June 6, 2018 / 10:26 AM / 6 months ago

Corée: Le sommet de Singapour n'est pas sans risques pour Trump

WASHINGTON (Reuters) - La conclusion d’un accord de paix en bonne et due forme à l’occasion du sommet de mardi prochain entre Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un serait un immense succès pour le président américain.

La conclusion d'un accord de paix à l'occasion du sommet entre Donald Trump et Kim Jong-un serait pour le président américain un immense succès, qui pourrait le mettre en fâcheuse posture faute d'un engagement ferme de Kim Jong-un en faveur du démantèlement de l'arsenal nucléaire de Pyongyang. /Collage de photos d'archives diffusé le 5 juin 2018/REUTERS/Kevin Lamarque/Korea Summit Press Pool

Cette victoire diplomatique et médiatique pourrait toutefois le mettre en fâcheuse posture en l’absence d’un engagement ferme de son interlocuteur en faveur du démantèlement de l’arsenal nucléaire de Pyongyang.

Après sa rencontre avec Kim Yong-chol, proche collaborateur de Kim Jong-un, vendredi dernier, le président américain a semblé renoncer à exiger une “dénucléarisation” rapide et complète en Corée du Nord. Le résultat le plus tangible du sommet du 12 juin à Singapour, a-t-il laissé entendre, pourrait être la “signature d’un document” mettant fin à l’état de belligérance entre les deux Corées, 65 ans après l’armistice de 1953 qui n’a été suivi d’aucun traité de paix.

Le démantèlement du programme nucléaire nord-coréen a toujours été pour Washington la condition sine qua non à la conclusion d’un accord de paix. Faute d’un engagement en ce sens de la part de Pyongyang, la fin officielle des hostilités pourrait priver les Etats-Unis d’une de leurs cartes maîtresses pour négocier ensuite ce démantèlement, estiment les experts.

La Corée du Nord se trouverait en outre en meilleure posture pour obtenir l’arrêt des manoeuvres militaires américano-sud-coréennes et le retrait des 28.500 GI’s déployés au sud du 38e parallèle.

“Un traité de paix serait un succès majeur, mais rien ne garantit que ce serait le début de la dissipation des dangers que la Corée du Nord représente pour ses voisins avec ses programmes d’armement ou ses exportations et ses transferts de technologie”, souligne un membre de l’administration américaine impliqué dans les préparatifs du sommet.

PIÈGE

Pour le diplomate Evans Revere, qui a négocié avec la Corée du Nord par le passé, un accord de paix, quelle qu’en soit la forme, serait prématuré si Pyongyang ne s’engage pas clairement à renoncer à son programme nucléaire.

“Parmi les nombreux pièges dans lesquels le président américain pourrait tomber à Singapour, celui-ci pourrait être le plus embarrassant”, dit-il.

A la Maison blanche, on estime en revanche qu’un accord de paix permettrait de balayer l’argument de “l’hostilité” américaine, que Pyongyang utilise de longue date pour justifier ses ambitions nucléaires.

Ce serait par ailleurs un succès personnel pour Donald Trump, qui, aux yeux de ses partisans, pourrait légitimement briguer le prix Nobel de la paix. “Vous rendez-vous compte qu’il est question de la fin de la guerre de Corée ?”, a-t-il souligné vendredi.

Si ses prédécesseurs n’ont pas envisagé la conclusion d’un tel accord ni la tenue du sommet que Pyongyang souhaite depuis longtemps, c’est que la Corée du Nord refusait jusqu’ici de renoncer à ses capacités de dissuasion.

L’administration américaine s’est félicitée de l’arrêt des essais de missiles nord-coréens à longue portée, annoncé le 20 avril, et du démantèlement fin mai du site d’essais nucléaires de Punggye-ri, mais juge qu’il ne s’agit pas de mesures irréversibles.

On ignore si Donald Trump a l’intention d’obtenir un traité de paix en bonne et due forme ou une déclaration de principe qui en jetterait les bases, mais un traité nécessiterait sans aucun doute la signature de tous les autres belligérants, dont la Chine, qui était du coté de la Corée du Nord pendant le conflit.

Le ministère chinois des Affaires étrangères s’est dit solidaire des efforts déployés pour parvenir à un “mécanisme de paix”, mais l’influent Global Times estime que Pékin doit être signataire du traité pour en garantir “le statut légal et historique”.

Quoi qu’il en soit, un tel accord pourrait avoir des conséquences imprévues pour les Etats-Unis.

“Kim n’aimerait rien mieux que d’entraîner les Etats-Unis dans des négociations prolongées sur la présence militaire américaine au Sud”, souligne Danny Russel, qui fut conseiller de l’administration Obama pour l’Asie. “Mais, le plus probable, c’est que les Nord-Coréens veulent obtenir à Singapour une victoire rapide sous la forme d’un vague engagement à préserver la paix et à parvenir à un accord de paix permanent”, a-t-il déclaré.

Avec John Walcott à Washington, Hyonhee Shin à Séoul et Ben Blanchard à Pékin, Jean-Philippe Lefief pour le service français

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