March 11, 2018 / 1:18 PM / 6 months ago

Le FN change de peau pour partir à la reconquête

LILLE (Reuters) - Marine Le Pen, réélue dimanche à la présidence du Front national, a proposé à ses adhérents de rebaptiser le parti d’extrême droite “Rassemblement national”, si les militants donnent leur assentiment, pour conjurer la méfiance tenace qu’il inspire auprès des autres formations et des électeurs.

Le Front national, qui s'apprête à changer probablement de nom selon les voeux de Marine Le Pen (photo), a modifié dimanche ses statuts, à l'occasion d'un congrès présenté comme celui de la "refondation", à Lille, tout en reconduisant ses dirigeants. /Photo prise le 11 mars 2018/REUTERS/Pascal Rossignol

Ce probable futur nom, dévoilé lors du congrès de la “refondation”, à Lille, doit marquer l’étape la plus symbolique de la “dédiabolisation” que Marine Le Pen s’efforce de mettre en musique depuis qu’elle a pris, il y a sept ans, la succession de son père, Jean-Marie Le Pen.

La nouvelle appellation, conçue parallèlement à une retouche des instances, doit être soumise à un vote des adhérents organisé par correspondance dans les semaines à venir.

“Ce nom, Front national, est porteur d’une histoire épique et glorieuse (...) mais, vous le savez, il est pour beaucoup de Français, même de bonne foi, un frein psychologique”, a déclaré Marine Le Pen lors du discours de conclusion du congrès.

“A l’heure où la France vit une recomposition politique, il doit exprimer notre volonté de rassemblement”, a-t-elle justifié, balayant ainsi le “front” vieux de 46 ans qui s’appliquerait davantage à un petit parti d’opposition qu’à une formation ambitionnant de gouverner.

A ce passage près, son discours n’a pas dévié de la ligne habituelle, avec des passages sur l’immigration accueillis par la salle aux cris “On est chez nous” et d’autres faisant l’éloge de l’enracinement, des “valeurs” et des “principes” par opposition à ce que Marine Le Pen appelle le “mondialisme”.

Les formules prudentes employées par Marine Le Pen pour défendre la mue du frontisme témoignent en creux des résistances de certains cadres et d’une partie de la base militante.

LA FLAMME CONSERVÉE

Seuls 52% des adhérents approuvent le principe du changement d’enseigne, si l’on en croit les résultats - non vérifiables - d’un questionnaire réalisé en fin d’année dernière.

“Beaucoup de ceux qui étaient réticents au changement de nom, quand ils vont voir celui proposé par Marine Le Pen, vont le trouver logique”, a réagi le porte-parole Julien Sanchez, interrogé par Reuters. “C’est un bon choix, pas trop éloigné du nom historique et il montre ce vers quoi on doit tendre.”

Comme un gage donné aux partisans du statu quo, la présidente du FN a promis de conserver le logo historique, la flamme tricolore.

La dénomination retenue figurait par ailleurs dans l’intitulé du groupe éphémère que le parti a constitué à l’Assemblée nationale, de 1986 à 1988 - “Front national - Rassemblement national”.

Au-delà de ce simple ravalement de façade, qui n’est pas encore acquis, la députée du Pas-de-Calais, en quête d’un nouvel élan après les revers électoraux de l’année passée, assure vouloir accomplir une “petite révolution”.

Il s’agit, a-t-elle dit lors d’une précédente intervention à la tribune, de faire du parti “un outil de conquête du pouvoir”, mieux organisé, mieux préparé sur le terrain des idées, mieux implanté, car, a-t-elle ajouté, “l’attente du pays est immense”.

A cette fin, l’ex-candidate à la présidentielle a entrepris de transformer au moins en apparence l’appareil en faisant adopter de nouveaux statuts, remisant ainsi le texte qui régissait l’organisation du FN sous Jean-Marie Le Pen.

Le nouveau règlement, ratifié à 79,77% par les militants présents à Lille, se traduit par une refonte des instances internes, renommées, et par la suppression de la présidence d’honneur, un titre taillé sur mesure pour Jean-Marie Le Pen au moment de la passation de pouvoirs père-fille.

Ce statut était le dernier lien qui unissait la formation à son cofondateur, exclu en 2015 à la suite de déclarations polémiques sur la Deuxième Guerre mondiale.

Les membres du FN ont en outre renouvelé le comité central, devenu conseil national en vertu des nouveaux statuts, qui sert à la fois de parlement de facto et de baromètre de popularité des hauts dirigeants.

IRONIE

Louis Aliot, député des Pyrénées-Orientales, et Steeve Briois, maire d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), sont arrivés respectivement premier et deuxième de ce sondage grandeur nature, comme en 2014, suivis par Nicolas Bay, David Rachline, Bruno Gollnisch et Julien Sanchez.

A l’exception de Sébastien Chenu, les dix premiers élus de ce conseil, qui compte au total 100 membres élus et un quota de membres laissés à la discrétion de la direction, figuraient déjà dans le haut du classement lors du précédent scrutin interne.

Le bureau politique, rebaptisé bureau national, a également été renouvelé dans sa composition, avec une place ménagée pour la plupart des cadres établis.

Dans les faits, la “dédiabolisation” n’est pas allée à son terme, comme le montre la manifestation anti-FN qui a réuni dimanche environ 500 personnes dans le centre de Lille, selon des chiffres de la préfecture.

Un assistant parlementaire de Marine Le Pen, Davy Rodriguez, a par ailleurs été suspendu “à titre conservatoire” après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo sur laquelle un homme pouvant lui ressembler profère des injures racistes.

Samedi, la venue de Steve Bannon, ex-stratège de Donald Trump à la Maison blanche, a en outre fait toussoter le député Gilbert Collard et suscité à distance l’ironie de Jean-Marie Le Pen, pour qui cet invité vedette correspond mal à l’image d’un parti à l’image censément normalisée.

Avec Pierre Savary, édité par Sophie Louet

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