, 2018 / 2:58 PM / in 3 months

Les tensions retardent le retour de la Grèce sur les marchés

LONDRES (Reuters) - La Grèce est sortie lundi de la tutelle des plans de sauvetage financier, mais l’espoir qu’Athènes marquera son retour à l’indépendance budgétaire en procédant à une émission obligataire très attendue dès le mois prochain risque fort d’être déçu en raison des nouvelles tensions sur le marché.

La Grèce est sortie lundi de la tutelle des plans de sauvetage financier, mais l'espoir qu'Athènes marquera son retour à l'indépendance budgétaire en procédant à une émission obligataire très attendue dès le mois prochain risque fort d'être déçu en raison des nouvelles tensions sur le marché. /Photo d'archives/REUTERS/Yannis Behrakis

Avec la fin de son troisième et dernier plan de sauvetage, de nombreux investisseurs attendaient que le pays revienne sur le marché avec une émission d’obligation souveraine à 10 ans dès le début du mois de septembre afin de reconstruire une courbe de taux et de retrouver son activité d’emprunteur.

Les remous sur les marchés en zone euro provoqués par les incertitudes politiques en Italie avaient déjà obligé Athènes à repousser une émission obligataire prévue au cours de l’été.

Aujourd’hui, c’est au tour de la crise de la livre turque de refroidir l’attrait du risque des investisseurs, ce qui encore une fois obligerait Athènes à proposer un rendement prohibitif.

Trois “primary dealers” (des établissements habilités à traiter directement avec la banque centrale et chargées d’assurer la liquidité sur le marché secondaire de la dette souveraine) estiment qu’il faudrait que la Grèce offre un rendement de 4,5% voire de 5% pour attirer des investisseurs, ce qu’Athènes considérerait probablement intenable à long terme.

“Pour le moment, nous ne croyons tout simplement pas que cela peut marcher. Je pense qu’il faudrait assister à un apaisement de la situation en Turquie et que la scène politique en Italie devienne un peu plus stable”, dit l’un d’eux.

“A ce stade, il faudrait qu’ils versent une prime d’émission gigantesque - et ils n’ont pas besoin de le faire dans l’immédiat -, donc, à leur place, j’attendrais.”

Deux autres banquiers directement concernés par ces émissions ont exprimé la même opinion.

QUESTION DE PRIX

L’obligation grecque de référence à 10 ans arrivant à échéance en janvier 2028, qui rapportait un rendement limité à 3,81% en juillet, se traite aujourd’hui 4,33%.

Les investisseurs qui ont suivi la Grèce depuis la crise de 2010, quand elle était menacée de faillite, attendent une prime.

“La reprise a été spectaculaire et nous sommes impatients de voir de nouvelles émissions obligataires”, affirme Nick Gartside, responsable de l’investissement sur le marche obligataire international de JP Morgan Asset Management, un des premiers investisseurs sur les marchés de taux dans le monde.

“C’est un placement intéressant mais comme pour tout, c’est une question de prix”, a-t-il ajouté.

La Grèce n’a jamais annoncé formellement d’adjudication de titres à 10 ans et les responsables de la stratégie chez DZ Bank notent que, grâce à une dernière tranche de crédit de 15 milliards d’euros du fonds de sauvetage de la zone euro, elle n’a pas besoin de nouvelles liquidités en émettant de la dette.

Même sans émettre de nouvelles obligations, Athènes disposerait d’un excédent de recettes budgétaire de 13,1 milliards d’euros au total pour les deux années 2018 et 2019, précisent-ils dans une note de recherche.

La courbe des taux des obligations souveraines grecques suggère qu’une obligation à échéance de septembre 2028 se traiterait sur la base d’un rendement d’environ 4,40% à 4,45%. Avec la prime de nouvelle émission, cela porterait le rendement d’une nouvelle obligation à 10 ans vers un taux de 5%.

“Est-ce que cela a vraiment du sens pour eux d’émetttre à ce taux alors qu’il peuvent se financer auprès du MES (Mécanisme européen de stabilité) à des taux nettement plus bas? Je sais qu’ils veulent faire la démonstration qu’ils ont accès au marché mais ils sont raisonnables en même temps”, dit un des courtiers.

Les deux fonds de sauvetage de la zone euro - le MES et le Fonds européen de stabilité financière (FESF) - ont fixé leur taux de prêt à, respectivement, 0,99% et 1,44%. L’essentiel de la dette grecque est due à ces deux institutions.

Juliette Rouillon pour le service français, édité par Henri-Pierre André

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