March 3, 2018 / 3:01 PM / 6 months ago

L'Allemagne suspendue à la décision des adhérents du SPD

BERLIN (Reuters) - L’issue de la consultation des quelque 464.000 adhérents du Parti social-démocrate allemand sur l’accord de coalition avec les conservateurs d’Angela Merkel sera annoncée ce dimanche.

L'issue de la consultation des quelque 464.000 adhérents du Parti social-démocrate allemand sur l'accord de coalition avec les conservateurs d'Angela Merkel sera annoncée ce dimanche. /Photo prise le 21 février 2018/REUTERS/Fabrizio Bensch

Au terme d’une campagne intense sur fond de déclin électoral de la social-démocratie, le suspense demeure, même si des dirigeants du SPD ont exprimé leur optimisme sur une victoire du “oui” à l’accord conclu début février avec le bloc CDU-CSU.

La ministre de l’Environnement, Barbara Hendricks, et le député Thomas Oppermann, vice-président du Bundestag, tablent ainsi sur une majorité pro-coalition oscillant entre 55% et 60% des votants.

Une victoire du “oui” ouvrirait la voie à une nouvelle “große Koalition” (grande coalition) avec les conservateurs, formule déjà éprouvée en 2005-2009 puis 2013-2017 après une première expérience dans les années 1960.

A l’inverse, Kevin Kühnert, le chef de file des “Jusos”, le mouvement de jeunesse du SPD qui a pris la tête du mouvement “NoGroKo”, s’est dit optimiste quand à ses chances de succès.

Une victoire du “non”, plus de cinq mois après les élections fédérales du 24 septembre, pourrait renvoyer l’Allemagne à la case départ, à moins que Merkel, au pouvoir depuis douze ans, n’opte pour un gouvernement minoritaire.

La conférence de presse au cours de laquelle les résultats seront annoncés est programmée à 09h00 (08h00 GMT) dimanche matin au siège berlinois du SPD.

“Nous savons déjà qu’il y aura une très, très forte participation”, a annoncé samedi Olaf Scholz, qui dirige le SPD par intérim, à son arrivée au siège du parti où des volontaires vont dépouiller jusque dans la nuit les bulletins de vote envoyés par les adhérents.

Andrea Nahles, appelée à prendre les rênes du parti en avril, s’est déclarée confiante dans la victoire du oui, mais elle a ajouté: “Naturellement, je suis un peu nerveuse.”

GOUVERNEMENT MINORITAIRE, RETOUR AUX URNES ?

En novembre dernier, après l’échec des négociations menées avec les libéraux du FDP et les écologistes des Grünen, Angela Merkel avait indiqué que sa préférence allait à de nouvelles élections plutôt qu’à la constitution d’un gouvernement minoritaire, une formule inédite dans l’Allemagne de l’après-guerre.

Mais depuis l’ouverture des discussions avec le SPD, qui a accepté de négocier après avoir promis dans un premier temps de s’infliger une cure d’opposition, la chancelière a été plus prudente sur la question.

Horst Seehofer, chef de file de l’Union chrétienne-sociale (CSU), l’alliée bavaroise de sa CDU, a estimé lui que l’Allemagne devrait revoter si les adhérents du SPD se prononçaient contre l’accord de grande coalition.

“Si la deuxième tentative de formation d’un gouvernement échoue, nous devrons aller vers de nouvelles élections”, a-t-il dit le 28 février à Munich, en soulignant qu’il était hostile à la formation d’un gouvernement minoritaire.

Mais l’idée d’un gouvernement minoritaire a gagné en crédibilité au sein de la CDU de Merkel, certains craignant qu’un retour aux urnes ne se soldent par une nouvelle progression du parti AfD (Alternative pour l’Allemagne).

Cette formation xénophobe et eurosceptique créée en 2013 est entrée pour la première fois au Bundestag à la faveur des élections de septembre, avec 12,6% des voix. Un sondage Insa publié il y a deux semaines dans le quotidien Bild la donne pour la première fois devant le SPD avec 16% des intentions de vote contre 15,5% pour le SPD.

REJETTENT UNE NOUVELLE GRANDE COALITION ?

Dans l’éventualité d’une victoire du “non”, la responsabilité reviendrait au président de la République fédérale, Frank-Walter Steinmeier.

Cet ancien cadre du SPD, qui a joué un rôle primordial à l’automne dernier pour convaincre son ancien parti de revenir sur sa volonté d’entrer dans l’opposition, aurait à décider de la suite.

Il devrait vraisemblablement s’entretenir avec Angela Merkel et pourrait lui demander de se lancer dans une troisième tentative de négociation d’une coalition.

Compte tenu des rapports de forces au Parlement, elle ne pourrait guère qu’essayer de relancer la piste d’une coalition à trois avec le FDP et les écologistes, la coalition “jamaïcaine”, les couleurs distinctives des trois partis étant celles du drapeau de la Jamaïque.

Mais on voit mal pourquoi cette piste, qui a abouti à une impasse en novembre, pourrait aujourd’hui déboucher sur un accord de gouvernement. Dans une interview accordée au groupe de presse Funke, le chef du FDP, Christian Lindner, réaffirme du reste qu’il ne reviendrait pas à la table de négociations avec la CDU-CSU et les Verts et que des élections anticipées auraient alors sa préférence.

Resteraient donc deux options, un gouvernement minoritaire ou des élections anticipées.

Dans le premier cas, Merkel - ou une autre personnalité si le bloc conservateur décidait, hypothèse a priori bien fragile, de la remplacer - se présenterait à un vote spécial devant le Bundestag, la chambre basse du Parlement.

C’est Steinmeier qui en fixerait la date.

Si Merkel réunissait alors une majorité absolue sur sa candidature, elle deviendrait alors chancelière.

Dans le cas contraire, un second tour de scrutin où la majorité absolue resterait la règle pourrait être organisé dans un délai de 14 jours puis, éventuellement, un troisième tour de scrutin. A ce stade, une majorité relative suffirait pour qu’elle soit officiellement nommée chancelière dans un délai de sept jours.

Dans le cas inverse, Steinmeier disposerait de sept jours pour décider s’il la nomme à la tête d’un gouvernement minoritaire ou s’il dissout le Parlement et convoque des élections anticipées.

Un scrutin anticipé devrait alors être organisé dans un délai de 60 jours.

Michelle Martin et Matthias Sobolewski; Henri-Pierre André pour le service français

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