May 28, 2018 / 5:18 PM / 5 months ago

Serge Dassault, l'héritier aux multiples casquettes

PARIS (Reuters) - Serge Dassault, décédé lundi à 93 ans, était à la fois chef d’entreprise, homme politique et patron de presse, et avait poursuivi l’oeuvre de son père, le célèbre avionneur Marcel Dassault, dont le nom est attaché aux avions de combat Mirage et Rafale, fleurons de l’armée de l’air française.

Serge Dassault, décédé lundi à 93 ans, était à la fois chef d'entreprise, homme politique et patron de presse, et avait poursuivi l'oeuvre de son père dont le nom est attaché aux avions de combat Mirage et Rafale. /Photo d'archives/REUTERS/Philippe Wojazer

Né le 4 avril 1925 à Paris, marié et père de quatre enfants dont le député UMP Olivier Dassault, ce polytechnicien était aussi diplômé de l’Ecole nationale supérieure de l’aéronautique et de l’espace (SUPAERO).

Il débute sa carrière d’ingénieur en 1951 au bureau d’études de l’entreprise fondée par son père. En 1955, il est nommé directeur des essais en vol (c’est le premier vol du Mirage I).

En 1987, il devient président-directeur général de Dassault industries, qui prendra en 2000 le nom de Groupe industriel Marcel Dassault.

Serge Dassault a également suivi les traces de son père en politique et dans le monde de la presse - Marcel Dassault a été longtemps député de l’Oise, dans une circonscription dont son petit-fils Olivier a hérité, et éditeur de Jours de France.

En 1974, Serge Dassault adhère au Centre national des indépendants et paysans (CNIP), avant de créer l’Union des libéraux indépendants, qui deviendra le Parti libéral.

“J’AIME BIEN LE MACRON”

Il rejoint en 1986 le RPR, ancêtre de l’UMP et de l’actuel parti Les Républicains. Il occupe diverses fonctions à l’UMP, embarrassant parfois son parti par ses prises de position à l’emporte-pièce, notamment contre le mariage homosexuel.

C’est aussi un opposant obsessionnel à la semaine de 35 heures, à l’impôt sur la fortune ou plus généralement à la gauche. Ce qui ne l’empêche pas d’apporter son soutien à l’ancien Premier ministre socialiste Manuel Valls lors des élections législatives de juin 2017.

Il avait aussi avoué en 2016 un faible pour Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie de François Hollande, que personne n’imaginait alors succéder à ce président socialiste.

“Macron n’est pas mal. J’aime bien le Macron. Il parle avec plus de vérité sur l’entreprise. Quand il dit que les chefs d’entreprise ont plus de soucis que les salariés, c’est vrai”, avait-il déclaré à Public Sénat.

Elu en 1983 conseiller municipal de Corbeil-Essonnes (Essonne), il en est devenu maire en juin 1995 et a été réélu constamment depuis. Il a aussi été conseiller régional d’Ile-de-France et conseiller général du canton de Corbeil-Essonnes-Est.

En 2002, il échoue aux législatives. Mais en septembre 2004, il est élu sénateur de l’Essonne, élection validée par le Conseil constitutionnel qui ne voit pas d’incompatibilité avec ses responsabilités au sein du groupe Dassault.

Cette carrière politique lui vaut une partie des déboires judiciaires qui ont ponctué ses 30 dernières années.

En 2010, Tracfin, organisme anti-fraude, signale ainsi des mouvements de fonds suspects lors des élections municipales de 2008, 2009 et 2010 à Corbeil-Essonnes.

Son élection de 2008 est annulée par le Conseil d’État et il est déclaré inéligible pour un an. L’élection de son successeur Jean-Pierre Bechter en 2009 est invalidée en septembre 2010.

En décembre 2013, Serge Dassault avoue dans le Journal du Dimanche avoir versé 1,2 million d’euros “pour avoir la paix au Liban” et deux millions “pour des investissements en Algérie”.

DÉBOIRES JUDICIAIRES

Son immunité parlementaire est levée le 12 février 2014 et il est mis en examen le 10 avril de la même année pour “achat de votes”, “complicité de financement illicite de campagne électorale” et dépassement du plafond autorisé.

Il est par ailleurs condamné début 2017 à deux millions d’euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité et d’interdiction d’exercer une fonction publique pour blanchiment de fraude fiscale et omissions dans ses déclarations de patrimoine.

En 1998, la justice belge lui avait infligé deux ans de prison avec sursis pour corruption active dans le procès pour des pots-de-vin versés à des hommes politiques pour obtenir le contrat de modernisation des Mirage de l’armée belge.

C’est sur le tard que Serge Dassault s’est intéressé à la presse. En juillet 2001 il devient ainsi actionnaire majoritaire de la Société d’édition de médias d’information franciliens(SEMIF) avant de prendre la présidence du groupe Le Figaro et de ses publications, ainsi que de la Socpresse.

Il connaît une expérience malheureuse dans le monde du sport en héritant, avec la Socpresse, du FC Nantes, relégué en Ligue 2 en mai 2007 pour la première fois de son histoire et cédé deux mois plus tard à l’homme d’affaires Waldemar Kita.

Sa succession et le rôle que pourraient y tenir ses enfants ont longtemps été un sujet de spéculation. Il y a coupé court en disant en 2016 à Public Sénat : cette succession “n’inquiète personne parce que j’ai désigné Charles Edelstenne (directeur général de la holding familiale) comme mon successeur”.

Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse

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