March 9, 2018 / 4:34 PM / 8 months ago

Trump se dit prêt à un sommet historique et inédit avec Kim Jong-un

par Steve Holland et Christine Kim

La date et le lieu de ce qui s'apparente au plus gros pari diplomatique de Trump depuis son accession à la Maison blanche, en janvier 2017, restent à déterminer. /Photo d'archives/REUTERS/KCNA & /Photo d'archives/REUTERS/Lucas Jackson

WASHINGTON/SEOUL (Reuters) - Donald Trump s’est déclaré prêt à rencontrer Kim Jong-un d’ici au mois de mai en réponse à l’offre du leader nord-coréen d’organiser un sommet historique et inédit entre les Etats-Unis et la Corée du Nord.

La date et le lieu de ce qui s’apparente au plus gros pari diplomatique de Trump depuis son accession à la Maison blanche, en janvier 2017, restent à déterminer.

La Maison blanche a mis vendredi un certain bémol, déclarant que Donald Trump ne rencontrerait Kim Jong-un que s’il constatait des mesures “concrètes” de la part de Pyongyang.

“Le président ne participera pas à la rencontre s’il n’y a pas de mesures concrètes, d’actes concrets de la part de la Corée du Nord(...)”, a dit la porte-parole de la Maison blanche, Sarah Sanders, lors d’un point de presse.

Ce spectaculaire développement dans le dossier nord-coréen, salué par la Chine et la Russie et accueilli avec plus de réserves par le Japon, a été annoncé jeudi soir à la Maison blanche par le conseiller sud-coréen à la sécurité nationale, Chung Eui-yong, qui avait été longuement reçu en début de semaine par Kim Jong-un à Pyongyang.

Le président américain l’a confirmé. “Une réunion est en préparation”, a-t-il écrit jeudi soir sur Twitter, précisant que “de gros progrès sont faits mais les sanctions resteront maintenues jusqu’à ce qu’un accord soit conclu”.

Le leader nord-coréen, dans l’offre remise à Trump, s’engage à oeuvrer à la “dénucléarisation” de la péninsule coréenne et à suspendre “tout nouveau test nucléaire ou de missile”, a ajouté devant la presse le responsable sud-coréen.

“Le président Trump a dit qu’il rencontrerait Kim Jong-un d’ici au mois de mai”, a poursuivi Chung Eui-yong, après un entretien avec le président américain.

DÉTENTE

Un sommet entre les deux hommes marquerait un tournant majeur sur la scène internationale après des mois de tensions liées aux programmes nucléaire et balistiques nord-coréens et d’escalade verbale entre Trump et Kim.

“Kim Jong-un a parlé dénucléarisation avec les représentants sud-coréens, pas seulement un gel”, a insisté le président américain, qui promettait l’été dernier “la feu et la fureur” à Pyongyang en cas de nouvelle menace et prévenait quelques jours plus tard que “les solutions militaires sont totalement en place, verrouillées et chargées (‘locked and loaded’), si la Corée du Nord agit de manière imprudente”.

A la tribune des Nations unies, en septembre, il avait menacé de “détruire totalement” la Corée du Nord si Pyongyang venait à attaquer les Etats-Unis ou l’un de leurs alliés, affublant au passage Kim Jong-un du sobriquet de “little rocket-man”. Ce dernier avait répliqué en traitant Trump de vieillard gâteux.

L’annonce inattendue de cette possible rencontre Trump-Kim s’inscrit dans le mouvement de détente entre les deux Corées amorcé à la faveur des récents Jeux olympiques d’hiver organisés à Pyeongchang, en Corée du Sud.

Le Nord et le Sud ont également décidé de la tenue à la fin avril d’un sommet, pour la première fois en dix ans, et là aussi sur l’initiative de Kim Jong-un qui a fait remettre l’invitation au président sud-coréen Moon Jae-in par sa soeur cadette en marge des Jeux.

Il se tiendra dans le village de Panmunjom, au milieu de la zone démilitarisée (DMZ) qui sépare les deux pays depuis 1953.

A Séoul, Moon Jae-in a dit espérer qu’un sommet Trump-Kim fixerait un cap en vue d’une dénucléarisation de la péninsule.

Pour le moment, a ajouté le président sud-coréen, les sanctions contre Pyongyang ne doivent pas être levées et l’abandon du programme nucléaire de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) devra être le but ultime des discussions envisagées.

Le président chinois Xi Jinping, dont le pays est le seul soutien de poids du régime nord-coréen, s’est entretenu vendredi par téléphone avec Trump pour lui dire qu’il appréciait le désir manifesté par l’Américain de régler diplomatiquement la question nord-coréenne.

Lors d’une conversation téléphonique avec Donald Trump, vendredi, Emmanuel Macron a “salué l’annonce faite hier à la Maison blanche”, a déclaré la présidence française dans un communiqué.

LA STRATÉGIE DE TRUMP FONCTIONNE, AFFIRME SON VICE-PRÉSIDENT

A la Maison blanche, la prudence reste cependant de mise, la Corée du Nord n’ayant pas par le passé honoré des engagements pris sur la scène internationale.

Donald Trump, explique à Reuters un haut responsable de l’administration, a accepté cette invitation parce que Kim Jong-un est “la seule personne qui puisse effectivement prendre des décisions”.

“Le président Trump s’est fait une réputation dans l’art de nouer des accords”, ajoute-t-il, soulignant que les Etats-Unis ne signeront rien d’autre qu’une dénucléarisation permanente de la Corée du Nord.

Le vice-président américain, Mike Pence, a souligné pour sa part que les Etats-Unis n’avaient fait “aucune concession” à Pyongyang et ajoute dans un communiqué diffusé vendredi que cette invitation est “la preuve que la stratégie du président Trump d’isoler le régime de Kim fonctionne”.

Autre signe que la prudence reste de mise dans la région quand il s’agit de la Corée du Nord et de son jeune dirigeant, le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, a exprimé par téléphone auprès de Donald Trump la nécessité pour la communauté internationale de maintenir une pression maximale sur Pyongyang.

Cette pression devra s’exercer, a-t-il dit à la presse à Tokyo, “jusqu’à ce que la Corée du Nord adopte des mesures concrètes en vue de mettre fin de manière complète, vérifiable et irréversible à son programme balistique”.

Des spécialistes de la Corée du Nord soulignent pour leur part que Trump prend un risque en acceptant le principe de ce sommet, que le régime de Pyongyang réclame depuis au moins vingt ans pour asseoir sa légitimité internationale.

“Ce qui est nouveau, ce n’est pas la proposition, mais la réponse”, commentait dans la nuit Daniel Russell, qui était jusqu’en avril assistant du secrétariat d’Etat américain chargé de l’Asie de l’Est et du Pacifique.

avec David Brunnstrom et Matt Spetalnick à Washington et Ben Blanchard à Pékin; Jean Terzian, Gilles Trequesser, Henri-Pierre André et Eric Faye pour le service français

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